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2025, l’année où Hollywood a tourné le dos aux LGBT + ? La question mérite d’être posée

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Culture 30/12/2025 06:30 Actualisé le 30/12/2025 07:19

Entre le recul des studios sur la question de la diversité et la suppression de bien des personnages LGBT + à l’écran, l’industrie du divertissement américain n’a peut-être jamais été aussi peu « gay-friendly ». Explications.

Daniel Craig et Drew Starkey, ici dans « Queer » de Luca Guadagnino, sorti en février 2025 en France.

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Daniel Craig et Drew Starkey, ici dans « Queer » de Luca Guadagnino, sorti en février 2025 en France.

EN BREF En 2025, Hollywood semble moins « gay-friendly » avec une réduction notable de personnages LGBT + à l’écran, selon un rapport de GLAAD.
Les grands studios et sociétés de production comme Paramount et Prime Video reculent sur la diversité, influencés par l’administration Trump.
Le choix de continuer à offrir ces rôles à des acteurs hétérosexuels suscite aussi des critiques.

Hollywood vit-il ses dernières heures ? À cette question certes un brin provocante, la réponse est vite trouvée : non bien sûr, malgré la perte colossale de revenus essuyée par l’industrie du divertissement outre-Atlantique, en 2025. Pour certains en revanche, l’avenir là-bas y est nettement moins assuré. Qui ça ? Les LGBT +.

Dans son dernier rapport publié au mois de novembre, l’association américaine GLAAD, qui œuvre à la médiatisation des récits homosexuels à l’écran, signale un fait concernant : plus de 200 des héros LGBT + de séries doivent faire leurs adieux, en raison de l’arrêt du programme, son non-renouvellement ou sa fin.

On parle, ici, d’environ 41 % de la totalité des 489 personnages lesbiens, gays, bis ou trans du petit écran comptabilisés par l’organisme en 2024. À l’image de l’actrice Laverne Cox dans Clean State, annulée après une saison, leur disparition est un frein majeur pour « tout changement de la société », selon les rapporteurs interrogés par Deadline.

Si l’information nous a fait tiquer, c’est qu’elle intervient dans le contexte très particulier du recul des grands studios, comme Amazon, Disney et leurs concurrents, sur la question de la diversité - en interne et dans les productions - depuis le début de l’année.

« Plaire à l’administration Trump »

À titre d’exemple, Paramount a non seulement mis un terme aux quotas liés à la race, l’origine ethnique, le sexe et le genre dans ses recrutements, mais a aussi tiré un trait sur son plan « Diversité, égalité et inclusion » (DEI), un cadre organisationnel en place dans de nombreuses sociétés américaines visant à promouvoir un traitement équitable de ses employés.

Une décision prise dans la foulée de Prime Video, qui a notamment supprimé de son site son « manuel d’inclusion », un cahier des charges publié en 2021 dans lequel figuraient les lignes directrices à suivre pour une meilleure représentation de toutes et tous dans ses œuvres, dont l’intégration d’au mois un personnage noir, latino, arabe ou asiatique.

Doit-on y voir l’ombre de Donald Trump, en guerre contre le soi-disant « wokisme » de Hollywood depuis son retour à la Maison blanche en 2024 ? Pour la spécialiste du cinéma américain Nathalie Dupont, la réponse est évidente : devant la baisse de fréquentation des salles de cinéma et des changements opérés par les plateformes de streaming, « il faut plaire à l’administration », nous dit-elle.

Hollywood, une industrie comme les autres ?

En particulier si des projets d’annexion sont envisagés, comme dans le cas du processus de rachat de Warner Bros. par Netflix. Considéré comme la plus grosse opération de consolidation dans le domaine du divertissement depuis le rachat de Fox par Disney, le deal pourrait capoter s’il ne reçoit pas l’aval des régulateurs. Et par extension officieuse, de l’actuel locataire de la Maison blanche.

Le lien avec Washington est déroutant, mais pas nouveau, comme en a témoigné l’autocensure chez bien des réalisateurs entre 1915 et 1954, période au cours de laquelle les films n’étaient pas encore protégés par le Premier amendement de la Constitution (celui qui garantit la liberté d’expression). « Quand une menace de censure plane au-dessus de votre tête, il faut s’adapter, observe Nathalie Dupont. On veut faire son business à l’écart de toute pression. »

Vraiment ? Le cinéma, un business comme un autre ? La marche arrière en matière de diversité s’est produite à la suite de décisions similaires dans l’industrie de la tech, comme chez Meta. « En Europe, on considère les films comme des œuvres d’art, on ne tient pas compte de l’aspect financier. Aux États-Unis, c’est différent, rappelle la professeure des universités. Dès sa création, c’était une industrie orientée vers le profit. »

Jusqu’en 1948, les studios contrôlaient tout de l’écriture à la production, en passant par les acteurs sous contrat et la distribution de chaque film. Mais à cette date, un décret les obligeant à se débarrasser de leurs propres chaînes de cinéma est venu accentuer le phénomène mercantile. Finis les loupés. « Chaque projet doit rapporter, c’est encore plus prégnant », soutient l’experte en histoire et culture américaine.

Pillions, Queer, Christy

La démarche n’a pas toutefois pas empêché l’éclosion, ni même le carton, d’histoires LGBT+ sur grand écran par le passé. En 2025, non plus, comme l’ont préfiguré Honey Don’t, Les Indomptés, mais aussi Queer de Luca Guadagnino, la romance BDSM Pillions avec Alexander Skarsgård ou l’aventure de Josh O’Connor et Paul Mescal dans Le Son des Souvenirs.

Harry Melling et Alexander Skarsgard dans « Pillion »

Festival de Cannes

Harry Melling et Alexander Skarsgard dans « Pillion »

Cependant, si ces films ont en partie été salués par la critique, ils l’ont un peu moins été dans la communauté queer. Le choix de faire incarner les héros par des acteurs hétérosexuels n’y est pas étranger, comme l’a démontré Christy, biopic du nom d’une boxeuse lesbienne campée par Sydney Sweeney, dont l’affiliation au parti républicain a fait couler beaucoup d’encre.

Mais où sont les homos à Hollywood ? Toujours au placard, d’après le comédien britannique Ian McKellen. Et « c’est stupide », fustige l’acteur, rare homme ouvertement gay dans le milieu. « N’écoutez pas vos conseillers, écoutez votre cœur. Écoutez vos amis gays qui le savent mieux que vous. Entrez dans la lumière », a exhorté Gandalf dans une interview au Times, en mars.

Qu’on soit un homme ou une femme, la question du coming out n’a pas beaucoup évolué depuis l’époque de Cary Grant, Randolph Scott et leurs confrères. Par peur de prendre un risque pour leur carrière, de perdre en contrats publicitaires ou d’être cantonné aux mêmes rôles, beaucoup préfèrent encore taire leur orientation en public.

Le coming out, « c’est compliqué »

« C’est compliqué et probablement différent pour chacun, mais je pense que cela a quand même un rapport avec le fait que si vous voulez vraiment réussir, vous devez vous conformer à ce qui est considéré comme le goût hétérosexuel. Ou être sexy d’une manière hétérosexuelle », estime pour sa part Ben Wishaw dans les colonnes du Guardian, en ce mois de décembre.

L’interprète de Peter Hujar dans un sublime huis clos à venir sur le célèbre photographe s’est déjà confié sur la difficile acceptation de son homosexualité. Lui comprend les plus discrets. « Il y a encore beaucoup d’homophobie et de haine, ajoute-t-il, toujours à nos confrères du quotidien britannique. Je veux dire, c’est mieux, mais toujours existant. »

Un danger que Jonathan Bailey, « l’homme le plus sexy de l’année » selon le magazine People en 2025 (une première pour un homme gay), a choisi de balayer. « Je préfère de loin tenir la main de mon petit ami en public ou mettre ma photo sur Tinder sans m’en faire pour ça, plutôt que d’obtenir un rôle », a déclaré par le passé l’acteur britannique, grand habitué des rôles de Don Juan hétéros, comme dans Wicked ou les Bridgerton.

Derrière ces points de vue divergents, une question se dessine. Au fond, Hollywood a-t-il un jour été « gay-friendly » ? Difficile à dire, d’après Nathalie Dupont, même si le mouvement hippie des années 1960 et la levée de la censure fédérale à cette même époque ont sans doute soufflé un vent de fraîcheur dans les cinémas.

Mais la spécialiste se montre lucide : « Ils ne vont pas être à l’avant des tendances, au contraire. Quand on dépense des centaines de millions pour faire un film, on n’a pas envie que seuls trois tondus aillent en salles. » Business is business. Et ça, le drapeau arc-en-ciel - tantôt brandi, tantôt enfoui - l’a bien compris.

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