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France 25/08/2026 16:30 Actualisé le 25/08/2026 17:57
Si la municipalité explique ne vouloir « heurter personne », cette réponse est loin de suffire pour ceux qui demandent la réinstallation du cliché.

BASHAR TALEB / AFP
Une vue d’ensemble montre les dégâts causés à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 31 juillet 2026 (photo d’illustration).
Au Deauville Sport Images Festival, une photographie a disparu. Le cliché de Jehad Alshrafi, photographe palestinien travaillant pour Associated Press, montrait un match de football disputé à Gaza le 14 février 2026 entre des joueurs du Gaza Sports Club et du club égyptien Al-Ahly « sur un terrain réaménagé, entouré de bâtiments détruits lors des opérations terrestres et aériennes israéliennes », comme le précise la légende. En arrière-plan on ne pouvait effectivement pas manquer les immeubles lourdement endommagés.
L’image, publiée dans le cadre d’un reportage que vous pouvez retrouver en intégralité par ici, avait été sélectionnée pour la deuxième édition du festival, organisée depuis le 6 juin et jusqu’au 6 septembre 2026 par la ville de Deauville. Pour cette édition, le festival revendique une approche du sport à travers ses dimensions « sociale, humaine, culturelle et artistique », avec 14 expositions accessibles gratuitement dans la ville. La photographie semblait donc tout à fait en adéquation avec ces thèmes.
Sa disparition a été constatée jeudi 20 août par Sylvain Larcher, secrétaire de section du Parti socialiste à Deauville et membre de l’association Gauche côte fleurie, selon le journal local Le Pays d’Auge. La photographie a été remplacée par un cliché consacré à des cyclistes. « J’irai à la mairie de Deauville pour me renseigner des raisons de cette manœuvre qui me laisse penser qu’une influence est à l’origine de ce scandaleux détournement de la liberté d’expression », a assuré le responsable politique.
« Nous ne voulons pas entrer dans la polémique »
Sylvain Larcher explique sa démarche auprès du journal : « Si cette photographie a été retirée ou déplacée pour des raisons techniques ou liées à la programmation, il suffit de l’expliquer. » Avant d’ajouter que si cette décision résulte de « pressions extérieures », cela poserait problème.
Au Pays d’Auge, la municipalité confirme le remplacement de la photographie et explique : « Nous ne voulons pas entrer dans la polémique, ni heurter qui que ce soit. » À Sylvain Larcher, la mairie a répondu par écrit, en semblant anticiper de possibles critiques, rapporte France 3 Normandie : « Cette photo n’est en rien pro-Hamas et participe à une exposition signifiant que le sport est partout, quels que soient les lieux et les circonstances. »
Elle poursuit : « La communauté juive deauvillaise sait à quel point la municipalité est solidaire des souffrances créées par le terrorisme palestinien. Mais, puisque cette photo crée précisément de nouvelles douleurs, et pour faire taire cette polémique disproportionnée, nous retirons cette photo de l’exposition. » Une demande de retrait aurait-elle donc été formulée auprès de l’organisation ou de la municipalité ?
« Je souhaite que cette photographie puisse retrouver sa place »
Les réponses de la municipalité (centriste, en place depuis 2001) laissent plusieurs zones d'ombre. Elles ne satisfont pas un bon nombre d’observateurs, parmi lesquels la secrétaire générale d’Amnesty international, qui explique que « montrer (la photo) partout est un acte de résistance, contre la censure, contre la tentative d’effacer la réalité du génocide de Gaza ». À l’image aussi du député socialiste du Calvados, Arthur Delaporte, qui dénonce une « censure à bas bruit » et interpelle les responsables du festival sur les réseaux sociaux.
L’élu demande « toute la transparence sur les circonstances ayant conduit au retrait » de cette photographie, et ajoute : « La volonté de ne pas “heurter” ne peut devenir un principe de déprogrammation culturelle ». Il conclut : « La ville de Deauville doit également présenter ses excuses. Je souhaite également que cette photographie puisse retrouver sa place dans l’exposition au plus vite. »
De son côté, l’eurodéputée Emma Fourreau, implantée politiquement dans le Calvados, a également dénoncé le retrait du cliché et demandé des explications aux organisateurs et à la municipalité. « L’invisibilisation du peuple palestinien jusque dans les arts. Même l’image de jeunes Palestiniens jouant au football au milieu des ruines de Gaza dérange », écrit-elle. Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, dénonce : « La presse interdite à Gaza, les photos interdites à Deauville, la liberté d’information piétinée. »


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