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Quel Québec choisiront les électeurs en octobre? L’équipe éditoriale réfléchit aux chantiers qui nourriront le menu législatif des prochaines années. Cette semaine, la gouvernance.
La solitude au sommet est inévitable pour les premiers dirigeants d’une organisation et la politique n’y fait pas exception. Le premier ministre du Québec occupe une fonction unique que lui seul, ses pairs dans les autres provinces ou ses prédécesseurs peuvent comprendre. Aussi faut-il prendre cette réflexion pour ce qu’elle est. C’est le regard d’un non-initié qui a la chance d’observer le pouvoir politique à saine distance.
Il n’y a pas de manuel d’emploi pour la fonction de premier ministre, aucune méthode d’évaluation du progrès, si ce n’est l’examen constant du public, des médias et de l’opposition. Une fois tous les quatre ans, le jugement tombe au détour d’une élection générale. C’est l’occasion de mesurer si le candidat ou la candidate a trouvé l’impossible point d’équilibre entre le respect de ses promesses, le maintien de la cohérence idéologique avec la base militante et la recherche du bien collectif.
Un job ingrat, vraiment, accompli dans une gouvernance archaïque qui dessert autant le principal intéressé que la population qu’il a pour mission de servir. Le premier ministre s’appuie sur une garde rapprochée, formée la plupart du temps du chef de cabinet, de conseillers politiques et de ministres détenteurs de portefeuilles névralgiques. C’est le mode parfait pour mener à l’isolement et creuser insidieusement le fossé entre les attentes de la population et la prestation des programmes et des services rendus. Les ministres n’y font pas exception, en ce sens qu’ils reproduisent aussi ce modèle à l’intérieur de la chambre d’écho du caucus.
Ils vous diront qu’ils s’abreuvent à tous les médias dans la revue de presse matinale. Qu’ils sont l’équivalent d’une oreille et d’un œil branché sur les préoccupations usuelles du Québec. Qu’ils prennent le pouls du « monde ordinaire » tous les jours dans les bains de foule ou les visites dans les circonscriptions. C’est vrai, mais ce n’est pas suffisant pour dissiper le malaise.
La gouvernance politique impose la discipline de diriger et de décider. Laissés à eux-mêmes, nos leaders finissent par écarter le dialogue social dans la prise de décision. C’est trop long, trop compliqué. C’est impossible de rallier tout le monde, surtout en cette époque où le débat est fragmenté, pointilleux, et parfois même miné par un individualisme capricieux. De surcroît, le gouvernement a été élu… pour gouverner !
Cette logique stérile était bien à l’œuvre au sein du gouvernement de l’ex-premier ministre François Legault. Il a dirigé par décrets durant la pandémie de COVID-19 (le rêve !). Il s’est comporté par la suite comme le premier dirigeant d’une grande entreprise : à l’écoute de son équipe de direction, entouré, protégé… et coupé de la réalité.
C’est ainsi qu’on vient à penser qu’il n’y a rien de grave à injecter 1,7 milliard en fonds publics dans une filière batterie, sans faire une vérification diligente élémentaire de la solvabilité des entreprises bénéficiaires de la manne. C’est ainsi qu’on s’imagine dans notre droit de défendre l’augmentation du salaire des élus de l’Assemblée nationale, en diminuant la valeur probante du travail des professeurs, qui demandent aussi un meilleur salaire. C’est ainsi qu’on transforme un projet aussi rassembleur que l’élaboration d’une Constitution du Québec en un flop parce que le travail de réflexion a été mené en circuit fermé au sein du ministère de la Justice.
Sans doute tributaire de cette idée qu’un gouvernement peut être géré comme une entreprise, et victime de sa supermajorité de 2018, la Coalition avenir Québec n’a pas su écouter, dialoguer et donner vie à l’idée du consensus social, l’une des forces cachées de la société québécoise. C’est ainsi que le gouvernement de Lucien Bouchard a réussi à rallier la société civile à l’atteinte du « déficit zéro », lors du Sommet socio-économique de 1996. C’est ainsi que le gouvernement de Pauline Marois a réussi à mettre un terme à la contestation sociale du Printemps érable, en 2012, et à faire adopter la Loi concernant les soins de fin de vie, en dépit de son statut minoritaire, grâce à une approche misant sur la concertation entre les formations politiques, incarnée à merveille par la marraine du projet, Véronique Hivon.
Pour le prochain cycle politique, nous souhaitons moins de débats partisans et acrimonieux à l’Assemblée nationale. Nous espérons qu’il y aura des occasions de collaboration, des débats vigoureux, mais constructifs entre les formations politiques afin d’améliorer le dessein de tous les Québécois. Nous espérons un premier ministre (ou une première ministre) qui se rappellera, constamment, qu’on ne peut arriver à servir les intérêts supérieurs de la nation dans un vase clos, sans se donner la peine de rassembler.
Un Québec qui mise sur le dialogue social, un Québec qui recherche le consensus, même si son atteinte pleine et entière reste illusoire, sera en meilleure posture pour affronter les défis du moment. Nous souhaitons un dialogue fécond, des leaders à l’écoute qui résisteront à la tentation facile de la polarisation.


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