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Accros aux deepfakes sur mobile ? OpenAI vient d’enterrer son réseau social vidéo (et le fiasco cache une réalité bien plus sombre)

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Lancée il y a seulement six mois sous une pluie d’invitations exclusives, l’application sociale Sora devait révolutionner notre manière de scroller. Reprenant l’interface verticale addictive popularisée par TikTok, la plateforme d’OpenAI s’est pourtant rapidement transformée en un espace chaotique, peuplé d’illusions numériques et de polémiques éthiques. Aujourd’hui, l’entreprise californienne débranche silencieusement son service, sans fournir d’explication officielle ni de date d’arrêt définitif. Derrière ce retrait soudain se cache l’histoire d’une technologie fascinante mais profondément incontrôlable, incapable de s’imposer face à la réalité des usages.

Le vertige d’un Far West numérique sans modération

L’ambition initiale de Sora était vertigineuse : offrir un flux continu de contenus exclusivement générés par intelligence artificielle. La fonctionnalité vedette de l’application permettait aux utilisateurs de scanner leur propre visage pour créer des avatars ultra-réalistes.

Ces clones pouvaient ensuite être mis à disposition du public, autorisant n’importe qui à imaginer des mises en scène improbables. Cette option, initialement baptisée « caméos », a d’ailleurs valu à OpenAI un premier revers juridique face à la célèbre entreprise du même nom, forçant un changement d’appellation en urgence pour le terme plus neutre de « personnages ».

Mais le véritable naufrage s’est joué sur le terrain de la modération. Les garde-fous promis par l’entreprise de Sam Altman ont volé en éclats dès les premières semaines. L’application est devenue le théâtre de séquences surréalistes, voire franchement dérangeantes, mettant parfois en scène le PDG d’OpenAI lui-même déambulant au milieu d’un abattoir porcin.

Plus grave encore, le système s’est révélé incapable d’empêcher la manipulation d’images de personnalités publiques décédées. La diffusion de vidéos truquées impliquant le militant des droits civiques Martin Luther King Jr. ou l’acteur Robin Williams a provoqué un immense malaise, obligeant les familles de ces défunts à implorer publiquement l’arrêt de ces détournements morbides.

L’alliance inattendue et avortée avec l’empire Disney

Rapidement lassés de générer des absurdités autour des dirigeants de la tech, les internautes ont jeté leur dévolu sur un terrain particulièrement miné : la propriété intellectuelle. Le réseau a été inondé de parodies générées par IA mettant en scène des figures iconiques de la pop culture dans des situations compromettantes. Du plombier Mario en train de fumer à Naruto commandant des burgers, les infractions aux droits d’auteur se comptaient par milliers.

Face à cette violation massive, la réaction de l’industrie du divertissement a d’abord pris tout le monde de court. Au lieu de déclencher une guerre juridique destructrice, le géant Disney a opté pour une manœuvre historique : proposer un investissement d’un milliard de dollars, assorti d’un accord de licence permettant à Sora d’utiliser légalement les univers de Marvel, Pixar et Star Wars. Une alliance qui promettait de redéfinir la création de contenu interactif.

Malheureusement, ce coup de maître stratégique s’effondre avec la mort de l’application. Selon les observateurs, cet accord pharaonique n’aura finalement donné lieu à aucune transaction financière concrète avant le crash définitif de la plateforme.

We’re saying goodbye to the Sora app. To everyone who created with Sora, shared it, and built community around it: thank you. What you made with Sora mattered, and we know this news is disappointing.

We’ll share more soon, including timelines for the app and API and details on…

— Sora (@soraofficialapp) March 24, 2026

Le gouffre financier d’une audience en chute libre

Si les polémiques éthiques ont lourdement terni l’image de l’application sociale Sora, ce sont les statistiques qui ont scellé son destin. Les analyses de la firme Appfigures montrent une courbe d’adoption en forme de feu de paille.

Après un pic impressionnant de plus de 3,3 millions de téléchargements en novembre dernier, l’intérêt du public s’est totalement essoufflé pour retomber à environ 1,1 million d’installations en février. Une goutte d’eau face aux 900 millions d’utilisateurs hebdomadaires revendiqués par le navire amiral d’OpenAI, ChatGPT, souligne TechCrunck.

La monétisation s’est également révélée catastrophique. Les achats intégrés, qui permettaient d’acquérir des crédits virtuels pour générer de nouvelles vidéos, n’ont rapporté qu’un maigre pécule estimé à 2,1 millions de dollars. Maintenir des serveurs capables de supporter un modèle de génération vidéo aussi gourmand que Sora 2 coûte des fortunes.

Pour une entreprise déjà confrontée à des déficits colossaux liés à l’entraînement de ses grands modèles de langage, soutenir un réseau social stagnant et boudé par le public devenait tout simplement suicidaire sur le plan financier.

La boîte de Pandore reste grande ouverte

La disparition de l’application mobile Sora ne marque cependant pas la fin de l’ère des vidéos générées par IA, bien au contraire. Le moteur surpuissant qui la propulsait, le modèle Sora 2, reste parfaitement fonctionnel et bien à l’abri, accessible aux utilisateurs via l’abonnement payant de ChatGPT.

L’échec de ce clone de TikTok prouve qu’un réseau social ne peut survivre sur la seule base d’une prouesse technologique : il a besoin d’une communauté engagée et d’une étincelle d’authenticité que la machine peine encore à reproduire.

Toutefois, la technologie de l’hypertrucage de haute qualité est désormais techniquement au point. OpenAI n’a plus le monopole de ces algorithmes, et il ne fait aucun doute que d’autres entreprises de la Silicon Valley s’engouffreront bientôt dans la brèche. La disparition de Sora n’est qu’un faux répit : ce n’est qu’une question de temps avant qu’une nouvelle plateforme sociale ne vienne déverser un nouveau tsunami de vidéos synthétiques sur nos écrans.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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