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À 5 300 mètres dans la Cordillère Royale rouille depuis 1939 un téléski dont la piste a fondu jusqu’à la dernière plaque de glace

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Cinq mille trois cents mètres d’altitude, un versant de roche nue, des câbles rouillés qui pendent dans le vide : voilà ce qu’il reste aujourd’hui de la station de ski la plus haute du monde. Chacaltaya, perchée dans la Cordillère Royale bolivienne à une trentaine de kilomètres de La Paz, a vu son glacier disparaître totalement en 2009. Le téléski d’origine, lui, est toujours là, planté sur une pente devenue un simple champ de moraine.

L’histoire commence en 1939. Un groupe de passionnés du Club Andino Boliviano installe sur ce sommet un remonte-pente rudimentaire, actionné par un moteur automobile récupéré. Le téléski, premier du genre en Amérique du Sud, a été construit en 1939 à l’aide d’un moteur automobile, logé dans le chalet d’origine du site, et il est aujourd’hui hors d’usage. À l’époque, personne n’imagine qu’un jour cette installation trônera au-dessus du vide, sans la moindre trace de neige. La piste, longue de 400 mètres, devient vite un lieu de rendez-vous pour la bourgeoisie de La Paz, qui grimpe le week-end pour dévaler ce mur de glace unique au monde.

Le glacier qui portait toute cette activité n’était pas un simple névé de montagne. Vieux d’environ 18 000 ans, il couvrait 0,22 km² en 1940, une surface réduite à 0,01 km² en 2007 avant de disparaître complètement en 2009. un glacier plus vieux que l’agriculture s’est effacé de la carte en l’espace de quelques décennies, et la moitié de cette fonte, la plus lente, s’est jouée avant 1980. Le vrai effondrement, brutal, a eu lieu après.

À retenir

  • Un téléski pionnier construit en 1939 rouille encore à 5 300 mètres, suspendu au-dessus d’un vide rocheux
  • Le glacier tropical qui l’alimentait a disparu 6 ans plus tôt que même les scénarios catastrophes des chercheurs ne l’envisageaient
  • La disparition de ces glaciers menace l’approvisionnement en eau d’une métropole entière pendant la saison sèche

Sommaire

  1. Une fonte plus rapide que toutes les prévisions
  2. Un cimetière de tôle rouillée à 5 300 mètres
  3. Bien plus qu’une curiosité touristique

Une fonte plus rapide que toutes les prévisions

Les scientifiques n’ont pas été pris totalement au dépourvu. Dès les années 1990, les chercheurs du laboratoire installé sur la montagne alertaient déjà. Dans les années 90, les scientifiques du Mount Chacaltaya Laboratory ont commencé à faire des prédictions sévères, estimant qu’en 2015 le glacier aurait perdu beaucoup de sa surface. La réalité a été bien pire que le scénario le plus pessimiste. Il s’est avéré qu’ils étaient bien optimistes : en 2009, le glacier avait complètement disparu. Six ans d’avance sur la pire des projections. Pour un glacier tropical de cette ancienneté, c’est vertigineux.

Le déclin se lisait déjà noir sur blanc bien avant l’extinction finale. Dès 1998, le glacier n’avait déjà plus que 7% de sa surface de 1940. Le mécanisme derrière cet effondrement n’a rien d’un simple réchauffement diffus. La fonte finale, survenue après 1980, résulte du manque de précipitations combiné à la phase chaude du phénomène El Niño. Moins de neige tombe pour reconstituer la masse de glace en été austral, pendant que les températures grimpent le reste de l’année. Un cercle qui ne laisse aucune chance à un glacier de cette taille, minuscule à l’échelle andine.

Un cimetière de tôle rouillée à 5 300 mètres

Le refuge du Club Andino, construit dans les années 1930, tient toujours debout, tant bien que mal. Sur place, les visiteurs découvrent un décor figé dans son abandon. À Chacaltaya, il ne reste que deux anciens refuges abandonnés, aux toits effondrés et aux vitres brisées, tandis que des groupes de touristes viennent occasionnellement marcher jusqu’au sommet rocheux à la base duquel se trouvait la voie de ski. L’alpiniste Bernardo Guarachi, qui a longtemps skié sur ces pentes, résume la scène sans détour. « Aujourd’hui, c’est un cimetière », se désole l’alpiniste, en montrant les poteaux et les câbles rouillés des télésièges. La piste qu’il descendait autrefois à toute allure n’est plus qu’un décor minéral.

Ce qui frappe surtout, c’est la vitesse à laquelle la fréquentation s’est éteinte en même temps que la glace. « Il y avait plein de skieurs qui venaient le samedi et le dimanche », rappelle le montagnard. Deux frères, Adolfo et Samuel Mendoza, ont longtemps veillé sur les lieux après la fermeture. Ils avaient travaillé au sein de la station pendant des décennies et se souviennent de l’époque où toute la montagne était couverte de neige ; ils s’occupent du refuge où les visiteurs peuvent encore trouver un repas chaud, ce qui explique la reconnaissance persistante par le Guinness des records de Chacaltaya comme le plus haut restaurant du monde. Un titre presque ironique pour un lieu où Plus personne ne chausse de skis.

Bien plus qu’une curiosité touristique

Réduire Chacaltaya à une simple ruine pittoresque serait passer à côté de l’essentiel. Le site a une seconde vie scientifique, amorcée bien avant même l’ouverture du téléski. La station a d’abord été lancée comme observatoire de rayons cosmiques au milieu des années 1940, à une époque où le simple transport des instruments à dos de lama constituait déjà un exploit. Depuis, le laboratoire a changé de vocation sans jamais fermer. En 2012, le site est devenu une station atmosphérique utilisée pour mesurer les gaz à effet de serre, les gaz réactifs et les particules capables de se propager jusqu’à l’océan Pacifique, à des centaines de kilomètres de là. La montagne qui a perdu sa glace continue donc, à sa manière, de renseigner les chercheurs sur l’état de l’atmosphère.

Ce qui inquiète surtout les autorités locales dépasse largement la question du ski. La disparition de ces glaciers touche directement l’approvisionnement en eau d’une agglomération entière. À la saison sèche, La Paz tire près d’un tiers de ses ressources en eau de réservoirs alimentés par les glaciers alentour. Et le phénomène ne se limite pas à un sommet isolé : la sécheresse récente a accéléré la fonte d’autres géants boliviens. Guarachi, qui a gravi l’Everest, les Alpes européennes et plusieurs des plus hautes montagnes d’Amérique du Sud, se dit témoin du dégel de glaciers boliviens comme l’Illimani ou le Huayna Potosí. Chacaltaya n’était donc pas un accident isolé, mais le premier maillon visible d’une chaîne qui continue de céder, sommet après sommet, dans toute la Cordillère Royale.

Sources : lessentiel.lu | antipode-bolivia.com

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