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257,4 millions d’euros pour Scribe-XPN, temps perdu compris : le logiciel policier n’est toujours pas déployé

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Deux cent cinquante-sept millions quatre cent mille euros. C’est la somme que la Cour des comptes attribue au programme Scribe-XPN, ce logiciel censé permettre aux policiers de rédiger leurs procès-verbaux depuis 2016. Une question écrite déposée à l’Assemblée nationale le 11 août 2026, sous le numéro 17697, reprend ce chiffre issu d’une ordonnance de règlement rendue le 16 octobre 2025 par la chambre du contentieux de la Cour des comptes. Et le pire n’est pas le montant lui-même : c’est qu’aucun déploiement opérationnel n’est envisagé avant le troisième trimestre 2028, au mieux.

Ce total pharaonique ne se limite pas aux factures des prestataires informatiques. La Cour détaille le préjudice financier de l’échec en précisant qu’il prend en compte les coûts de développement perdus, les coûts des missions d’appui, les coûts de maintenance du logiciel existant qui aurait dû être remplacé et le coût de la perte de temps des enquêteurs. chaque minute perdue par un policier à batailler avec un outil défaillant a été chiffrée et ajoutée à l’addition. Et ces minutes s’accumulent : des organisations syndicales de la police ont estimé la perte de temps quotidienne des enquêteurs entre « 30 et 45 minutes par jour » à cause des manipulations fastidieuses imposées par le logiciel.

À retenir

  • Pourquoi un projet lancé en 2015 coûte dix fois plus cher qu’estimé en 2019 ?
  • Comment un logiciel a-t-il pu exiger 17 clics pour sauvegarder un fichier PDF ?
  • Qui sont les seize responsables épinglés par la Cour des comptes pour ce fiasco ?

Sommaire

  1. Un projet parti d’une bonne idée, enlisé dans les querelles de service
  2. Seize responsables pointés du doigt, un retard qui ne cesse de glisser

Un projet parti d’une bonne idée, enlisé dans les querelles de service

Lancé en décembre 2015, son développement s’étend sur plus de 11 ans pour un coût estimé par la Cour des comptes à plus de 257,4 millions d’euros, comprenant les coûts de développement et le préjudice temporel. L’ambition initiale était pourtant limpide : offrir à la police et à la gendarmerie un outil commun de rédaction des procédures pénales, en remplacement de logiciels jugés obsolètes. Mais cette gouvernance partagée a explosé en plein vol. Cette double gouvernance ne fonctionne pas, la gendarmerie étant satisfaite de son outil interne, et en novembre 2016, elle claque la porte du projet sur fond de « rivalités interpersonnelles » et de « tensions », désormais piloté par la seule Direction générale de la police nationale.

Le projet a ensuite changé de nom presque autant de fois qu’il a changé de responsable. Initialement baptisé LRPPN, puis LRP/NG, puis Scribe, et enfin XPN après une relance en 2021. En 2017, l’administration organise même une consultation interne pour redonner un nom au programme, histoire de redorer son image auprès des policiers censés l’utiliser un jour. Un choix cosmétique qui n’a rien réglé sur le fond : le logiciel reste, année après année, techniquement inutilisable.

Les dysfonctionnements techniques relèvent parfois de l’absurde. Le logiciel nécessitait 17 clics de souris pour simplement sauvegarder un fichier au format PDF, un outil inutilisable au quotidien pour des policiers qui rédigent des dizaines de procédures par jour. Pire encore pour le travail d’enquête : Scribe ne permettait toujours pas d’enregistrer le moindre fichier PDF de plus de 5 Mo, soit moins qu’une simple photographie haute définition, selon l’actuel directeur du programme XPN cité dans l’ordonnance. Concrètement, les enquêteurs n’avaient d’autre choix que de dégrader la qualité des images, les rendant ainsi difficiles à exploiter par la justice. Un comble pour un outil censé sécuriser la chaîne pénale.

Seize responsables pointés du doigt, un retard qui ne cesse de glisser

La magistrate Michèle Coudurier ne s’est pas contentée de dresser un constat d’échec. Son ordonnance, un document de 500 pages, met en cause des responsables précis au sein du ministère de l’Intérieur. La Cour des comptes met en cause seize hauts responsables pour « violation des règles de contrôle budgétaire » et « défaut de surveillance », parmi lesquels deux directeurs généraux de la police nationale, un général de gendarmerie, des directeurs et conseillers techniques ainsi que des secrétaires généraux du ministère de l’Intérieur, épinglés pour n’avoir pas exercé le contrôle requis. Reste que ces mises en cause n’ont, à ce stade, rien d’automatique : d’éventuelles sanctions financières restent hypothétiques.

Sur le plan strictement budgétaire, la trajectoire donne le vertige. En 2019, l’ex-Dinsic (la direction interministérielle du numérique de l’État) chiffrait le coût total du seul Scribe à 15,1 millions d’euros. Six ans plus tard, la facture globale a été multipliée par plus de dix. La différence tient en grande partie à l’élargissement du périmètre comptable : le périmètre pris en compte par la magistrate de la Cour des comptes inclut certes les coûts de développement, mais surtout le « temps perdu par les enquêteurs » sur la période 2022 à 2026. Une méthode de calcul qui change tout, et qui explique pourquoi les chiffres officiels donnés au fil des années par différentes administrations ont pu paraître incohérents entre eux.

Reste la question qui fâche vraiment les policiers de terrain : quand le nouvel outil sera-t-il enfin livré ? Le déploiement n’est pas envisagé avant le troisième trimestre 2028, une date que la Cour des comptes considère elle-même comme très optimiste au vu des retards accumulés et de la complexité technique restante. Une prudence qui en dit long : même l’institution chargée de contrôler les comptes publics doute que le calendrier annoncé soit tenable. En attendant, les enquêteurs continuent de composer chaque jour avec un logiciel vieillissant, conçu dans les années 1990, pendant que la facture du fiasco Scribe-XPN, elle, ne cesse de grossir.

Sources : questions.assemblee-nationale.fr | oeil.europarl.europa.eu | fr.tradingview.com

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