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Des panaches de fumée s'élèvent dans le ciel. Viktoria Haidai, directrice commerciale de la maison d'édition Konvi, arpente les restes calcinés de l'imprimerie située dans la périphérie de Kiev. Celle-ci aurait dû tourner à plein régime pour produire des manuels scolaires en vue de la rentrée des classes du 1ᵉʳ septembre. Mais dans la nuit, un missile russe a frappé l'usine, qui devait livrer 1,3 million de manuels scolaires, rapporte la BBC.
Ces dernières semaines, Moscou a multiplié les frappes contre les imprimeries et les maisons d'édition ukrainiennes, au point de détruire 12 millions de livres. Au-delà des pertes matérielles, ces attaques touchent directement à l'histoire et à la culture du pays. Selon les médias locaux, un tiers des livres imprimés en Ukraine cette année ont été détruits par les frappes russes.
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Dans l'imprimerie de Kiev, les quelques pages qui ont survécu aux flammes ont été endommagées par l'eau pulvérisée pour éteindre l'incendie ou par les intempéries: le toit s'est effondré sous l'effet des frappes, laissant les ouvrages exposés aux précipitations.
«Je pense que c'est délibéré de la part de la Fédération de Russie, souligne Viktoria Haidai. Au cours des deux derniers mois, certaines des plus grandes maisons d'édition ont perdu leurs entrepôts logistiques, où étaient stockées de très grandes quantités de livres.» Au total, plus de trente-cinq sites d'édition ont été ciblés ces dernières semaines.
Priver les Ukrainiens de leur langue nationale
Mais les romans fraîchement imprimés ne sont pas les seuls à être menacés. Le marché des livres d'occasion subit lui aussi les attaques du Kremlin. À Kiev, des centaines d'étals et d'innombrables ouvrages précieux du marché de Pochaina ont été pris pour cible.
Liliya Velyka, une blogueuse littéraire de 28 ans, a tenté de sauver quelques pépites: elle a fouillé dans les décombres encore fumants pour extraire un exemplaire d'un roman de science-fiction. «Les livres nous sauvent, et perdre tout cela, c'est comme perdre notre cœur», regrette-t-elle.
La littérature ne fait pas figure d'exception. Moscou fait feu de tout bois pour endommager les symboles de la culture ukrainienne. Musées, galeries d'art, studios de cinéma, bibliothèques et opéras sont également régulièrement pris pour cible. À la laure des Grottes de Kiev, le grand monastère médiéval de la capitale, les dômes dorés de la cathédrale ont été endommagés. Si les objets religieux ont été mis en sécurité, une grande partie du toit a brûlé, et les réparations devraient coûter près de 10 millions d'euros.
«Il s'agit d'une guerre existentielle: la Russie veut nous détruire et nous effacer en tant que nation, comme si les Ukrainiens n'existaient pas et n'avaient jamais existé, assène Tetyana Berezhna, ministre ukrainienne de la Culture. La Russie s'en prend à notre patrimoine culturel, aux symboles de notre présence ici depuis si longtemps.» Elle estime que Moscou a attaqué plus de 1.900 éléments du patrimoine du pays et plus de 2.000 institutions culturelles. Pour tenter de préserver ce qui peut encore l'être, Kiev mise notamment sur la numérisation des œuvres et des livres. Une manière de sauvegarder le patrimoine et de garantir l'accès aux ressources pédagogiques pour les écoliers.
Sur le site de l'imprimerie bombardée de Kiev, Viktoria Haidai rappelle à son tour l'importance de protéger la littérature. «Les mots sont tout. C'est notre développement, notre culture et notre patrimoine historique qui se transmettent de génération en génération.» Alors que les enfants se préparent pour leur rentrée, cette volonté de préserver les livres prend une résonance particulière. Toutefois, beaucoup s'inquiètent davantage des frappes de drones meurtrières qui ponctuent désormais le quotidien dans la capitale.





























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