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9/11 : Le jour où le Canada a ouvert ses portes à l’Amérique

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Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, les relations entre le Canada et les États-Unis traversent une période singulièrement tendue. Tarifs, contre-tarifs, menaces contre les exportations canadiennes et négociations commerciales rompues ont remplacé une bonne partie du discours habituel sur «le meilleur ami et voisin» des États-Unis.

L’anniversaire du 11-Septembre offre pourtant un rappel saisissant de ce que cette relation a aussi représenté lorsque les circonstances l’ont véritablement mise à l’épreuve.

Il y a exactement 25 ans, alors que les États-Unis venaient de subir la pire attaque terroriste de leur histoire et que leur espace aérien se fermait dans la panique, le Canada a entrepris en quelques minutes l’une des plus grandes opérations aériennes et humanitaires de son histoire.

224 avions transportant plus de 33 000 passagers ont été dirigés vers des aéroports canadiens. Selon le premier ministre Paul Martin, qui reviendra quelques années plus tard sur cette journée, la majorité de ces voyageurs étaient américains.

Des centaines d’avions soudainement sans destination

Lorsque le deuxième avion s’est écrasé contre le World Trade Center, il est rapidement devenu évident qu’il ne s’agissait pas d’un accident.

Washington a fermé son espace aérien. Mais des centaines d’appareils se trouvaient alors au-dessus de l’Atlantique et du Pacifique, plusieurs déjà trop avancés dans leur trajet pour simplement retourner à leur point de départ.

Selon le récit officiel de Transports Canada, environ 500 vols transatlantiques et 90 vols transpacifiques se dirigeaient alors vers l’Amérique du Nord. La décision fut prise en quelques minutes : ceux qui possédaient suffisamment de carburant seraient renvoyés vers l’Europe; les autres seraient accueillis au Canada.

Transports Canada ordonna finalement à 270 vols transatlantiques de rebrousser chemin vers l’Europe, tandis que 224 autres appareils transportant plus de 33 000 personnes furent dirigés vers le Canada.

L’opération reçut un nom : Opération ruban jaune.

Les avions furent dispersés dans 17 aéroports, de Vancouver à Terre-Neuve, en passant par Calgary, Winnipeg, Toronto, Montréal, Moncton, Halifax, St. John’s, Stephenville, Goose Bay et Gander. Plus de la moitié des appareils déroutés atterrirent au Canada atlantique.

L’opération était d’autant plus délicate que personne ne pouvait alors savoir avec certitude si d’autres avions avaient été détournés. Les voyageurs durent donc être contrôlés, les bagages fouillés et associés à leurs propriétaires avant que les passagers puissent quitter les appareils. Certains demeurèrent confinés à bord pendant 16 heures ou davantage.

Une petite ville reçoit l’équivalent des deux tiers de sa population

C’est à Gander, à Terre-Neuve-et-Labrador, que l’histoire prit sa dimension la plus spectaculaire.

La ville comptait alors 9 651 habitants. En quelques heures, 34 avions civils et quatre appareils militaires y furent déroutés, apportant environ 6 600 passagers et membres d’équipage provenant de 95 pays. La population locale augmenta donc brusquement de près de 70 %.

Il fallait soudainement nourrir, loger et prendre soin de milliers de personnes qui n’avaient pratiquement rien avec elles et qui ignoraient quand elles pourraient repartir.

Les habitants transformèrent écoles, églises et centres communautaires en dortoirs. Des particuliers ouvrirent leurs maisons. De la nourriture, des vêtements et des produits essentiels furent distribués.

Le maire de l’époque, Claude Elliott, racontera que les autorités avaient initialement tenté de décourager les citoyens d’héberger des inconnus, puisque personne ne savait encore précisément qui se trouvait à bord des avions.

Les Terre-Neuviens n’écoutèrent guère.

«Ils les ont tout simplement emmenés chez eux», racontera le maire à Transports Canada.

Et Gander ne fut pas une exception.

À Halifax, environ 8 800 voyageurs arrivèrent à bord de dizaines d’appareils internationaux. À Vancouver, 33 vols transportant plus de 8 500 passagers furent accueillis; des navires de croisière se trouvant dans le port servirent même temporairement d’hôtels. Dans la seule région de l’Atlantique, 126 appareils inattendus se posèrent le 11 septembre.

Une mobilisation civile et militaire

L’aide canadienne ne s’est pas limitée à donner des lits aux passagers.

Transports Canada, NAV CANADA, la GRC, le SCRS, les douanes, l’immigration, la Défense nationale, les administrations aéroportuaires et les autorités locales durent simultanément contrôler les voyageurs, sécuriser les appareils et gérer un espace aérien nord-américain pratiquement paralysé.

Au quartier général du NORAD, des Canadiens se trouvaient également au cœur de la réponse militaire.

Le major-général canadien Eric Findley était directeur des opérations du NORAD le 11 septembre. Selon la citation accompagnant plus tard sa Croix du service méritoire, son équipe contribua à diriger plusieurs centaines d’appareils militaires et de navires pendant ce qui fut décrit comme la plus importante réponse nord-américaine jamais organisée en temps de paix.

Le capitaine de vaisseau canadien Michael Jellinek, directeur de commandement au centre du NORAD, coordonna pour sa part les plans de défense aérospatiale et participa à la gestion de l’immobilisation de tout le trafic aérien commercial nord-américain.

Trois jours après les attentats, le 14 septembre, environ 100 000 Canadiens se rassemblèrent sur la colline du Parlement lors d’une cérémonie silencieuse en solidarité avec les victimes américaines.

Vingt-quatre Canadiens avaient eux-mêmes perdu la vie dans les attentats.

«Comment remercie-t-on une nation?»

Les Américains n’oublièrent pas complètement ce qui s’était passé de l’autre côté de leur frontière.

Lors d’une visite à Halifax en décembre 2004, le président George W. Bush consacra une partie importante de son discours à remercier personnellement les Canadiens.

Il rappela les milliers de voyageurs auxquels des Canadiens avaient offert nourriture, soins, téléphones, églises et maisons sans rien demander en retour.

Bush cita alors un Américain bouleversé par l’accueil reçu : «Comment une personne peut-elle remercier une nation?»

Le président ajouta simplement : «C’est quelque chose qu’un président peut faire.»

L’histoire est d’autant plus pertinente aujourd’hui que les disputes commerciales entre Ottawa et Washington sont bien réelles. Les intérêts des deux pays ne coïncident pas toujours et l’amitié n’interdit évidemment ni les désaccords ni la défense de ses propres intérêts.

Mais le 11 septembre 2001 constitue aussi un rappel de ce qui existe derrière les tarifs douaniers, les gouvernements et les querelles du moment.

Lorsque les États-Unis ont connu l’une des journées les plus sombres de leur histoire, leur voisin du nord n’a pas demandé ce qu’il recevrait en échange. En quelques heures, le Canada a ouvert ses pistes, mobilisé ses institutions, nourri des dizaines de milliers de voyageurs et, dans certains endroits, ouvert jusque dans les chambres de ses propres citoyens.

Vingt-cinq ans plus tard, alors que les deux voisins se regardent de nouveau avec méfiance, c’est peut-être une partie de leur histoire commune qui mérite particulièrement d’être rappelée.

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