Depuis 1984, une forêt de tubes métalliques encercle le Palais de justice de Bruxelles. Ces échafaudages, censés servir à une restauration qui n’a jamais vraiment démarré, ont eux-mêmes fini par se dégrader au point que l’État belge a dû débloquer de l’argent public pour les rénover. Un comble : réparer l’outil censé réparer le bâtiment.
Quatre décennies d’attente pour un simple coup de peinture sur des tubes d’acier.
À retenir
- Les échafaudages du Palais de justice de Bruxelles sont en place depuis 1984, quatre décennies après leur installation.
- L’État belge a dépensé près de 5 millions d’euros pour l’entretien, le renforcement et la rénovation de ces structures provisoires.
- La restauration complète du bâtiment n’est désormais attendue qu’en 2035, pour un coût total estimé à plus de 600 millions d’euros.
Sommaire
Le plus grand bâtiment du XIXe siècle, prisonnier de son armature
D’une surface au sol de 26 000 m2, il est considéré comme étant le plus grand bâtiment construit au XIXe siècle et reste l’un des plus grands bâtiment au monde dépassant ainsi la basilique Saint-Pierre de Rome. Construit sur ordre de Léopold II et dessiné par l’architecte Joseph Poelaert, l’édifice devait incarner la grandeur d’un jeune État. Il est aujourd’hui surtout connu pour autre chose : son incapacité chronique à se débarrasser de ses propres échafaudages.
Montés en 1984, ceux-ci n’ont jamais pu servir à la rénovation des 18 000 mètres carrés de façade de l’édifice dont l’État belge est propriétaire. La raison tient en une faillite. La société qui devait faire les travaux de rénovation dans les années 80 a fait faillite, expliquait en 2021 le secrétaire d’État Mathieu Michel, alors en charge de la Régie des bâtiments. Le chantier censé durer quelques années s’est transformé en attente interminable, laissant la structure métallique se figer sur place comme un décor devenu permanent.
Rénover l’échafaudage lui-même : la facture grimpe
Un échafaudage n’est pas conçu pour rester en place quarante ans. Exposé sans interruption au vent, à la pluie et au gel bruxellois, celui du Palais de justice a fini par montrer des signes de faiblesse qui menaçaient la sécurité du chantier lui-même.
En 2021, l’État belge a donc dû se résoudre à un geste presque absurde : financer la remise en état de sa propre structure de chantier. Les échafaudages doivent d’abord être renforcés et adaptés, par l’entrepreneur Monument Vandekerckhove, pour un coût de 1,5 million d’euros, afin de pouvoir supporter l’étude de restauration puis la restauration elle-même de la façade. Cette somme ne représente qu’une partie de la note totale consacrée à ces armatures depuis leur installation.
Depuis les années 1980, près de 5 millions d’euros ont déjà été dépensés pour la location, l’installation, l’achat, l’entretien et le renforcement des échafaudages autour du bâtiment, selon les chiffres communiqués en mars 2026 par la Régie des bâtiments. Cinq millions d’euros pour maintenir en place une structure qui, à l’origine, ne devait servir que quelques saisons. Le montant illustre à lui seul l’ampleur du dérapage administratif qui a frappé ce dossier pendant deux générations.
Le démontage a enfin commencé, mais la fin recule encore
Le 24 mai 2024 restera une date symbolique pour les Bruxellois habitués à ce paysage de fer. Mathieu Michel avait annoncé en 2022 qu’il irait lui-même démonter les échafaudages avec son tournevis ; promesse tenue, même s’il a finalement pu laisser sa boîte à outils chez lui ce jour-là. Les premières structures ont été retirées de la partie centrale supérieure de la façade avant, dévoilant au passage la statue de Minerve, restée invisible pendant des décennies.
Le chantier avance depuis, façade après façade.
Le côté droit de la façade avant a été achevé en mai 2025, suivi de la partie centrale. Reste le flanc gauche, où les travaux se poursuivent avec l’installation d’une plateforme pour les personnes à mobilité réduite. Mais la promesse d’un Palais totalement libéré de ses échafaudages, un temps fixée à 2030 pour coïncider avec le bicentenaire de la Belgique, a de nouveau glissé. La Régie des bâtiments prévoit désormais que l’ensemble des façades du Palais de justice sera restauré d’ici 2035.
Un chantier qui aura duré plus longtemps que la carrière de la plupart de ceux qui l’ont lancé.
Ce dossier ne se limite pas aux tubes métalliques. Le coût total du projet de rénovation est actuellement estimé à plus de 600 millions d’euros, dont environ 480 millions pour la seule rénovation intérieure, un chiffre distinct de celui consacré aux échafaudages et qui alimente les critiques de l’opposition sur la gestion du dossier au fil des décennies. Les cinq millions dépensés pour maintenir debout une simple structure de chantier ne représentent donc qu’une fraction minime de la facture globale, mais ils restent le symbole le plus visible, et le plus grinçant, de quarante ans d’atermoiements publics.
Sources : justice-en-ligne.be | ted.europa.eu | mathieumichel.be


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