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À Banff, l’exode anticipé des travailleurs étrangers inquiète

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À Banff et dans toute la vallée de la Bow, les entreprises comptent depuis toujours sur les travailleurs temporaires étrangers, les visas vacances travail et autres permis pour leur main d'œuvre. Mais le resserrement des politiques migratoires met en péril cette fragile stabilité.

À l’hôtel Banff Park Lodge, la moitié des 200 employés ne sont pas citoyens canadiens ou résidents permanents.

Même si les restrictions à l’embauche des travailleurs étrangers temporaires ont été instituées à l’automne 2024, les effets ne se sont pas fait sentir tout de suite, puisque beaucoup de travailleurs étaient déjà au Canada, explique la responsable adjointe aux ressources humaines de l’hôtel, Savanna Yeager.

Savanna Yeager sourit devant un paysage de montagnes.

La responsable adjointe des ressources humaines de l'hôtel Banff Park Lodge s'inquiète pour la stabilité de son personnel.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

C’est au moment du renouvellement des permis de travail ou de l’accès à la résidence permanente qu’ils constatent les répercussions des changements politiques.

Nos employés sont stressés et accablés parce que leurs options se sont épuisées. Ils sollicitent notre aide, mais notre capacité est limitée. C’est indéniablement une période éprouvante, raconte Savanna Yeager.

Pour aider ses employés, l’hôtel s’est même doté des services d’un consultant en immigration, mais les solutions sont rares.

Nous sommes sur le point de perdre une grande partie de notre personnel stable, déplore Savanna Yeager.

Notre grande crainte, c'est de voir partir toutes ces personnes qui ont pourtant envie de rester et qui font de leur mieux, mais qui se retrouvent simplement sans aucune autre option.

Près de 1,5 million de permis de travail ont expiré en 2025 et presque autant expireront cette année selon les données d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada fournies à CBC News. Le nombre de résidences permanentes acceptées est limité à 380 000 en 2026.

Je comprends que le Canada a besoin de trouver un équilibre en matière d’immigration. [...] Mais cela n’a aucun sens de se séparer des personnes compétentes que nous avons déjà ici, qui ont déjà été formées, s’insurge Rebecca Lipes, directrice générale de Doncath Holdings, qui possède neuf magasins de souvenirs à Banff.

Sur la centaine d’employés, seulement 10 sont nés au Canada, mais comme elle l'explique, ce n’est pas faute d’avoir essayé de recruter des Canadiens.

Logement et coût de la vie, des obstacles à Banff

La construction de logements à Banff est limitée à cause de sa présence dans un parc national. Les couloirs fauniques réduisent aussi les zones résidentielles à Canmore. Les taux de vacances sont extrêmement faibles, et les loyers explosent.

Doncath Holdings offre des logements à loyer réduit à ses employés, mais il s’agit de chambres parfois partagées.

Je ne pense pas que les jeunes Canadiens veuillent vivre comme cela, et les plus vieux qui ont une famille ne trouvent pas de logement, explique Rebecca Lipes.

Elle pense que certaines des neuf boutiques devront fermer, si les restrictions se poursuivent. Elle ne restera pas en poste si elle doit composer avec un renouvellement incessant de personnel.

Une solution : les francophones

Selon Reinira Lankhuijzen, conseillère en carrière au centre de ressources en emploi de la vallée de la Bow, les employeurs font des efforts pour s’adapter à la nouvelle politique migratoire et à son impact sur le marché du travail.

Le recrutement commence de plus en plus tôt pour la haute saison. Certains planifient déjà pour l’été 2027.

Les employeurs tentent vraiment d’attirer plus de jeunes et d’utiliser le programme de mobilité francophone, explique-t-elle.

Reinira Lankhuijzen sourit devant le tableau d'affichage des offres d'emploi au Centre d'emploi de Canmore.

Reinira Lankhuijzen, conseillère en carrière au centre de ressources en emploi de la vallée de la Bow, constate que le recrutement démarre de plus en plus tôt dans la région.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Ce permis ne demande pas d’évaluation de l’impact sur le marché du travail.Il est évident que c'est ce que le gouvernement vise. On dirait presque qu'il cherche à rendre cela un peu plus accessible, ajoute Savanna Yeager, du Banff Park Lodge.

La directrice de la main-d’oeuvre à l’Association de l’hôtellerie de Banff et Lake Louise, Jenn Porter, souligne toutefois qu’il s’agit d’une solution pour une population très nichée.

Exceptions demandées

L’Association travaille aussi avec les établissements postsecondaires pour valoriser les métiers du tourisme et promouvoir le fait qu’ils ne sont pas que saisonniers. Les résultats de ces approches se ressentiront toutefois à long terme, dit-elle.

Nous avons besoin d’une main-d’oeuvre stable et de certitude pour les employeurs et les travailleurs.

En attendant, Jenn Porter reproche au gouvernement fédéral d’avoir pris des mesures contradictoires en réduisant la main-d'oeuvre disponible, mais en augmentant le tourisme avec des initiatives comme le laissez-passer « Un Canada fort ».

On a une ville d'environ 10 000 habitants qui offre une expérience touristique à 4 millions de visiteurs par an. On a besoin de voies d'accès à l'immigration, on a besoin de ces travailleurs étrangers temporaires, plaide-t-elle.

L’Association demande au gouvernement fédéral de créer des exceptions à sa politique migratoire pour les zones isolées et rurales qui souffrent de manque chronique de main d’oeuvre.

Dans une réponse par courriel, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada répond : Le gouvernement du Canada concentre l’immigration là où elle a le plus grand impact : combler les pénuries de main-d’œuvre, renforcer les secteurs clés de l’économie et soutenir les collectivités partout au pays. Le ministère ajoute que son approche est équilibrée et durable.

En 2026 et en 2027, environ 33 000 travailleurs temporaires qualifiés qui travaillent déjà au Canada dans des secteurs recherchés pourront accéder à la résidence permanente de manière accélérée.

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