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Le débat sur l’indépendance de l’Alberta s’est invité dans la communauté francophone de Saint-Paul, dans le nord-est de l’Alberta. Jeudi dernier, une rencontre organisée par le groupe souverainiste Let’s Talk Alberta pour parler de l’avenir de la province au sein du Canada a eu un accueil mitigé.
Les gens ont tellement un parti pris d’une façon ou d’une autre que la discussion peut devenir très émotive, reconnaît Pierre Lamoureux, un avocat venu assister à l’événement.
Celui qui se décrit comme unioniste souhaite s’informer et comprendre le point de vue des gens qui rejettent l’union de l’Alberta au Canada.
Il faisait partie du faible nombre de francophones présents sur la trentaine de participants.
Avoir une voix à Ottawa
Depuis le mois d’avril, le groupe Let’s Talk Alberta sillonne la province et s’est donné pour objectif de rencontrer 200 communautés en 180 jours.
Composé de 14 personnalités issues de la société civile, il dit vouloir créer un espace de discussion et ne donne pas forcément de consigne de vote pour le référendum.
En tant que speaker, on a évidemment nos opinions personnelles et on les exprime. Et à partir de là, on invite les gens à débattre avec nous sur notre position, explique Benoît Trudeau, l’un des orateurs.
Les échanges portent principalement sur le mécontentement vis-à-vis du gouvernement fédéral : les procédures qui entravent les fermiers albertains, le manque d’autonomie provinciale sur les questions d’immigration ou la manière de gérer les ressources.
Je pense qu’il y a moyen de réformer notre pays pour mieux fonctionner avec des provinces indépendantes et un gouvernement central contrôlé par les provinces indépendantes, et non pas l'inverse comme c’est présentement, soutient Benoît Trudeau.
Francis Dallaire et sa femme savent déjà qu’ils voteront pour entamer le processus d’indépendance en octobre prochain. Ils ont planté le drapeau albertain dans leur jardin et espèrent que leur camp va gagner des voix d’ici le mois d’octobre.

Francis Dallaire habite le hameau de Saint Vincent, dans le comté de St. Paul. Il voit ce référendum comme un moyen d'envoyer un message fort à Ottawa.
Photo : Alice Burgat
C'est pas à propos de se séparer, c'est à propos d'avoir l'indépendance. Avoir une voix à Ottawa, et montrer qu'on existe. Parce qu'on a bien des ressources, mais ils prennent notre argent, dit-il.
Un vote francophone pluriel
Francis Dallaire reconnaît que son opinion est plutôt minoritaire au sein de la communauté francophone.
Plus tôt cette année, l’ACFA provinciale a affiché son soutien au camp fédéraliste et appelé la population à voter pour le maintien de l’Alberta au sein du Canada.
En région, toutefois, la parole est plus prudente.
Les gens publiquement ne parlent pas beaucoup. Mais je pense que l’attitude de beaucoup de gens a changé. Il y a une certaine crainte vis-à-vis de l'économie et de ce qu'un possible référendum peut faire à notre économie, constate Lise Belliveau, retraitée et présidente du musée de Saint-Paul.
Dans son entourage, pas question de participer à l’événement de Let’s Talk Alberta.
Si on devient isolé du reste du Canada, on va être emballé par la grosse baleine du sud en peu de temps.
Lors du référendum du 19 octobre, la langue et l’identité francophone ne semblent pas être les moteurs principaux du vote.
L’une des lignes de fracture serait plutôt générationnelle : les jeunes sont peu présents dans les prises de parole, et leur voix semble loin des dissensions avec Ottawa.
Sydney Proulx, étudiante, travaille à Saint-Paul durant l’été, où elle a grandi.
Pour moi, comme Albertaine ou Canadienne, ça m’est égal. Toute ma famille est en Alberta donc si on se sépare, je vais rester ici quand même, déclare-t-elle.


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