Le plan tenait en trois chiffres. Il prévoyait 960 000 hectares irrigables sur la rive gauche du Niger, dont 510 000 pour le coton et 450 000 pour le riz. Cinquante ans après la création de l’Office du Niger, la Banque mondiale ne comptait en 1982 que 60 000 hectares aménagés, soit 6 % de la cible. Le coton, raison d’être du projet, avait été arrêté en 1970.
Six pour cent, après un demi-siècle.
À retenir
- Le projet colonial prévoyait 960 000 hectares irrigables au delta du Niger pour le coton et le riz.
- Après 50 ans, seulement 6 % des surfaces prévues ont été aménagées, dont un tiers abandonné.
- Le coton a été arrêté en 1970 car le coton pluvial du sud était moins cher que celui des canaux.
Sommaire
Un plan taillé pour les filatures
Le programme est élaboré en 1929 par l’ingénieur des travaux publics Émile Bélime, pour l’administration coloniale de l’Afrique-Occidentale française. Il vise le delta intérieur du Niger, au Soudan français, l’actuel Mali. L’objectif : fournir à l’industrie textile française une grande part de son coton. En 1932, un établissement public, l’Office du Niger, est créé pour exécuter le plan.
Dans la division coloniale du travail, le Sénégal devait produire l’arachide, la Guinée le caoutchouc, la Côte d’Ivoire le café et le cacao, et le Soudan le coton. Une évaluation de l’Office, archivée par l’IRD, relève que sa création a été décidée sans aucune justification de son intérêt économique et social pour le Soudan lui-même.
À l’échelle d’une carte, 960 000 hectares font 9 600 km², un peu moins que la superficie de la Gironde. Le projet prévoyait d’installer 300 000 colons dans cette zone presque désertique. Le tout dépendait d’un barrage de dérivation à Markala, mis en service en 1947 seulement, quinze ans après la création de l’Office.
Des colons recrutés de force
Les volontaires ont manqué. L’administration a donc déplacé de force quelque 30 000 Africains venus de toute l’AOF jusqu’en 1945, selon l’historien Filipovich dans le Journal of African History (2001). Faire fonctionner la machine administrative a demandé 7 000 employés, soit un pour quatre colons. Leur nombre n’a été ramené à 5 000 qu’en 1955.
En 1945, le ministère des Colonies jugeait en privé le projet comme un échec complet.
Les colons n’avaient pas été préparés à la maîtrise de l’eau et n’ont pas reçu le matériel de culture attelée promis. Le mode de culture est resté semi-extensif. Les rendements de riz sont donc restés faibles.
Le coton s’efface, le riz s’installe
Dans une note de son département Afrique, la Banque mondiale rappelle que l’objectif était d’aménager environ 1 000 000 d’hectares en 50 ans (les sources françaises retiennent 960 000). En 1982, les 60 000 hectares aménagés représentaient 600 km², près de six fois la superficie de Paris intra-muros. Un tiers de ces surfaces était abandonné faute d’entretien. Cela fait 20 000 hectares, soit 200 km² de terres aménagées puis laissées en friche.
Le coton avait disparu dès 1970, d’après la Banque mondiale. D’autres travaux situent son abandon en 1971. Le coton pluvial du sud du pays coûtait moins cher que celui des canaux, et la logique économique du projet s’est effondrée. Le riz, lui, plafonnait à 1,6 tonne par hectare dans ce bilan.
L’Office du Niger existe toujours.
Nationalisé le 19 mai 1961 par Modibo Keïta, il est devenu le cœur de la production rizicole nationale du Mali. Alimenté par le barrage de Markala, il couvre aujourd’hui plus de 130 000 hectares aménagés, d’après la presse malienne, un chiffre qui reste très loin des 960 000 hectares de 1929.
Sources : happyinafrica.com | maliweb.net


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