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À Montréal, l’archipel contre les dépendances : l’aide malgré les distances

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Dans cet archipel d’îles peu ou pas connectées, le moindre grain de sable peut tout faire déraper et le risque de replonger dans « l’océan des dépendances » est immense. Ce texte est le dernier d’une série de quatre.

À 800 kilomètres de la métropole, dans le centre de traitement Mawiomi pour adultes à Gesgapegiag, dans la Baie-des-Chaleurs, un des rares centres de thérapie culturellement adaptés pour les Autochtones dans la province, la télémédecine a fait son entrée en pleine pandémie de COVID-19.

En raison de l’aggravation de la crise des opioïdes, nous refusions des clients, se souvient sa directrice générale, Melissa Bryan.

Dès les premiers mois de la pandémie, les Premières Nations ont été frappées de plein fouet par la crise des opioïdes.

En 2021, les décès liés aux opioïdes chez les membres des Premières Nations en Ontario avaient augmenté de 132 %, par exemple.

À Gesgapegiag, l’équipe de Mawiomi a remarqué une augmentation des demandes de clients locaux, incapables d’aller ailleurs à cause des limites de déplacement.

La désintoxication est un problème permanent et nous ne disposions pas de ce type de ressources. La cure de désintoxication la plus proche est généralement celle au Nouveau-Brunswick, où ils devaient se rendre.

L’accès aux services est donc un défi de taille en médecine des toxicomanies, particulièrement en région éloignée des grands centres urbains.

Sans compter, poursuit-elle, que les gens ne veulent pas que la communauté sache qu’ils suivent un traitement, alors ils préfèrent aller loin, où ils ne sont pas connus, où il n’y a pas de stigmatisation. Mais avec les restrictions de la pandémie, cela devenait compliqué.

Melissa Bryan répond à des questions lors d'une entrevue.

Melissa Bryan dirige le centre de traitement Mawiomi pour adultes à Gesgapegiag.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

En 2022, le centre de cette communauté mi’gmaw commence alors un partenariat avec le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM). Le Collège des médecins du Québec avait déjà assoupli les règles de télémédecine permettant le traitement de la toxicomanie dès le début de la pandémie.

Et le CHUM, quant à lui, avait déjà un projet en cours, culturellement sécuritaire et co-construit avec la communauté de Listuguj et le CISSS de la Gaspésie depuis 2020.

L’objectif, dès le début du projet avec Listuguj, était de permettre aux patients de parler à des médecins spécialisés en toxicomanies situés au CHUM, tout en recevant le support administratif, social et culturel chez eux ou au centre de leur communauté.

Sofiane Chougar, la main devant la bouche.

Sofiane Chougar écoute l'équipe du centre de traitement pour adultes Mawiomi qui est venue rendre visite à l'équipe du CHUM.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ils peuvent être pris en charge en quelques heures seulement. Beaucoup de communautés autochtones sont en région éloignée. Pour accéder aux services, c’est compliqué et pas souvent dans leur langue. Les services sont francophones, alors que ces communautés sont anglophones. Ce qu’on entendait souvent quand on y allait est qu’ils voulaient aussi des services holistiques à l’intérieur de la communauté, indique Sofiane Chougar, l’infirmier-chef du Service de médecine et de psychiatrie des toxicomanies.

La télémédecine a donc changé la donne. Des Inuit aux Cris en passant par les Innus ou encore les Atikamekw, désormais, 18 communautés autochtones utilisent ce service du CHUM, sans compter les organismes à Montréal. Et l'équipe se déplace. Avec chaque communauté, on construit quelque chose de différent, vraiment co-construit avec la communauté, qui répond aux besoins et qui est en sécurisation culturelle, ajoute-t-il.

Patricia Lalonde regarde au loin.

Patricia Lalonde est responsable du développement du programme de télésanté au CHUM.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il y a des communautés qui ne ressentent pas le besoin de travailler avec nous, elles sont déjà bien outillées, nuance Patricia Lalonde, qui développe le programme de télésanté au CHUM. L’adaptation est de mise pour répondre aux différents besoins. Avec certaines, on apprend à se connaître, on échange pour des formations, puis on offre nos services, poursuit-elle, mentionnant être en discussions avec quatre nouvelles communautés.

Les patients peuvent donc choisir de rester dans la communauté ou venir à Montréal, selon la complexité.

Depuis 2023, plus de 250 patients autochtones sont suivis en télémédecine par le CHUM. De ce nombre, 22 % ont un ou plusieurs problèmes de santé physiques ou psychologiques, comme le diabète, la cirrhose du foie, la dépression ou l’hépatite C.

Des personnes dans un couloir.

Le service de télésanté du CHUM permet de suivre à distance des patients.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le médecin du CHUM examine à distance le dossier, discute avec le patient et détermine les besoins pour la cure, et ce, sous la supervision d’une infirmière du centre de thérapie.

Sans la télémédecine, nous ne serions pas en mesure de fournir la Suboxone [un traitement substitutif de la dépendance aux opioïdes chez les adultes, NDLR] ni en mesure d’accepter une certaine clientèle, car ça représenterait un tel risque. Nous ne disposons pas d’un grand nombre de médecins spécialisés dans ce domaine dans la région, renchérit la directrice générale de Mawiomi.

L’équipe du CHUM est venue donner des formations, notamment sur les symptômes du sevrage, ce qui a conduit à un changement complet du personnel à propos des préjugés et de la participation des personnes.

C’était tabou ou les gens avaient vécu leurs propres expériences par le biais de leurs familles ou amis, indique Melissa Bryan, qui note, au-delà de la sécurité culturelle, l’humilité culturelle des membres de l’équipe de la Dre Marsan, qui n’ont pas présumé de savoir des choses dans lesquelles ils ne sont pas spécialistes. Ils ont une conscience culturelle.

Le paysage du bien-être des Autochtones est en train de changer. Nous prenons notre place en aidant notre population et en étant là.

Une longue liste d’attente

À Gesgapegiag, le centre Mawiomi propose donc un programme de quatre semaines et demie et assure un suivi pendant 18 mois pour ses patients qui viennent de plusieurs provinces. Il accepte jusqu’à 8 personnes par cohorte, mais, en moyenne, de 30 à 40 personnes attendent leur tour.

Route 132 avec affiche Gesgapegiag first nation

La communauté mi'gmaw de Gesgapegiag, en Gaspésie, compte environ 700 personnes.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

C’est un long processus, nous acceptons les personnes probablement un mois avant leur participation. Et les dossiers qui attendent continuent de croître. Nous avons besoin d’un centre plus grand pour aider plus de personnes, plaide le responsable des services de bien-être, Jimmy Skinner.

Jimmy Skinner étudie aussi de plus près les interventions médicales axées sur les Autochtones avec, en tête, les demandes récurrentes des clients qui veulent utiliser de la médecine traditionnelle. Une option qu’il songe à introduire doucement, car les études sur les interactions possibles sont rares, explique-t-il.

Jimmy Skinner regarde le sol.

Jimmy Skinner souligne que les services du centre Mawiomi sont très sollicités.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il reste encore, concède Melissa Bryan, à sensibiliser le public à la stigmatisation et à rappeler la nécessité de disposer de soins complets.

Un de nos objectifs pour les prochaines années est de nouer des relations entre notre communauté de Gesgapegiag et celle de Listuguj afin de promouvoir nos services et gagner la confiance des gens des communautés, qui est la base de tout type de service que l’on souhaite créer ou maintenir.

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