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Le Centre de santé communautaire du Grand Sudbury (CSCGS) célèbre ses 35 ans d’engagement. Fondé en 1991, il est passé d’une modeste équipe sur l’avenue Notre-Dame à un pilier régional, transformant la santé et la perception des francophones du Nord de l’Ontario.

Ce gâteau souligne l’ouverture officielle de l'emplacement permanent de Sudbury.
Photo : Offerte par le Centre de santé communautaire du Grand Sudbury
Il y a 35 ans, relate France Gélinas, être francophone à Sudbury rimait trop souvent avec une santé précaire et un sentiment d'infériorité. La santé de la population francophone était horrible, se remémore la pionnière et ancienne directrice du centre.
À l'époque, les francophones, qui n'avaient pas leurs propres établissements, se sentaient comme des citoyens de deuxième classe, ajoute celle qui est aussi la députée de Nickel Belt.

L’équipe pionnière pose devant ses premiers locaux au 435, avenue Notre-Dame, siège historique du CSCGS entre 1994 et 1995.
Photo : Offerte par le Centre de santé communautaire du Grand Sudbury
Dès 1993, avec une poignée d'employés, le Centre a entrepris une mission dépassant les soins cliniques : convaincre les francophones qu'ils en valaient la peine.
L'impact fut immédiat : en offrant des services dans leur langue, le Centre a constaté une chute des admissions aux urgences et a bâti une relation de gratitude profonde avec ses premiers clients, explique Mme Gélinas.
L'innovation pour les jeunes : un parc de planche à roulettes

L'inauguration du parc Ryan Heights a permis de rejoindre la jeunesse francophone là où elle vit, au cœur du Grand Sudbury.
Photo : Offerte par le Centre de santé communautaire du Grand Sudbury
L'un des projets emblématiques est le premier parc de planche à roulettes du Moulin à Fleur. Plus qu'une aire de jeux, cet espace est devenu un outil de développement communautaire.
C'est grâce à des piliers comme Lyse Lamothe, coordonnatrice en développement communautaire et présente au Centre depuis 1998, que cette vision a pris racine, raconte France Gélinas.
Lyse Lamothe se souvient de l’audace nécessaire pour imposer ce parc, alors que la Municipalité craignait les débordements; le Centre y voyait une occasion de santé globale.

Lyse Lamothe a été l’un des fers de lance de la lutte pour préserver l'identité francophone du Centre.
Photo : Radio-Canada / Déborah St-Victor
On a pu communiquer avec des leaders de la jeunesse francophone pour savoir comment les aider […] s'assurer qu'ils continuent d'aller à l'école, qu'ils continuent de faire du sport, d'être appuyés, explique Mme Gélinas avec fierté.
Le parc est encore là, il est encore utilisé et ça a fonctionné, ajoute-t-elle.
Préserver l'identité francophone

Le premier lever du drapeau en 2003 a symbolisé la résistance de la communauté pour obtenir une reconnaissance officielle unilingue.
Photo : Offerte par le Centre de santé communautaire du Grand Sudbury
Mais le parcours n’a pas été sans embûches pour le CSCGS qui a dû livrer une lutte acharnée pour préserver son identité.
Un francophone bilingue valait moins qu’un anglophone unilingue. Et ça se vivait, et ça avait un impact sur l’ego de toute la population. On a changé ça.
Au début des années 2000, le gouvernement provincial a tenté de lier son financement à une transformation en centre bilingue. La réponse du conseil fut sans équivoque : Il n'en est pas question, se souvient Lyse Lamothe.
Cette résistance, appuyée par une mobilisation massive, a permis en 2005 la reconnaissance officielle du caractère unilingue francophone du Centre. Selon Mme Lamothe, cela a pavé la voie à une francophonie à la saveur d'aujourd'hui.
On voulait garder notre centre par et pour les francophones.
On ne voulait plus être les oubliés du système.
L’offre s’est diversifiée : immigration, services aux membres de la communauté LGBTQ, éducation aux adultes.

Pauline Boucher (4e de gauche), bénévole depuis 2002, lors de la soirée de reconnaissance tenue au Collège Boréal en 2014.
Photo : Offerte par le Centre de santé communautaire du Grand Sudbury
On voit le visage des gens s'illuminer parce qu'ils peuvent s'exprimer en français sans gêne. Quand on est bien accueillis, on guérit mieux, souligne Pauline Boucher.
Un ralliement communautaire sans précédent
Le Centre est aussi un lieu de rassemblement où l'identité se célèbre.

En juillet 2007, le Centre a innové avec une coupe de ruban collective pour l'ouverture de la salle communautaire de Chelmsford.
Photo : Offerte par le Centre de santé communautaire du Grand Sudbury
La communauté francophone du Grand Sudbury a toujours été derrière le Centre, explique Monique Beaudoin, coordonnatrice des services en établissement et présente au Centre depuis 2006.
L'épanouissement des services en français a vraiment eu un impact positif sur la communauté francophone.
Elle se remémore les célèbres dîners du vendredi à Chelmsford, qui réunissaient plus de 150 personnes. L'expansion géographique entre 2006 et 2016 a permis de rejoindre les francophones de Vallée-Est, Rayside-Balfour et Gogama.
Un moment symbolique reste l'ouverture de la salle communautaire de Chelmsford en 2007. Au lieu d'une cérémonie protocolaire, le Centre a distribué des ciseaux à tous les participants pour couper le ruban.
Tout le monde a participé à la coupure du ruban […] tout le monde est parti avec un morceau.
La pierre angulaire d’un système

Denis Constantineau se réjouit que le centre soit aujourd'hui un incubateur de projets sociaux pour la communauté francophone.
Photo : Radio-Canada / Déborah St-Victor
Pour Denis Constantineau, directeur général et fréquentant le Centre depuis 2007, le succès repose sur une compréhension des déterminants de la santé.
Sous sa gouverne, le CSCGS est devenu un incubateur de projets sociaux et culturels. Il met ses locaux à la disposition d’organismes comme la Place des Arts.
Je ne vous dirais pas que les années ont toujours été faciles, mais on rame tous dans la même direction.
L’engagement s’est aussi manifesté par des partenariats avec l’Association des jeunes de la rue et l’intégration du Centre de formation pour adultes.
On a assuré la relève pour s'assurer que ces services ne disparaissent pas, explique le directeur.
Cette stratégie permet aujourd’hui d'assurer 14 000 rendez-vous cliniques par an. Plus de 2 000 programmes ont été créés depuis sa fondation.
Vers les 35 prochaines années
Malgré les pressions financières, Denis Constantineau reste convaincu que la pierre angulaire du système doit être les soins de première ligne.
La santé mentale, ça se guérit par le langage. Si tu n'es pas capable de parler ta langue, c'est très difficile d'avoir des soins de qualité, insiste France Gélinas.
Continuez à demander vos services en français parce que c'est important, et ça le devient de plus en plus en vieillissant, conclut M. Constantineau.


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