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90 % des aimants du monde sortent d’un seul pays : il vient d’en interdire l’exportation

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Le 4 avril 2025, le ministère chinois du Commerce a fait trembler les chaînes d’approvisionnement mondiales avec une décision d’une brutalité chirurgicale : il a imposé des restrictions à l’exportation sur sept terres rares et sur les aimants utilisés dans les secteurs de la défense, de l’énergie et de l’automobile, en réponse aux hausses de droits de douane du président Trump sur les produits chinois. Sept noms qui sonnent presque comme une formule alchimique : samarium, gadolinium, terbium, dysprosium, lutetium, scandium et yttrium. Ces matériaux, dits terres rares moyennes et lourdes, exigent désormais des licences d’exportation spéciales pour quitter le territoire chinois. Derrière ce vocabulaire de chimiste se cache une réalité géopolitique qui devrait inquiéter n’importe quel dirigeant occidental.

À retenir

  • Un seul pays contrôle 90% de la production mondiale d’aimants stratégiques — mais qui ?
  • Des avions de chasse à 100 millions de dollars immobilisés faute d’un métal dont personne ne connaît le nom
  • La Chine vient d’activer une arme commerciale patiemment préparée depuis 60 ans

Sommaire

  1. Un monopole bâti en soixante ans, activé en un claquement de doigts
  2. Terbium, dysprosium : des noms ésotériques, des enjeux très concrets
  3. Octobre 2025 : la Chine va encore plus loin
  4. La course contre la montre pour s’affranchir de Pékin

Un monopole bâti en soixante ans, activé en un claquement de doigts

La Chine mine plus de 60 % des terres rares mondiales, en assure plus de 80 % du raffinage, et fabrique environ 90 % des aimants à hautes performances. Ce n’est pas le fruit du hasard géologique. Cette suprématie résulte de 60 ans de planification et d’investissement, souvent décidés au sommet du Parti communiste chinois et de l’État. Dès les années 1990, Pékin a adopté une stratégie implacable : la Chine a commencé à vendre des terres rares à prix cassé, forçant les mines californiennes qui fournissaient la majorité du marché à fermer leurs portes dans les années 2000. Les concurrents ont rangé leurs pioches. La Chine a récupéré la mise.

La domination n’est pas uniforme, elle est absolue sur certains maillons. La Chine est l’unique producteur mondial de samarium, un métal rare utilisé dans de nombreuses applications militaires. Elle est aussi le seul pays à maîtriser le raffinage du dysprosium ultrapur : 100 % de l’approvisionnement mondial provient d’une seule usine à Shanghai. Une seule usine. Pour la planète entière. Des estimations industrielles indiquent que la Chine produit 85 % de l’holmium mondial, 90 % du thulium, 98 % du dysprosium, et 99 % de l’yttrium. Ces chiffres donnent le vertige, et pas seulement aux économistes.

Depuis des années, la Chine impose progressivement des permis d’exportation sur de plus en plus de métaux critiques. En juillet 2023, cette stratégie a débuté avec le germanium et le gallium. L’antimoine a intégré la liste en août 2024, suivi par le tungstène, le molybdène, l’indium, le tellure et le bismuth début 2025. Les restrictions d’avril 2025 sur les terres rares lourdes ne sont donc pas un coup de colère. C’est l’aboutissement méthodique d’une stratégie patiemment construite.

Terbium, dysprosium : des noms ésotériques, des enjeux très concrets

Le dysprosium et le terbium régulent la température dans les aimants indispensables au fonctionnement des éoliennes terrestres et marines, des véhicules électriques, des avions à réaction, des missiles, des drones et des engins spatiaux. Ce sont eux qui permettent à ces aimants de rester stables à des températures extrêmes, là où un aimant ordinaire fondrait ou perdrait ses propriétés. Sans dysprosium, un moteur de voiture électrique devient inutilisable à haute charge. Sans terbium, certains capteurs avancés cessent de fonctionner.

La dimension militaire de ces restrictions est immédiate. Les avions de chasse F-35, les sous-marins de classe Virginia et Columbia, les missiles Tomahawk, les systèmes radar, les drones Predator ou les bombes intelligentes Joint Direct Attack Munition ne peuvent être fabriqués sans avoir recours à des dizaines, parfois des centaines de kilos de terres rares lourdes. Chaque F-35 nécessite plus de 400 kilogrammes de terres rares, incluant du néodyme, du samarium, du dysprosium, du terbium et de l’yttrium, qui sont indispensables pour les aimants permanents, les systèmes radar, les revêtements furtifs et le guidage des missiles. Un avion de chasse à 100 millions de dollars, cloué au sol faute d’un métal dont personne ne connaît le nom.

L’impact ne s’est pas fait attendre dans l’industrie civile. Les exportations chinoises d’aimants de terres rares ont chuté d’environ trois quarts dans les deux mois suivant l’entrée en vigueur des nouvelles mesures. Les fabricants automobiles et d’énergies renouvelables se sont précipités pour trouver des alternatives. Le constructeur japonais Suzuki a dû suspendre la production d’un modèle, la Swift, évoquant le manque de certains composants. Ford avait également arrêté durant une semaine la production de son Explorer après l’épuisement des stocks d’un fournisseur d’aimants. Même après la reprise des échanges commerciaux, les prix des terres rares dans les pays importateurs sont restés élevés, avec des prix européens atteignant jusqu’à six fois ceux pratiqués en Chine.

Octobre 2025 : la Chine va encore plus loin

Les restrictions d’avril 2025 n’étaient qu’un premier acte. Parmi les annonces d’octobre figurait l’instauration d’un critère d’extraterritorialité pour contrôler l’exportation de biens intégrant des terres rares ou des aimants chinois, même s’ils sont produits à l’étranger. Concrètement : un industriel français utilisant des aimants permanents chinois dans ses produits devrait sur le papier obtenir l’aval de l’administration chinoise avant tout export, quel que soit le pays de destination ou le secteur client. Le mécanisme est d’une redoutable efficacité : la Chine prétend réguler des produits fabriqués en Allemagne, au Japon ou en France, du moment qu’ils contiennent une trace de matière première chinoise.

Ce bras de fer commercial a conduit à une désescalade partielle. En novembre 2025, la Chine a officiellement suspendu la mise en œuvre des mesures d’octobre, pour un an. Cette décision s’inscrit dans un accord entre Washington et Pékin, conclu à la suite d’une réunion entre Xi et Trump, impliquant un recul de divers droits de douane et barrières commerciales. Mais attention : les contrôles à l’exportation introduits en avril sur les sept terres rares moyennes et lourdes sont restés pleinement en vigueur, tandis que les mesures d’octobre plus strictes ont été placées sous une suspension d’un an en attente d’un nouvel examen.

La course contre la montre pour s’affranchir de Pékin

La réponse occidentale s’est organisée à marche forcée. Aux États-Unis, le pays qui dépendait de la Chine pour plus de 80 % de ses importations de terres rares est passé d’une inquiétude passive à une stratégie industrielle coordonnée. Le Département de la Défense a finalisé un partenariat de 400 millions de dollars avec MP Materials, le seul mineur-transformateur intégré du pays.

La société REalloys (cotée au Nasdaq sous le symbole ALOY) illustre l’urgence de reconstituer une filière. En mars 2026, elle affichait avoir construit quelque chose qui n’existe quasiment nulle part dans le monde occidental : une chaîne d’approvisionnement en terres rares qui ne touche la Chine à aucune étape. Début mars 2026, la société a aussi décroché un contrat du Pentagone d’une valeur maximale de 1,7 million de dollars pour financer la conception d’une installation de traitement des métaux utilisés pour fabriquer des aimants pour l’armement et l’électronique. Le gisement de Sheep Creek, dans le Montana, contient de fortes concentrations de dysprosium et de terbium qui sont utilisés pour alimenter les aimants permanents à haute performance des avions de chasse F-35, les systèmes de guidage de missiles et les plateformes radar.

En Europe, la France n’est pas absente du jeu. La start-up lyonnaise Carester installe une raffinerie de terres rares lourdes pour aimants permanents, spécialisée dans le dysprosium et le terbium, à Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques. Elle doit démarrer fin 2026. Sa filiale Caremag installe également une grande usine européenne de recyclage de terres rares à Pau, avec pour objectif de recycler environ 2 000 tonnes d’aimants pour en extraire 1 400 tonnes de terres rares. Une « vallée des aimants » qui prend forme dans le Béarn, à quelques kilomètres des pistes de ski.

Le problème fondamental reste entier, résumé en une phrase par les experts : le problème des terres rares en Occident ne se limite pas à l’extraction ou à la séparation, mais réside surtout dans la métallisation. Produire des oxydes ne suffit pas. Ces matériaux doivent ensuite être transformés en métaux, puis en alliages, avant d’être intégrés dans les aimants utilisés par les industries de défense et de haute technologie. Or, jusqu’en 2023, la Chine assurait 99 % du raffinage mondial des terres rares lourdes, la seule raffinerie extérieure au pays, au Vietnam, étant fermée depuis un an suite à un litige fiscal, conférant de facto à la Chine un monopole total sur l’approvisionnement. Reconstruire cette expertise prend des décennies. Pékin l’a bien compris, et c’est précisément pour cette raison que ses restrictions constituent un levier si redoutable. La Chine consomme aujourd’hui elle-même environ 60 % de ses terres rares pour sa production nationale, et cette consommation progresse : sa capacité à inonder le marché mondial comme elle le faisait il y a dix ans se rétrécit, parce qu’elle a besoin de davantage de son propre approvisionnement. Un double bind géopolitique dont l’Occident n’a pas encore trouvé la sortie.

Sources : boursorama.com | boursorama.com

Yohan D

Rédigé par Yohan D

Vulgarisateur scientifique depuis plus de dix ans, je m’intéresse à la géographie, aux technologies et à l’environnement. J’espère attirer votre attention sur des sujets captivants !

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