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La polémique ne désemplit pas autour de PEIDoctor.com, cette entreprise privée offrant des soins virtuels et à domicile payants aux touristes internationaux et québécois de passage à l'Île-du-Prince-Édouard. Alors que les tarifs s'échelonnent de 200 $ à près de 900 $, l'initiative suscite une vive opposition politique et relance le débat sur l'érosion du système public.
Le premier ministre de la province, Rob Lantz, a fermement exprimé son désaccord sur les réseaux sociaux.
Comme de nombreux insulaires, je suis indigné que cette entreprise donne la priorité aux services de santé à but lucratif destinés aux touristes et aux non-résidents, a-t-il déclaré dans une publication Facebook.
Le responsable politique a demandé au ministère de la Santé et du Bien-être d’examiner cette affaire et de trouver un moyen d’y mettre fin.
Face aux critiques qui voient dans cette clinique une forme de médecine à deux vitesses, le PDG de PEIDoctor.com, Marius Croeser, défend un modèle qu'il estime complémentaire et fondé sur deux réservoirs distincts d'heures de consultation.
Selon lui, les médecins travaillent dans un premier réservoir public encadré par des plafonds, puis consacrent leur temps restant à un second réservoir privé qu’ils ne peuvent pas facturer à Santé Île-du-Prince-Édouard.
Ce n'est pas ma compagnie. C'est notre initiative sur l'île, pour l'Île. Nous n'utilisons aucune des heures de consultation qui se trouvent dans ce réservoir public.
Désengorger ou affaiblir le réseau public ?
Marius Croeser rejette toute accusation d'affaiblir le réseau. Pour qu'il y ait un système à deux vitesses, il faudrait venir prendre des heures financées par le public pour les revendre au privé. C'est déjà ce qui se passe sur l'île, c'est un secret de Polichinelle, mais ce n'est pas ce que nous voulons faire, insiste-t-il.
Après avoir prévu 600 consultations pour son projet pilote, l'entreprise vise 2000 actes la saison prochaine, affirmant vouloir ainsi désengorger les listes d'attente publiques pour les insulaires.
Cette explication laisse perplexe Erin Strumpf, professeure aux départements d'économie et d'épidémiologie à l'Université McGill.
Pour l'experte, le bassin de professionnels reste fixe. Si un médecin choisit de consacrer des heures au privé plutôt qu'au public, cela réduit inévitablement l'accès aux soins pour les patients couverts par le régime public, estime-t-elle.
Mettre des ressources au service des touristes, ça enlève des ressources au secteur public, ça peut l'affaiblir.
Inquiétudes syndicales et neutralité des autorités
Du côté du Syndicat des infirmières et des infirmiers de l'Île-du-Prince-Édouard, l'essor de la médecine privée inquiète également.
Rappelant que seules 72 des 170 infirmières praticiennes inscrites dans la province travaillent actuellement pour Santé Île-du-Prince-Édouard, le syndicat réaffirme sa position par écrit. Les fonds publics doivent servir à renforcer notre système de santé public, et non à financer des soins privés à but lucratif, peut-on lire dans un courriel de réponse.
Pour sa part, Santé Île-du-Prince-Édouard s'est déchargée de toute responsabilité quant aux activités de l'entreprise. L'organisme public a précisé par écrit que la prestation de soins privés offerts aux personnes non admissibles à l'assurance maladie provinciale ne relève pas de sa compétence.
Avec des informations de CBC


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