Le 11 juillet 1979, la première station spatiale américaine s’est désintégrée au-dessus de l’océan Indien avant de disperser ses débris sur le sud-ouest de l’Australie. Skylab, un engin de 77 tonnes, n’aurait jamais dû finir sa course de cette façon. La NASA visait l’océan. Elle a raté sa cible de plusieurs milliers de kilomètres, et une petite ville appelée Esperance en a gardé un souvenir mémorable, jusqu’à lui envoyer une facture.
Lancée le 14 mai 1973, Skylab devait rester en orbite plusieurs années encore. Quelques jours avant de quitter la station le 8 février 1974, le dernier équipage avait relevé son altitude, dans l’espoir de la maintenir en orbite jusqu’à ce qu’une future navette spatiale puisse la revisiter. Le plan tenait la route, sur le papier. Restait un détail que personne n’avait vu venir : le Soleil.
À retenir
- Une puissance spatiale mondiale ne vise pas l’océan et se retrouve à expliquer un accident de plusieurs tonnes
- Une petite ville australienne demande des comptes avec une facture que personne n’attendait
- Trois décennies plus tard, un dénouement inattendu lie deux continents à travers l’humour et la diplomatie
Sommaire
- Un Soleil plus actif que prévu, une chute plus rapide qu’anticipée
- Un raté de plusieurs milliers de kilomètres
- Une amende de 400 dollars, restée dans un tiroir pendant trente ans
Un Soleil plus actif que prévu, une chute plus rapide qu’anticipée
Mais une activité solaire plus forte que prévu a provoqué une expansion de l’atmosphère terrestre, augmentant la traînée sur ce vaisseau imposant et accélérant la décroissance de son orbite. Concrètement, le rayonnement solaire a réchauffé les couches supérieures de l’atmosphère, les rendant plus denses. Résultat : Skylab frottait davantage contre l’air qu’elle ne l’aurait dû, et perdait de l’altitude à vue d’œil.
Le cycle solaire s’est intensifié au point de devenir le deuxième plus actif observé en un siècle, et des perturbations atmosphériques ont fait sortir Skylab de son attitude en gradient de gravité, augmentant encore sa traînée. Les prévisions s’effondraient les unes après les autres. Dès 1977, les estimations révisées projetaient une rentrée dès le milieu de l’année 1979 — soit près de quatre ans plus tôt que ce que les équipes avaient calculé au départ.
Le problème, c’est que la navette spatiale censée venir sauver ou désorbiter proprement la station n’était même pas prête. Les retards dans le développement de la navette ont fini par rendre impossible toute mission de sauvetage avant que Skylab ne rentre dans l’atmosphère terrestre. La NASA s’est donc retrouvée à gérer, dans l’urgence, la chute incontrôlée d’un engin qui pesait à l’époque l’équivalent de plusieurs dizaines de voitures compactées ensemble.
Faute de pouvoir piloter précisément la rentrée, les ingénieurs ont opté pour une solution de repli : faire tumber la station sur elle-même pour rendre sa trajectoire de chute un peu plus prévisible. Les calculs plaçaient l’impact quelque part entre le 7 et le 25 juillet 1979, avec une zone de retombées possibles s’étendant sur des milliers de kilomètres. Autant dire une fléchette lancée les yeux bandés sur une carte du monde.
Un raté de plusieurs milliers de kilomètres
La cible visée, c’était l’océan, loin de toute zone habitée. La station a fini sa course bien plus à l’est que prévu, en travers du ciel australien. Des débris ont atterri à Balladonia, un hameau d’une poignée d’habitants, avant de continuer leur chute vers Esperance, une petite commune côtière de l’ouest australien. Pas de blessé, pas de dégât matériel sérieux, mais un choc pour les habitants qui ont vu des morceaux calcinés de métal s’éparpiller dans leurs champs et leurs rues.
L’événement a viré au phénomène planétaire. Le monde entier suivait, un peu anxieux, la trajectoire de cette carcasse spatiale de plusieurs dizaines de tonnes. Un adolescent d’Esperance, Stan Thornton, a même récupéré des morceaux de la station et s’est envolé pour San Francisco où un journal offrait une récompense au premier habitant capable de rapporter un débris de Skylab. Un aller simple pour la célébrité, payé en partie par une radio locale qui a financé son billet d’avion.
Une amende de 400 dollars, restée dans un tiroir pendant trente ans
Les autorités locales, elles, n’ont pas vraiment goûté la plaisanterie. La commune d’Esperance a décidé d’infliger à la NASA une amende de 400 dollars pour dépôt sauvage de déchets, une manière assez savoureuse de rappeler à l’agence spatiale américaine qu’on ne laisse pas traîner ses affaires n’importe où, fût-ce depuis l’espace. L’agence n’a jamais réglé la note. Trop lointain, trop symbolique, probablement pas une priorité budgétaire pour une administration qui venait de perdre sa première station spatiale.
L’histoire aurait pu s’arrêter là, anecdote poussiéreuse dans les archives d’une petite ville australienne. Mais l’affaire a repris vie trente ans plus tard, à l’approche de l’anniversaire de la chute de Skylab. La facture a finalement été réglée en 2009 par un animateur radio américain, qui a collecté l’argent auprès des auditeurs de sa station en Californie, à temps pour le 30e anniversaire de la chute de Skylab. Une collecte de bonne humeur, plus symbolique que financière, mais qui a permis de clore, avec trente ans de retard, ce différend diplomatico-comique entre une petite commune australienne et la première puissance spatiale mondiale.
L’épisode a d’ailleurs eu une suite inattendue. L’animateur radio de Barstow est devenu l’invité d’honneur des célébrations du 30e anniversaire en Australie, et les deux petites villes situées aux extrémités opposées du Pacifique ont fini par se jumeler. De la ferraille tombée du ciel à un jumelage transpacifique : peu d’incidents spatiaux ratés peuvent se targuer d’un tel épilogue diplomatique. Aujourd’hui, alors que la Station spatiale internationale approche elle aussi de sa fin de vie programmée, les ingénieurs qui préparent sa désorbitation étudient encore de près les leçons tirées de ce fiasco orbital de 1979, histoire de ne pas refaire payer, cette fois, la note à qui que ce soit.
Sources : military.com | abc.net.au


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