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À 92 ans, Henriette Jean n’a pas besoin de salle d’entraînement ni de programme de mise en forme. Son secret? Un métier à tisser, installé dans sa chambre, qui fait travailler autant les jambes que l’esprit. Chaque coup de pédale, chaque fil entrecroisé est une façon bien à elle de rester en santé, active et profondément ancrée dans sa communauté francophone de Chapleau, dans le Nord de l’Ontario.
Oui, ça m’aide beaucoup dans ma santé, dit-elle simplement. J’avais arrêté un mois, puis mes jambes n’étaient plus pareilles. Là, c’est revenu. Il me semble que je suis plus en forme.
Devant elle, des linges à vaisselle soigneusement empilés, des ceintures fléchées, des nappes. Des objets devenus presque mythiques à Chapleau. Rares sont les foyers francophones de Chapleau qui n’en possèdent pas un, parfois depuis des décennies.
Une passion transmise de mère en fille
La passion du tissage remonte à loin. Très loin.
Ah mon Dieu, ça fait bien des années, raconte Henriette Jean. J’ai appris ça avec ma mère. J’avais 12-13 ans. C’était un gros, gros métier, précise-t-elle.

Henriette Jean pratique le tissage sur son métier depuis plus de 50 ans.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
Après une pause forcée — faute de métier à tisser — c’est son mari qui lui en construit un de ses propres mains. Un geste qui relancera une passion jamais éteinte. Devenue veuve, elle s’accroche encore davantage à son métier.
Depuis ce temps-là, ça doit faire 50 ans que j’ai repris l’ouvrage du métier, explique-t-elle.
Ce qu’elle aime le plus? Les surprises.
C’est incroyable. Quand c’est fini, je les trouve tellement beaux. Je les pile, puis j’attends pour les donner, raconte Mme Jean.
Des linges à vaisselle qui traversent le temps
Récemment, une publication de l’Union culturelle des Franco-Ontariennes (UCFO) de Chapleau mettant en lumière Henriette Jean a suscité une vague de commentaires.
Parmi ceux-ci:
La dame qui fait les meilleurs linges à vaisselle, pantoufles, couverture, napperons et j’en passe.
Elle est un modèle pour nous tous.
J’aime beaucoup vos linges à vaisselle.
Des réactions qui la touchent sans vraiment la surprendre.
Ça me surprend, puis ça me surprend pas. J’en donne jusqu’au dernier. J’en vends quelques-uns, explique-t-elle.
Pour sa fille, Lilianne St-Martin, cet impact est immense.
Ça montre que ces façons de faire les choses dans le temps, c’est durable. C’est fait à la main, avec cœur. Et les gens les utilisent encore aujourd’hui, dit-elle.
Une mémoire vivante de l’UCFO
Henriette Jean n’est pas seulement une artisane reconnue : elle est aussi membre fondatrice de l’UCFO de Chapleau, créée à la fin des années 1980.
Quand le centre a ouvert pour de bon, j’ai commencé avec Doris Riopelle. On montait des gros métiers. Il fallait être deux pour faire des couvertures. Je partais le matin, je revenais pour dîner, puis je repartais. Les semaines passaient trop vite, se souvient-elle.
Aujourd’hui, le centre compte une quinzaine de métiers à tisser — un héritage direct de ces femmes pionnières.
Je suis bien fière. Je souhaite que ça continue, que les jeunes s’impliquent encore plus , raconte-t-elle.
Un modèle pour toute une communauté
Pour Rachel Pressé, présidente de l’UCFO de Chapleau, Henriette Jean est tout simplement incontournable.
Va n’importe où en ville, demande Mme Henriette Jean, tout le monde la connaît. Pour son savoir-faire.
Elle lui a appris à tisser, à monter un métier, à lire un patron. Et elle a transmis ce savoir à des générations de femmes — et même aux enfants, dans des activités intergénérationnelles.

À 92 ans, Henriette Jean a mis une semaine à monter son métier et à passer chaque fil au bon endroit, une réalisation dont elle est très fière.
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
Si on ne prend pas le savoir de ces dames-là pendant qu’elles sont ici, ça va disparaître , lance-t-elle.
Mme Jean est l’une des dernières à Chapleau à maîtriser encore l’art de la ceinture fléchée.
Toujours en mouvement
Aujourd’hui, Henriette Jean tisse surtout à la maison, prudente l’hiver. Elle monte elle-même son métier avec un peu d’aide, parfois. Je dirais que 95 % du temps, c’est elle qui le fait , souligne sa fille.
Les journées passent trop vite. Les semaines aussi. J’essaie de ne pas travailler le dimanche. La semaine, je travaille , précise Mme Jean.
À 92 ans, Henriette Jean demeure active physiquement et mentalement grâce au métier à tisser. Sa fille souligne les bienfaits sur sa santé mentale et sa mémoire, notamment grâce au calcul des patrons, ainsi que sur sa forme physique.
Le pédalage constant garde ses jambes en mouvement, au point où elle se déplace encore sans aide et conduit toujours sa voiture.


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