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À la pointe entre Rhône et Saône se dresse depuis fin 2014 un nuage de cristal dont les grues sont restées immobiles près de deux ans

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À la pointe de la Confluence, là où le Rhône rejoint la Saône, le « nuage de cristal » imaginé par le cabinet autrichien Coop Himmelb(l)au trône depuis fin 2014. Mais avant d’accueillir ses premiers visiteurs, cette structure d’acier et de verre a connu un épisode que peu de chantiers publics français ont vécu : près de deux ans, les grues sont restées figées au-dessus du fleuve, tandis que le projet frôlait l’abandon pur et simple.

Le musée, aujourd’hui devenu l’un des symboles architecturaux de Lyon, a un passé nettement moins glorieux que sa silhouette futuriste ne le laisse paraître. Lancé en 1999 par le conseil général du Rhône sous la présidence de Michel Mercier, le projet est remporté en 2001 par le cabinet Coop Himmelb(l)au. Le budget voté à l’époque tient sur une ligne : le projet de construction d’un musée d’Histoire naturelle à Lyon date de 1999 et est initié par Michel Mercier, alors président du conseil général, avec des premières estimations de 400 millions de francs, soit 61 millions d’euros. Un montant qui semble aujourd’hui appartenir à une autre époque.

À retenir

  • Pourquoi les grues se sont-elles arrêtées pendant deux ans sur ce chantier fluvial?
  • Comment une sous-estimation du poids de l’acier a-t-elle failli couler le projet?
  • Quel prix réel a dû payer Lyon pour son nuage de cristal?

Sommaire

  1. Le jour où les grues se sont arrêtées
  2. Vinci reprend un chantier à haut risque
  3. Une facture qui n’a jamais cessé de grimper

Le jour où les grues se sont arrêtées

Le marché de construction est signé en novembre 2005 avec l’entreprise Bec, filiale du groupe Fayat. Mais rien ne se passe comme prévu. Les travaux ne démarrent réellement qu’à l’automne 2006, menés par l’entreprise Bec Frère, et assez rapidement des désaccords surviennent entre l’entreprise, le cabinet d’architecture Coop Himmelb(l)au et la Société d’Équipement du Rhône et de Lyon, chargée de la maîtrise d’ouvrage. Une première alerte survient dès 2007 : le chantier est à l’arrêt pendant 7 mois cette année-là.

Le vrai coup d’arrêt survient l’année suivante. À la mi-2008, le chantier est arrêté et l’entreprise Bec Frère se désengage du projet par une résiliation à l’amiable actée le 4 décembre 2008, moyennant une indemnisation de 5 millions d’euros pour les frais engagés. Sur le terrain, l’image est saisissante : un squelette métallique à moitié monté, des grues immobiles surplombant la pointe du fleuve, et aucun ouvrier pour poursuivre l’assemblage de ce qui devait devenir l’un des bâtiments les plus photographiés de la ville.

Les causes de cette rupture ne tiennent pas seulement à une mésentente entre partenaires. Pour Jean-Pierre Martin, alors P-DG de Bec Frères, l’incertitude était de nature à remettre en cause l’économie générale du contrat, en particulier le caractère forfaitaire du prix du marché. l’entreprise estimait ne plus pouvoir garantir un prix fixe pour un ouvrage dont la complexité technique explosait à mesure que le chantier avançait. Le poids réel de la structure en acier avait été largement sous-estimé au moment de la conception, obligeant à revoir les fondations en profondeur : il faudra renforcer les fondations, portées à 31 mètres de profondeur au lieu de 19, puisque le poids total de la structure avait été sous-évalué.

Pendant cette période d’inertie, le département ne reste pourtant pas inactif financièrement. Un bureau d’études est engagé pour 1,5 million d’euros afin de faire le lien entre le cabinet autrichien d’architecture et le constructeur, une dépense qui se révélera inutile puisque le groupe Fayat ne reprendra jamais les travaux. Deux ans de flottement quasi total, le temps que le conseil général retrouve un maître d’œuvre capable de reprendre un ouvrage devenu, entre-temps, un véritable cauchemar d’ingénierie.

Vinci reprend un chantier à haut risque

C’est finalement le géant du BTP Vinci qui accepte de reprendre l’édifice, dans des conditions financières nettement moins favorables que le contrat initial signé avec Bec Frères. Le squelette d’acier déjà en place doit être en partie repensé pour intégrer les nouvelles contraintes de poids et de fondations. Le risque devient tel que les assureurs privés se retirent du dossier : le chantier devenant de plus en plus à risque, les assureurs se retirent, et c’est finalement le département lui-même qui se porte garant, sachant qu’à partir de début 2015 il ne sera plus responsable du projet puisque le propriétaire officiel du musée deviendra la nouvelle métropole de Lyon.

Le bâtiment est enfin livré au printemps 2014, avant une ouverture au public le 20 décembre de la même année, livré au printemps 2014 avant une ouverture au public le 20 décembre de la même année. Entre le vote du budget initial en 2000 et l’inauguration, treize années se sont écoulées, dont près de deux ans passés sans la moindre activité visible sur le chantier.

Une facture qui n’a jamais cessé de grimper

Le contentieux avec Vinci ne s’arrête pas à la livraison. À la veille de l’inauguration, le conseil général du Rhône réclame au constructeur d’importantes pénalités pour retard de livraison. Ce projet, lancé en 1999 par le conseil général et remporté en 2001 par le cabinet Coop Himmelb(l)au, initialement confié au groupement conduit par Bec Frères, avait vu son chantier à l’arrêt à l’été 2008, avant que ce groupement ne négocie son retrait en décembre de la même année devant la difficulté de mise en œuvre de la garantie décennale. Le montant exact de la facture finale a longtemps fait débat entre les élus et l’association de contribuables CANOL, chacun avançant des chiffres différents selon ce qui était comptabilisé.

Les évaluations ont évolué au fil des années : le coût du musée, tout d’abord estimé à 61 millions d’euros en juillet 2000, a été révisé par le Conseil général du Rhône en 2009 à hauteur de 175,1 millions d’euros, puis en 2012 pour 267 millions d’euros. Un rapport de la Société d’Équipement du Rhône et de Lyon (SERL), chargée du suivi des travaux, a ensuite acté un montant intégral et définitif proche de 307 millions d’euros une fois intégrés la scénographie et les aménagements paysagers. Plus récemment, la Chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes a repris le dossier dans son rapport de 2024, rappelant que celui-ci a été construit par le conseil général du Rhône pour un coût de 314 millions d’euros et est devenu propriété de la métropole de Lyon en 2015 lors de la création de cette dernière.

Le rapport de la chambre régionale des comptes ne s’attarde pas seulement sur l’ardoise du chantier. Il pointe aussi une gouvernance restée figée depuis l’origine : en 2022, le musée disposait d’un budget de fonctionnement de 19,9 millions d’euros dont 14,4 millions de subventions versées par la métropole de Lyon, seul et unique contributeur public, une situation héritée du conseil départemental du Rhône qui fait du musée un établissement sans coopération effective avec l’État. Douze ans après l’ouverture, le nuage de cristal continue donc d’attirer les foules, avec plus de 630 000 visiteurs annuels, mais son financement repose encore intégralement sur les épaules d’une seule collectivité, un héritage direct de ce chantier chaotique dont les grues immobiles resteront longtemps l’image la plus tenace.

Sources : lemoniteur.fr | lyonmag.com

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