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 A quand les sapeuses-pompières ?

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La lubie consistant à vouloir féminiser les noms de professions, de métiers et de fonctions administratives progresse, en bafouant les règles de la grammaire et de l’étymologie. Analyse.


Le ridicule ne tue pas. On avait les professeures, les auteures, les docteures, les procureures, les recteures – cocasse, quand il y a rectrices, non ? Avec les sous-préfètes, un degré supplémentaire est franchi dans l’égalité sexuelle des droits de la langue. Égalité d’autant plus surprenante que la mode est de refuser l’assignation à son sexe biologique.

C’est en vain que l’Académie française aura rappelé, en 1998, sous les plumes éminentes de Georges Dumézil et Claude Lévi-Strauss, que, si la féminisation des noms de métier se fait aisément par l’usage, en revanche, doit être impérativement respectée l’indifférence juridique conférée par le genre masculin dans les statuts, les titres et pour la désignation des fonctions. « Ce n’est pas, en effet, Madame X qui signe une circulaire mais le ministre qui, pour un temps, se trouve être une personne de sexe féminin. Mais la circulaire restera en vigueur alors même que Madame X ne sera plus titulaire du portefeuille ». On est d’autant plus surpris de lire que cette même Académie vient d’autoriser le mot composé « sous-préfète » concurremment avec sous-préfet tout en gardant le sens, dévolu à sous-préfète, de femme du sous-préfet. Nous ne reviendrons pas sur cette guerre idéologique. Mais si nous sommes allergiques à l’Académie française, du moins pouvons-nous être sensibles au bon sens, et à l’élégance de notre langue française ?

A lire aussi, du même auteur : Les Lévi-Strauss : un couple structuré

Comment, direz-vous, désigner nos femmes ? Gendarmette a fait long feu. Le mot ministre est un miracle. Las ! Est-il permis de dire que le mot « préfète », peu heureux, est légèrement dévalorisant ? Et que dire de « sous-préfète » dont rien n’empêchera – ni l’autorité ni l’usage – la sonorité de renvoyer à la scène « culte » d’un film ?  Pourquoi ne pas dire simplement : Madame X, sous-préfet de Vezoul-en-Brie ? D’autant que « préfet », étant un mot masculin du lexique, lui ajouter un appendice genré ajoute une difficulté : les interférences entre sexe, genre, identité, ressenti. Qui vous dit que je suis un homme ? dira un préfet dont le ressenti est féminin.

Le genre grammatical n’est pas le sexe. Et le genre masculin a une valeur extensive au pluriel. Depuis le temps qu’on le répète, cela devrait être des évidences, non ? Une générale est une répétition générale d’un spectacle. Jusqu’à présent, tout au moins. Car on voit poindre à l’horizon les « générales » et bientôt les « générales en cheffes » et les « caporales cheffes ». Le tout approuvé bientôt par l’Académie française ? Pourquoi d’ailleurs, sinon par conformisme, avoir décalqué d’un mot ancien « chefferie », au sens territorial, le mot « chef », pour le féminiser, au lieu de créer « chèfe », plus léger, calqué sur « trèfle » ?

Un mot échappe encore à la féminisation alors même qu’il désigne une personne qui se penche souvent sur votre corps pour l’examiner. C’est le mot « médecine ». On dira que c’est pour éviter la confusion avec le mot « remède ». Parce que notre intelligence, naturelle ou artificielle, ne saurait faire la distinction ? On hésite encore pour « rapporteur d’une loi » et voit souvent écrit dans les bandeaux télévisuels « la rapporteure ». Serait-ce à cause du refrain enfantin : « Rapporteur à la maison qui reçoit des coups de bâton… » ? Que manque d’audace ! 

A lire aussi : Prêtez-moi Pretty pour que valse ma vie !

On attend avec gourmandise les sapeuses–pompières ! Quelle fierté républicaine représenterait cette féminisation ! Le mot « sapeur » qui désigne un soldat de l’arme du génie, s’il était féminisé, en sapeuse ou, mieux, en sapeure, ne témoignerait-il pas de cette égalité chère aux Françaises et aux Français ? En janvier 2021, Amélie de Montchalin avait lancé un plan de 100 milliards d’euros, dédié aux « sous-préfets de la relance » afin qu’ils prennent les décisions au plus près du terrain, en omettant d’y associer – un comble ! – « les sous-préfètes ! » 

En 2012, la Cour des Comptes avait épinglé « ce machin inutile » créé par Napoléon qu’est le corps préfectoral. Il est vrai qu’en 1800, il n’y avait pas de femmes au tricorne bleu, tressé de feuilles de chêne et d’olivier. Et que Napoléon – toujours lui – était un sacré macho.

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