En creusant 11,868 km de lit neuf au sud de Valence, les Espagnols ont littéralement poussé le Turia hors de la ville qu’il venait d’inonder. L’ancien lit, à sec, était promis au bitume. Les habitants en ont fait un jardin de 136 hectares, ouvert en 1986.
À retenir
- Le Turia a inondé Valence les 13 et 14 octobre 1957, causant au moins 81 morts et d’importants dégâts matériels.
- Le Plan Sur, approuvé en 1958, a dévié le fleuve dans un nouveau lit de 11,868 km calibré pour 5 000 m³/s.
- L’ancien lit, promis à une autoroute urbaine, est devenu en 1986 un jardin de 136 hectares accueillant 3 à 7 millions de visiteurs annuels.
Sommaire
Octobre 1957, le fleuve de trop
Les 13 et 14 octobre 1957, le Turia déborde dans Valence.
Le bilan humain varie selon les sources, de 81 morts au moins à une centaine. Les chiffres de l’eau sont plus nets : environ 300 litres par mètre carré en 24 heures et un débit estimé à 3 700 m³/s. Des quartiers entiers, dont Campanar et les poblados marítimos, sont submergés. Ce n’était pas une première : on dénombre 75 crues environ au cours des 7 siècles précédents.
Le Plan Sur, ou l’art de creuser un fleuve
3 solutions sont mises sur la table : le plan Nord, qui détournerait le fleuve par le nord, le plan Centre, fondé sur un barrage à Vilamarxant, et le plan Sud. C’est le dernier qui l’emporte.
Le Plan Sur est approuvé en Conseil des ministres le 22 juillet 1958. Le fleuve est dévié à l’ouest de la ville, près de Quart de Poblet, pour rejoindre la mer par une embouchure placée environ 3 km plus au sud. Le nouveau lit, long de 11,868 km et large de 175 à 200 m, est calibré pour 5 000 m³/s, bien au-dessus des 3 700 m³/s estimés en 1957.
Les travaux commencent en février 1965 et sont officiellement achevés le 22 décembre 1969. L’ouvrage n’est pleinement opérationnel qu’en 1973. Le chantier ne fait pas l’unanimité : Quart de Poblet et Mislata, à l’ouest, protestent contre le tracé. Le consultant environnemental Antonio Estevan a, lui, questionné après coup la nécessité de dévier le fleuve en entier.
Reste l’ancien lit, à sec, qui traverse toute la ville.
Une autoroute prévue, un jardin obtenu
Dès 1966, alors que le chantier du Plan Sur n’est pas terminé, on parle déjà de l’avenir du vieux lit. L’Ayuntamiento et le gouvernement envisagent un grand axe de communication reliant le port à l’aéroport. Une autoroute urbaine au fond d’un lit de fleuve, donc.
Les habitants répondent par un slogan, « El llit del Túria és nostre i el volem verd », le lit du Turia est à nous et nous le voulons vert. Le projet routier est abandonné, la voie de contournement ayant rendu l’idée obsolète.
Le jardin ouvre en 1986. Il s’étend sur 136 hectares et près de 8,5 km, soit l’équivalent de quelque 190 terrains de football. Ricardo Bofill a dessiné l’un de ses tronçons centraux. Selon les estimations, le jardin accueille de 3 à 7 millions de visiteurs par an, le chiffre le plus haut dépassant la population de la Norvège (environ 5,5 millions d’habitants).
Les ponts historiques, dont le pont du Mar, daté de 1591, n’enjambent plus d’eau mais des allées bordées de palmiers, d’orangers et de pins. Le parc relie la Ciudad de las Artes y las Ciencias au Bioparc. En chassant le fleuve qui l’avait noyée, Valence a gagné un parc qui la traverse de bout en bout.
Octobre 2024, le nouveau lit à l’épreuve
À 10 jours de l’anniversaire de la crue, octobre 2024 reste dans toutes les mémoires. Le nouveau lit y a canalisé les eaux de crue comme prévu.
Le ravin du Poyo, autre bassin, a inondé les communes du sud.
Les experts consultés par Maldita.es divergent sur le rôle exact du nouveau lit pendant la DANA. Ils s’accordent en revanche sur un point : une grande part des dégâts tient aux constructions en zone inondable.
Sources : maldita.es | elespanol.com


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