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20 ans, 100 M$ et toujours pas de base navale : Ottawa ferme l’installation de Nanisivik

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Près de 20 ans et plus de 100 millions de dollars plus tard, le gouvernement fédéral sonne officiellement le glas de l’installation navale de Nanisivik, un point de ravitaillement maritime en construction dans l’Arctique qui n’aura finalement jamais servi.

C’est le premier ministre Stephen Harper qui avait lancé le projet en 2007 : se servir des installations d’une ancienne mine pour y bâtir un port en eau profonde et une base de ravitaillement pour la Marine royale canadienne.

Le nouveau gouvernement du Canada comprend le premier principe de la souveraineté dans l’Arctique : tu t’en sers ou tu la perds, avait-il déclaré.

Stephen Harper pose avec des rangers canadiens.

Stephen Harper avait annoncé la construction future du port en eau profonde de Nanisivik, le 10 août 2007.

Photo : La Presse canadienne / FRED CHARTRAND

S’en est suivie une longue saga au cours de laquelle la construction de cette base dans l’ouest du Nunavut a accumulé les retards et les réductions budgétaires.

Aujourd’hui, l’Arctique a considérablement changé depuis 2007, avoue le ministre de la Défense nationale, David McGuinty, dans un communiqué.

Le site n’est plus adapté à l’usage prévu, justifie le ministère, qui dit vouloir investir dans les capacités les plus efficaces disponibles aujourd’hui.

À ce jour, le ministère de la Défense nationale a dépensé 110,2 millions de dollars, et doit encore injecter 610 000 $, un investissement déjà prévu pour la présente année financière.

En 2007, le gouvernement Harper estimait que la construction de cette base coûterait 100 millions de dollars. Le ministère estime désormais qu’il aurait fallu 200 millions de plus pour rendre l’installation navale de Nanisivik pleinement opérationnelle à partir de son état actuel.

L’autonomie des navires de la Marine leur permet de se ravitailler ailleurs dans le réseau, assure le ministère, et la capacité de la Marine à mener des opérations dans l’Arctique n’a pas été compromise.

L’installation sera placée en état de veille opérationnelle et le gouvernement devrait, éventuellement, analyser le potentiel de réutilisation ou de transfert du site.

Les eaux de la baie près de Nanisivik.

La base de Nanisivik borde le passage du Nord-Ouest, qui devient de plus en plus navigable en été. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Des problèmes dès 2008

Malgré tout, l’idée du gouvernement Harper avait l’air d’être une bonne idée au départ, selon Adam Lajeunesse, professeur associé spécialisé en défense arctique à l’Université Saint-Francis-Xavier. Nanisivik était bien placée et il y avait déjà beaucoup d’infrastructures sur place à cause de la mine.

Mais les coûts ont monté continuellement et les capacités potentielles de ces installations ont diminué significativement par rapport à ce que le gouvernement Harper anticipait.

Les problèmes ont commencé peu de temps après l’annonce du gouvernement conservateur, quand de la corrosion d’origine microbienne a été découverte sur les installations existantes, en 2008.

Ce problème, qui touchait notamment la jetée, a causé d'importants retards et n'a cessé de hanter le ministère. En 2025, le ministre de la Défense nationale de l’époque, Bill Blair, avait dit vouloir mener à bien le projet malgré tout, ce qui impliquerait de rebâtir entièrement la jetée.

Comme toutes les infrastructures dans le Nord, la construction était un processus très long et très coûteux, parce que la fenêtre durant laquelle la construction est possible est petite et parce que les opérations y sont très coûteuses, rappelle Adam Lajeunesse.

En cours de route, les dommages causés par cette corrosion ont forcé le gouvernement à revoir les ambitions du projet. On a notamment oublié l’idée d’une piste d’atterrissage pour avions de chasse et on a privilégié des réservoirs d’essence conventionnels, plutôt que des réservoirs chauffés.

La base allait donc servir uniquement six semaines par année.

L’inflation et la pandémie de COVID-19 ont aussi fait grimper considérablement les coûts de construction au fil des années, explique M. Lajeunesse.

Tirer des leçons

Selon M. Lajeunesse, une part de cet échec est aussi attribuable au fait que la base soit installée à une quarantaine de kilomètres de la communauté la plus proche, Arctic Bay.

Il n’y avait pas les bénéfices partagés entre l’armée et la communauté que l’on voit quand les infrastructures sont bâties dans les villages, explique-t-il.

Alors que les besoins d’une infrastructure de ravitaillement ne sont pas encore criants, mais qu’ils risquent de le devenir dans le futur, le gouvernement canadien se trouve à la croisée des chemins, selon l’expert.

Il pourrait choisir de se lancer dans un autre projet d’infrastructure de ravitaillement en essence et en vivres ailleurs, mais au sein d’une communauté ou en partenariat avec une entreprise déjà installée.

Il pourrait travailler avec une communauté qui aimerait bien avoir des infrastructures portuaires ou des infrastructures d’entreposage, croit-il. L’armée utiliserait les installations pour les 30 jours durant lesquels il en a besoin, et la communauté s’en servirait le reste du temps.

Des travaux sont effectués sur le NCSM Protecteur.

Adam Lajeunesse évoque la possibilité de construire un navire de ravitaillement, similaire au NCSM Protecteur, mais avec des capacités brise-glace.

Photo : La Presse canadienne / ETHAN CAIRNS

Sinon, le Canada pourrait prendre une toute autre avenue, en bâtissant un navire de ravitaillement avec des capacités brise-glace, qui serait en mesure de se déplacer pour ravitailler les navires de la Marine et de la Garde côtière.

Il serait plus flexible, moins cher et utilisable ailleurs qu’en Arctique, au besoin, estime M  Lajeunesse, qui croit que c’est vers cette option que penchera Ottawa.

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