Le poisson mesure environ 1,40 m pour 25 kg, il vit à plus de 2 100 m de profondeur dans la baie de Suruga, au Japon, et la science ne le connaissait pas avant 2021. Il s’appelle Narcetes shonanmaruae. Une caméra appâtée, posée à 2 572 m, l’a filmé en pleine nage. Les chercheurs ont ainsi vu un chasseur actif là où la famille de ce poisson passe plutôt pour discrète.
Quatre individus, aucun répertorié par la science.
À retenir
- Une nouvelle espèce de poisson de 1,40 m et 25 kg a été découverte en 2021 dans la baie de Suruga au Japon
- Narcetes shonanmaruae est le plus grand alépocéphale connu à ce jour, contrairement aux cousins herbivores de sa famille
- Des caméras à 2 572 m de profondeur ont révélé un superprédateur actif, contredisant la réputation discrète des alépocéphales
Sommaire
Un géant dans une famille de discrets
L’espèce appartient aux alépocéphales (slickheads en anglais), une famille de poissons des grands fonds. À côté de ses cousins, elle paraît démesurée : environ 140 cm de longueur totale et 25 kg, soit la taille d’un enfant d’une dizaine d’années et le poids d’un chien de bonne taille. Selon l’étude publiée dans Scientific Reports, c’est le plus grand alépocéphale connu à ce jour, et l’un des plus grands poissons osseux du domaine bathyal jamais décrits. Des analyses mitogénomiques confirment par ailleurs qu’il s’agit bien d’une espèce nouvelle.
Les chercheurs l’ont surnommé le « poisson yokozuna », en référence au rang suprême du sumo. En japonais, la famille entière porte déjà un nom sportif : sekitori iwashi, la « sardine lutteur de sumo ».
Les 4 spécimens ont été capturés à plus de 2 171 m, à l’embouchure de la baie, avec une palangre de fond. Cela représente environ 6,5 fois la hauteur de la tour Eiffel, à la verticale. L’équipe de la JAMSTEC, l’agence japonaise des sciences et technologies marines et terrestres, y menait des campagnes d’échantillonnage quand ces poissons inattendus sont remontés.
Un piscivore là où l’on attendait du plancton
La plupart des alépocéphales se nourrissent de zooplancton gélatineux, près du fond ou en pleine eau. Pour cette espèce, les observations de comportement et l’analyse du régime alimentaire désignent au contraire un mangeur de poissons.
L’analyse isotopique chiffre ce constat.
Les auteurs ont mesuré les isotopes stables de l’azote dans certains acides aminés, une méthode qui permet de situer un animal dans la chaîne alimentaire. Résultat : N. shonanmaruae occupe l’une des positions trophiques les plus élevées jamais rapportées en milieu marin. La formule est prudente, et à raison, puisque l’étude ne revendique aucun record absolu. La JAMSTEC en déduit toutefois que le poisson est un superprédateur des eaux profondes de la baie de Suruga.
La caméra appâtée à 2 572 m
Une capture ne dit presque rien du comportement. Un poisson remonté d’une palangre est un animal immobile, parfois abîmé, dont on ignore tout des habitudes. Pour savoir comment celui-ci se déplace, l’équipe a donc déployé une caméra équipée d’un appât, à 2 572 m de profondeur dans la même baie.
Les images montrent un poisson à la nage active. C’est ce comportement qui a donné son sous-titre à l’étude : un prédateur de sommet qui nage activement, dans un groupe dont la réputation était plutôt celle de brouteurs de gélatine.
Pour la JAMSTEC, la diversité et le rôle des grands prédateurs de la zone bathyale demandent à être éclaircis d’urgence : ils pèsent sur le fonctionnement des écosystèmes et restent vulnérables aux changements de l’environnement. L’agence souligne qu’on connaît encore mal ces animaux.
La description, parue le 25 janvier 2021, repose sur 4 poissons et sur quelques images vidéo prises à 2 572 m, où l’on voit le poisson nager.
Sources : novataxa.blogspot.com | ncbi.nlm.nih.gov


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