Une récente étude à la croisée des chemins entre l’astrophysique, l’astrobiologie et les sciences sociales a permis de simuler un millénaire d’avenir possible pour une société technologique telle que la nôtre. Les auteurs ont défini une dizaine de scénarios plausibles et force est de constater que la plupart d’entre-eux sont calamiteux.
Paradoxe de Fermi et Grand Filtre
Nous entendons assez souvent parler d’effondrement, notamment dans le cadre d’une discipline assez jeune : la collapsologie. Combien de temps notre civilisation technologique pourrait-elle durer ? S’il devient question d’effondrement, quelles en seraient les causes ? Est-il possible d’envisager un avenir stable pour l’humanité ? Celia Blanco, physicienne théoricienne et astrobiologiste au Centro de Astrobiología à Madrid (Espagne) a piloté une étude visant à répondre à ce type de questions, sur la plateforme de prépublication ArXiv le 15 avril 2026.
Au cœur de ces travaux, nous retrouvons le paradoxe de Fermi, c’est à dire le constate poignant entre la haute probabilité mathématique de l’existence de civilisations extraterrestres et l’absence totale de preuves (ou de contacts) les concernant. Une hypothèse rattachée à ce paradoxe, le Grand Filtre, laisse penser que durant le cheminement entre la vie simple et une civilisation technologique interstellaire prospère, se situe une étape particulièrement difficile qui condamnerait la plupart de ces civilisations avant qu’elles ne deviennent visibles à plus grande échelle.
« La durée pendant laquelle une civilisation technologique reste active, et ce qui détermine si elle s’effondre ou persiste, est une question centrale, autant pour projeter l’avenir de l’humanité que pour estimer la fréquence d’intelligences détectables dans la galaxie. », peut-on lire dans l’étude.
10 scénarios, 200 simulations par scénario
Pour Celia Blanco, certaines réponses à ces questions pourrait passer par des simulations numériques très avancées. Ici, les chercheurs ont listé une dizaine de scénarios plausibles relatifs à une civilisation « d’origine terrestre », sur un millier d’années. Pour chaque scénario, les auteurs ont effectué environ 200 simulations permettant d’observer des dynamiques de croissance, de crise, d’effondrement et de possible redressement. Par ailleurs, les différentes trajectoires étaient influencées par trois grands facteurs variables, à savoir les contraintes de ressources, l’architecture sociopolitique et les évènements de type pandémies, catastrophes naturelles etc.
Inutile de décrire chaque scénario mais il faut savoir que si quelques civilisations se sont maintenues durablement, d’autres se sont effondrées plus ou moins rapidement et/ou définitivement, tandis que certaines ont connu des crashs technologiques suivis d’une période de silence, puis de redressement complet ou partiel. En tout cas, la plupart des scénarios ont dépeint une civilisation éprouvant des difficultés capables de causer une chute aussi brutale que totale.
Crédit : Pavel_Chag / iStock
Que disent réellement ces travaux ?
Selon les auteurs de l’étude, le cheminement vers la prospérité d’une civilisation, vers un effondrement définitif ou vers une chute puis un redressement (parfois plusieurs fois), façonne naturellement le destin de cette même civilisation. Toutefois, il s’agirait également d’une dynamique définissant sa potentielle signature dans l’atmosphère de sa planète. Il est ici question de « technosignatures » possiblement incarnées par des polluants industriels tels le dioxyde d’azote, le tétrafluorométhane, le CFC‑11 ou encore, le CFC‑12.
Si ces signatures pourraient permettre de détecter des civilisations extraterrestres, les gaz dont il est ici question n’ont pas la même durée de vie atmosphérique. Par exemple, l’écart est énorme entre le dioxyde d’azote et le tétrafluorométhane, dont la persistance dans l’atmosphère est respectivement de quelques heures (ou jours) et d’environ un millénaire. Ceci implique l’idée suivante : les gaz polluants à très longue durée de vie atmosphérique pourrait prolonger la détectabilité de civilisations qui n’existent plus et ce, longtemps après leur disparition.
En ce qui concerne la Terre et l’humanité, la grande majorité des scénarios des chercheurs ont présenté les deux paramètres suivants : le taux d’épuisement des ressources et la capacité de récupération après effondrement. Selon les chercheurs, les civilisations fictives ayant davantage réussi à réduire leur consommation de ressources ont été plus à même de rebondir, face à celles plus instables basées sur la surexploitation.


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