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France 17/10/2026 14:29 Actualisé le 17/10/2026 17:50
Dans la capitale, la mobilisation contre la « vie chère » est déjà marquée par des affrontements avec les forces de l’ordre, survenus avant même son départ.
Par Maëlle Roudaut et Vincent Gibert avec AFP

MATTHIEU RONDEL / AFP
Un manifestant tient une pancarte au milieu des fumées de gaz lacrymogènes, alors que des affrontements éclatent en amont d’une manifestation contre la « vie chère » sur la place de la République, à Paris, le 17 octobre 2026.
Des milliers de Français descendent dans la rue ce samedi 17 octobre, à l’occasion de la journée de mobilisation nationale contre « la vie chère ». À la mi-journée, les autorités ont recensé 140 actions avec 32 800 personnes en province. À Paris, des tensions ont éclaté avec les forces de l’ordre avant même le départ du cortège, place de la République.
À six mois de l’élection présidentielle, cette mobilisation s’apparente à une convergence des colères : grogne de la jeunesse, et en particulier des lycéens, mais aussi ras-le-bol des travailleurs face à la flambée du prix de carburant et de l’alimentaire. Certains espèrent voir renaître le mouvement des gilets jaunes, qui avait marqué le premier mandat d’Emmanuel Macron.
Pour le moment, peu de blocages de ronds-points, mode d’action principal des gilets jaunes, ont été observés. En revanche, l’appel à la mobilisation s’annonce suivi, avec 60 000 à 110 000 participants attendus dans des cortèges à travers les grandes villes de l’Hexagone.
· Chiffres de participation et bilan des interpellations
« Plus de 500.000 » personnes ont participé aux actions et défilés organisés partout en France, selon la CGT, qui a appelé le gouvernement à « arrêter de réprimer » après les affrontements observés entre manifestants et forces de l’ordre. Le syndicat salue une « nouvelle grande journée de mobilisation, la plus importante depuis la rentrée » avec « 1 750 rassemblements ou manifestations dans toute la France » à 17h.
Le ministère de l’Intérieur a par ailleus fait état d’une mobilisation importante dans les cortèges à Lyon, Nantes et Rennes, de 272 interpellations au niveau national et de « faits particulièrement graves », comme à Marseille et Lyon, selon un bilan à 15h. À Lyon et Nantes, les cortèges comptaient 20 000 personnes et à Rennes, elles étaient 10 000, selon le ministère.
À 15h30, la préfecture de police a fait état de 163 interpellations à Paris, dans un nouveau bilan.
• À Paris, tensions place de la République
En fin de matinée, avant même le départ du cortège parisien, de vives tensions ont éclaté avec les forces de l’ordre à Paris, place de la République. Les forces de l’ordre ont fait usage à plusieurs reprises de gaz lacrymogènes pour répondre à plusieurs centaines de personnes, pour la plupart masquées et vêtues de noir, dont certains tiraient des mortiers d’artifice.
Ailleurs dans la capitale, des contrôles stricts ont été réalisés toute la matinée pour faire respecter les arrêtés d’interdiction de manifester dans certains secteurs.
Dans l’après-midi, la CRS 8, une unité spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines, a été déclenchée pour prêter main forte aux forces de l’ordre.
• Des heurts éclatent à Marseille, en marge de la mobilisation
Dans la matinée, les portes de la mairie de Marseille ont été forcées, et des personnes cagoulées ont pénétré brièvement dans le hall en criant « C’est la Révolution, on prend la Bastille ». Ils ont ensuite été dispersés par les forces de l’ordre, laissant derrière eux quelques dégâts, notamment des carreaux cassés et le buste de Marianne tombé au sol.
En marge de la mobilisation, des vitrines de commerces ont aussi été vandalisées sur la Canebière et le commissariat de la police municipale a été dégradé, avec des vitres brisées et des fumigènes lancés à l’intérieur. Une tentative d’incendie a été déjouée.
« Face à la situation hors de contrôle dans le centre-ville de Marseille ce matin, j’ai dû solliciter directement le Premier ministre et le ministre de l’intérieur », a déclaré le maire de la ville, Benoît Payan sur X. « Des moyens supplémentaires vont être déployés pour protéger les Marseillaises et les Marseillais », a-t-il ajouté.
· À Lyon, une antenne de l’office de tourisme incendiée
Une antenne de l’office de tourisme place Bellecour a été saccagée et incendiée par des manifestants. L’incendie volontaire est survenu sur un côté de la place où des groupes de jeunes cagoulés lançaient des projectiles et des mortiers d’artifice contre les forces de l’ordre, qui ont répliqué par des gaz lacrymogènes et des grenades de désencerclement.
Pour évacuer les alentours du bâtiment et permettre l’intervention des pompiers, les policiers ont tiré des grenades lacrymogènes dont les fumées ont provoqué un mouvement de manifestants sur un côté de la place.
· À Lille, brève intrusion de manifestants dans la mairie
Des manifestants ont forcé plusieurs entrées de la mairie, en cassant des portes vitrées, et certains ont réussi à y pénétrer en saccageant une partie des locaux avant de s’enfuir rapidement.
Quelques minutes plus tard, des CRS sont entrés dans le bâtiment pour vérifier que plus aucun manifestant ne s’y trouvait. Vers 16h30, les accès de la mairie étaient désormais protégés par des policiers. Des images prises par l’AFP à l’intérieur montrent des vitres brisées, du mobilier renversé et des documents éparpillés sur le sol.

SAMEER AL-DOUMY / AFP
À l’intérieur de la mairie de Lille, en partie saccagée par des manifestants, le 17 octobre 2026.
· Une nouvelle main arrachée, à Saint-Étienne
Un manifestant a eu la main arrachée à Saint-Étienne par une grenade policière lancée par les forces de l’ordre, a appris l’AFP auprès d’une source proche du dossier. Selon les premiers éléments, le manifestant a ramassé à la main la grenade, dont le modèle n’a pas été communiqué par cette source. La préfecture de la Loire a quant à elle confirmé qu’un « jeune majeur » d’un vingtaine d’années avait été « gravement blessé à la main », sans autre précision.
Cette nouvelle mutilation intervient après celle de Lens début octobre dans le cadre d’une manifestation lycéenne.
• L’Intérieur pointe « l’ultragauche » et donne des consignes de « fermeté »
L’entourage de Laurent Nuñez a estimé que « le mouvement se traduit(sait) par une très forte mobilisation de la mouvance ultragauche, qui ne cherche qu’à créer le désordre ». « La probabilité que l’ultra gauche fasse dégénérer les cortèges de l’après-midi est très forte », a-t-on poursuivi, en soulignant que le ministre avait rappelé ses « consignes de grande fermeté aux préfets et aux forces de l’ordre ».
Parmi les « actions violentes et ciblées » dénoncées par les autorités notamment à Paris, Marseille, Rennes, Toulouse ou Angers, figurent selon l’entourage du ministre des « tentatives de pillage, des prises à partie de forces de l’ordre, des incendies de mobilier urbains, des ciblages des lieux de pouvoir et des médias ». Le siège parisien de CNews a notamment été pris pour cible par une centaine de personnes tôt dans la matinée. Toujours dans la capitale, « plusieurs cortèges sauvages ont cherché à converger vers les lieux de pouvoir ».
À Avignon, il y a eu une « intrusion dans la cour de la préfecture de Vaucluse », et à Grenoble « des dégradations de la mairie ». À Pau, Montpellier, Toulouse et Valence, des commerces ont par ailleurs été vandalisés, a assuré la place Beauvau.
• Des cortèges dans plusieurs grandes villes
Ailleurs dans l’Hexagone, des cortèges de manifestants, certains avec des gilets jaunes, se sont formés, notamment à Lille, Nantes, Lyon, Grenoble ou encore Clermont-Ferrand. « Mon loyer augmente, ma bourse non », « Retraité, trop taxé ! », pouvait-on lire sur des pancartes de manifestants. Au-delà de la vie chère, de nombreux slogans dénonçaient aussi la répression policière et la montée de l’extrême droite.
Quelques ronds-points ont aussi été occupés, notamment à Rennes, Langon (Gironde) ou Marmande (Lot-et-Garonne). À Toulouse, les forces de l’ordre sont intervenues pour empêcher des blocages de trains et d’un rond-point.


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