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À Ploudaniel, Bretagne Plants a inauguré une nouvelle serre qui doit permettre de passer de 65 000 à 100 000 semis et d’accélérer la création variétale.
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Par Bertrand Dumarché Publié le 22 sept. 2026 à 18h12
À Kerloï, à Ploudaniel (Finistère), la rentrée de la filière pomme de terre se fait dans une serre flambant neuve. L’ancienne structure, construite dans les années 1970 et fortement endommagée par la tempête Ciaran, a été remplacée par un équipement de 1 500 m2, plus haut et mieux doté en matériels. Cette évolution doit surtout permettre à Bretagne Plants d’augmenter fortement ses capacités de sélection.
« Nous avons maintenant la possibilité d’avoir 100 000 semis, alors qu’avant nous n’en avions que 65 000 », explique Jean-Yves Abgrall, directeur de Bretagne Plants. Opérationnelle depuis le printemps, la nouvelle serre est divisée en deux volumes. Dans le premier, les géniteurs sont cultivés et amenés à fleurir sous une lumière adaptée. Les équipes peuvent alors réaliser des croisements manuels, récupérer les baies puis les graines qui serviront à la sélection des futures variétés.
La deuxième partie est consacrée aux semis. Grâce à cette capacité supplémentaire, la station estime pouvoir passer de deux à trois variétés inscrites chaque année. « Cela nous permet d’avoir un panel plus large », souligne Jean-Yves Abgrall.
Des moyens supplémentaires pour sélectionner
La nouvelle serre ne se limite pas à une augmentation de surface. Elle intègre des équipements de traitement et d’irrigation, ainsi qu’un système de ventilation et de climatisation adapté. Un hall de travail de 480 m2 vient compléter l’ensemble.
L’investissement doit aussi améliorer les conditions de travail de l’équipe, associée au chantier pendant près d’un an. À Kerloï travaillent aujourd’hui une responsable de site, un sélectionneur adjoint et cinq techniciens.
La station dispose en outre d’un laboratoire permettant notamment de tester les qualités culinaires des produits. Un autre projet est à l’étude pour accroître les capacités de stockage frigorifique, de sélection et de matériel PCR.
La montée en puissance de Kerloï intervient alors que la sélection variétale doit répondre à des contraintes de plus en plus nombreuses. La station travaille sur une cinquantaine de variétés et d’hybrides, et son plan de croisement représente environ 650 000 graines. Les variétés issues de ses travaux couvrent aujourd’hui quelque 2 590 hectares, pour une production de l’ordre de 80 000 tonnes, selon Jean-Yves Abgrall. Elles représentent environ 30 % des surfaces bretonnes plantées.
Bretagne Plants rappelle que la sélection vise notamment à obtenir des variétés combinant rendement, qualité, adaptation aux différents marchés et résistances, ou moindres sensibilités, aux maladies et aux parasites.
Le climat accélère la recherche de nouvelles variétés
Cette capacité supplémentaire prend un relief particulier après l’été 2026, marqué par la chaleur et la sécheresse. À Kerloï, Jean-Yves Abgrall observe des tubercules plus petits et parfois plus biscornus. Les conséquences restent toutefois très variables selon les variétés et les parcelles.
« Deux parcelles voisines peuvent avoir des impacts très différents », constate-t-il. Les variétés les plus vigoureuses, notamment celles destinées à l’export vers le Moyen-Orient et le Maghreb, semblent avoir mieux supporté les conditions de l’été. Pour autant, le directeur de Bretagne Plants appelle à la prudence : il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur la campagne. « On ne sait pas encore si on manquera de plants. Ce qu’on sait, c’est qu’ils seront plus petits. »
La Spunta, variété la plus courante dans les parcelles suivies par la station, a ainsi eu un comportement qualifié de moyen, sans pour autant connaître une situation catastrophique.
Ce constat rejoint les préoccupations exprimées par Ferdi Buffen, négociant allemand surnommé le « pape de la pomme de terre », lors de la rencontre de rentrée de la filière. Face aux épisodes climatiques extrêmes, il estime que l’accès à l’eau devient un avantage compétitif et insiste sur la nécessité de disposer de nouvelles variétés capables de mieux résister à la sécheresse et aux maladies.
Pour lui, la filière européenne doit également composer avec une récolte 2026 annoncée comme historiquement faible et avec des qualités très variables selon les zones de production. Dans ce contexte, l’innovation variétale devient l’un des principaux leviers d’adaptation, au même titre que l’irrigation et l’évolution des pratiques.
Une serre déjà éprouvée par l’été
La nouvelle installation de Kerloï aura donc été rapidement confrontée à un premier test grandeur nature. « Avec l’été très chaud et sec que nous avons eu, les équipements d’arrosage ont permis de passer plus facilement cette période », constate Jean-Yves Abgrall, notamment pour la partie consacrée aux géniteurs.
Au-delà des capacités de sélection, la modernisation du site apporte ainsi une réponse très concrète aux nouvelles conditions de production. Avec ses 100 000 possibilités de semis, contre 65 000 auparavant, Kerloï dispose désormais de davantage de matière pour chercher les variétés qui pourront répondre aux marchés de demain.
Dans une filière confrontée à la fois aux aléas climatiques, aux exigences sanitaires et à la nécessité de conserver ses débouchés à l’export, le temps long de la sélection variétale n’empêche pas l’urgence de s’adapter.
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