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«1995. Espoirs et trahisons»: retour dans les coulisses du référendum

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Dès le 5 mai, sur la chaîne Savoir média et son site Web, sera présenté 1995. Espoirs et trahisons, nouveau documentaire dévoilant les coulisses du second référendum sur l’avenir du Québec. Un autre ! N’a-t-on pas déjà tout raconté de l’événement ? Non, « tout n’a pas été dit sur le référendum », affirme, dès les premières minutes du film, notre collègue au Devoir Dave Noël qui, avec Antoine Robitaille du Journal de Québec, revisite les coulisses de cette campagne à la lumière d’informations mises au jour ces dernières années.

La révélation la plus fracassante de ce film ingénieusement teinté d’une atmosphère de thriller : peu avant son élection à titre de premier ministre du Québec à l’automne 1994, soit près d’un an avant la tenue du référendum, Jacques Parizeau sautait seul dans un jet privé à destination inconnue que les artisans du film présument être le Rhodes Island. Dans une maison vide, quatre individus du Département d’État des États-Unis l’interrogeront pendant quatre heures sur ses velléités indépendantistes et sonderont sa pensée géopolitique, sa vision de la défense nationale, de l’économie, pour ensuite le retourner chez lui.

C’est l’ex-directeur de cabinet de M. Parizeau, Jean Royer, qui confie, à la caméra pour la première fois, cet épisode : « Jean Royer était allé le conduire à l’aéroport puisque les gardes du corps de M. Parizeau n’étaient même pas au courant », ajoute Flavie Payette-Renouf.

« C’est presque un enlèvement ! » souligne, encore étonné, Antoine Robitaille. « Ils voulaient vraiment avoir — de la bouche du cheval, nous raconte Jean Royer —, les informations sur ce qui allait arriver si le Oui gagnait. » Les Américains ont semblé avoir été rassurés par ce qu’ils ont entendu, décode la réalisatrice des propos de l’ex-directeur du cabinet : « Ils n’ont pas semblé hostiles [face à la démarche souverainiste]. Si ça survenait, ils comprendraient la situation. »

Ainsi, les artisans du documentaire historique présentent le second référendum depuis ses coulisses, détaillent le niveau de préparation du camp du Oui advenant sa victoire, dessinent les stratégies employées par les camps du Non pour l’en empêcher. De nouveaux détails sont révélés, comme la teneur de la déclaration que ferait le gouvernement français en cas d’une victoire des souverainistes. Certains éléments négligés, ou oubliés, ont été mis au jour, comme cette brève réaction à la caméra de Liza Frulla, quelques instants après les résultats donnant son camp, celui du Non, gagnant à seulement 50,58 %.

« Elle dit qu’à cause de cette courte victoire, Ottawa a le mandat de négocier avec le Québec, résume la réalisatrice. À ma connaissance, cette séquence n’avait pas été vue depuis 30 ans, et elle est historiquement intéressante, après avoir entendu Mario Dumont dire que les fondations du Canada ont craqué. On sent donc que, du côté du Oui comme du Non, on interprète ce résultat si serré comme un message envoyé à Ottawa : “Écoutez ce que vous dit le Québec. Il faudra trouver une solution”. »

La déclaration de Liza Frulla, tête d’affiche fédéraliste, expose les tensions dans le camp du Non, explique Antoine Robitaille : « Lorsque le résultat donne le Oui à 49,4 %, au Parti libéral du Québec (PLQ), les gens disent qu’il faut revenir à [l’accord du lac] Meech parce que le statu quo est intenable. Malheureusement, il y aura après la phrase de Parizeau » qui attribue sa défaite à l’argent et à « des votes ethniques ». « Mario Dumont le dit bien dans le film : “Ça va jeter un froid.” Le reste du Canada dira : mais à quoi bon travailler avec ces xénophobes ? Ce sont des nationalistes ethniques. Ça a brisé ce rapport de force que le résultat perdant du Oui avait brièvement réussi à installer — d’autant que le PLQ voulait d’un fédéralisme renouvelé » promis dans l’accord de Meech.

Enfin, les artisans du documentaire reviennent sur cette question brûlante : le référendum a-t-il été volé par des manœuvres du camp du Non ? La conclusion s’imposait à la lumière des révélations du Journal de Montréal, publiées en novembre 2025, concernant « l’instruction », donnée par Jean Chrétien à son ministre de l’Immigration, « d’accélérer le traitement des demandes de citoyenneté afin de permettre au plus grand nombre possible de nouveaux arrivants de voter ».

« Ce n’était pas illégal, souligne à la caméra Lisette Lapointe, ce n’était pas illégal, mais mon Dieu que c’était amoral. » Ainsi, le film présente le fruit du travail de jeunes chercheurs sur l’effet qu’a pu avoir le vote de ces nouveaux arrivants. Selon Flavie Payette-Renouf, « 30 ans plus tard, si on en parle encore, c’est aussi parce que reste cette idée que le référendum ait pu être volé. Que disent les données probantes ? Qu’en pensent les chercheurs ? ».

Antoine Robitaille : « C’est formidable aujourd’hui que de jeunes chercheurs s’y intéressent et essaient de quantifier ces données. Et c’est un peu pour ça qu’on fait des documentaires historiques : parce que c’est important, et parce qu’il n’en existe peu sur l’histoire du Québec. »

A-t-on maintenant tout raconté sur le référendum de 1995 ? Peut-être pas, avance le journaliste : « Les archives de la commission Grenier, si un jour elles sont dévoilées, pourraient nous en apprendre davantage. » Déclenchée en 2007 à la suite des révélations du livre Les secrets d’Option Canada, de Normand Lester et Robin Philpot, la commission de l’ex-juge Bernard Grenier avait interrogé à huis clos plusieurs acteurs du camp du Non (Jean Charest, Claude Dauphin, Liza Frulla), « sauf que ces interrogatoires demeurent secrets pour l’éternité ! ». Les partis de l’Assemblée nationale débattent de la meilleure manière de les rendre publics. À suivre.

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