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11 milliards d’années pour grandir encore, 20 milliards pour s’effondrer : un physicien américain a littéralement fixé à l’Univers une date limite

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Pendant des décennies, les cosmologistes nous ont habitués à une certitude rassurante : notre Univers naît, grandit, et continue de s’étendre indéfiniment, dilué peu à peu jusqu’à un froid silence éternel. Cette image d’un cosmos qui gonfle sans fin a structuré toute la cosmologie moderne depuis la découverte de l’accélération de l’expansion à la fin des années 1990. Pourtant, de nouvelles données venues d’observatoires spécialisés dans l’étude de l’énergie noire viennent aujourd’hui bousculer ce scénario bien établi, et c’est un physicien de l’université Cornell qui s’est chargé d’en tirer les conséquences les plus vertigineuses.

À retenir

  • Selon des travaux du physicien Henry Tye et de ses collègues de Cornell, la constante cosmologique serait négative et non positive, ce qui conduirait à un Big Crunch plutôt qu’à une expansion infinie
  • ils estiment que l’Univers, âgé de 13,8 milliards d’années, atteindrait sa taille maximale dans 11 milliards d’années avant de se contracter, pour une durée de vie totale de 33 milliards d’années
  • ce scénario s’appuie sur les données concordantes des relevés DES et DESI, mais reste à confirmer par de futures observations (Euclid, SPHEREx, Vera C. Rubin)

L’Univers ne s’étendra pas indéfiniment. Selon des travaux menés à Cornell par le physicien Henry Tye et ses collègues Luu et Qiu, publiés en 2025, le cosmos entamerait sa phase de contraction bien avant l’extinction des dernières étoiles. Leur calcul fixe une durée de vie totale de 33 milliards d’années, avant un retournement complet : le Big Crunch.

Le dogme de l’expansion infinie vacille

Depuis une vingtaine d’années, la communauté scientifique s’appuyait sur un postulat simple : la constante cosmologique, cette force mystérieuse responsable de l’accélération de l’expansion de l’Univers, serait positive. Dans ce cadre, le destin du cosmos semblait scellé : une dilatation perpétuelle, de plus en plus rapide, menant à ce que les astrophysiciens appellent la « mort thermique » de l’Univers, un état où la matière finit par se disperser au point de devenir quasiment indétectable.

Mais ce scénario, aussi solidement ancré soit-il, reposait sur des mesures qui ont depuis été affinées. Henry Tye explique ce basculement de paradigme avec une formule qui résume bien l’ampleur du changement : pendant vingt ans, on pensait que cette fameuse constante était positive et que l’expansion se poursuivrait éternellement. Or, les nouvelles observations semblent indiquer l’inverse, à savoir une valeur négative, ce qui change radicalement la trajectoire future de notre Univers.

33 milliards d’années : l’horloge cosmique de Cornell

Pour rappel, notre Univers affiche aujourd’hui 13,8 milliards d’années et continue, pour l’instant, de s’étendre sous nos yeux. Le calcul réalisé par l’équipe de Cornell projette la suite des événements avec une précision qui donne le vertige : après avoir atteint sa taille maximale dans environ 11 milliards d’années, le cosmos commencerait à se contracter, un peu à la manière d’un élastique étiré au maximum qui reviendrait brutalement vers son point de départ.

En additionnant la phase d’expansion actuelle et la phase de contraction à venir, les chercheurs arrivent à une durée de vie totale de 33 milliards d’années pour l’ensemble du cycle cosmique. Nous serions donc, selon ce modèle, déjà passés environ à la moitié de l’existence de notre Univers, une idée qui remet en question bien des certitudes acquises sur les bancs de la fac. Il faut toutefois garder à l’esprit que ce chiffre dépend fortement de la position des mesures actuelles dans l’espace des paramètres cosmologiques, et que les marges d’erreur devraient se resserrer à mesure que les relevés de données s’affinent.

Énergie noire : le revirement qui change tout

Ce retournement spectaculaire s’appuie sur des rapports publiés au printemps dernier par deux grands relevés indépendants dédiés à la traque de l’énergie noire : le Dark Energy Survey (DES), installé au Chili, et le Dark Energy Spectroscopic Instrument (DESI), basé en Arizona. Henry Tye insiste sur un point qui renforce la crédibilité de ces résultats : ces deux observatoires, l’un situé dans l’hémisphère sud et l’autre dans l’hémisphère nord, affichent un bon accord entre eux, ce qui limite l’hypothèse d’un simple biais instrumental local.

Pour expliquer ce basculement vers une constante cosmologique négative, le modèle de Cornell introduit une particule hypothétique de très faible masse. Celle-ci se serait comportée comme une constante cosmologique classique aux premiers instants de l’Univers, avant de perdre cette propriété aujourd’hui. Un mécanisme relativement économe en hypothèses, qui permet de faire basculer la constante cosmologique sous-jacente en territoire négatif sans bouleverser le reste de l’édifice théorique. Ces travaux ont été publiés dans le Journal of Cosmology and Astroparticle Physics, avec Henry Tye comme auteur correspondant.

Ce que ce Big Crunch annoncé bouleverse dans notre vision du cosmos

Si ce scénario se confirme, c’est toute notre représentation du futur de l’Univers qu’il faudra réécrire. Fini l’image d’une dilution infinie et silencieuse : place à un gigantesque retour de bâton cosmique, où galaxies, étoiles et structures finiraient par être ramenées vers un point unique, dans un effondrement aussi spectaculaire que l’a été l’expansion qui a suivi le Big Bang. Une perspective qui, rassurons tout de suite les lecteurs les plus inquiets, ne concerne absolument pas notre espèce ni même notre planète, tant l’échelle de temps en jeu dépasse l’entendement humain.

Cette hypothèse, aussi fascinante soit-elle, reste pour l’instant un scénario parmi d’autres, et plusieurs grands projets s’apprêtent à la mettre à l’épreuve. Le DESI poursuivra ses observations pendant encore un an, tandis que d’autres instruments viendront enrichir le tableau : le Zwicky Transient Facility, le télescope spatial européen Euclid, la mission SPHEREx de la NASA, ainsi que l’observatoire Vera C. Rubin, sont ou seront bientôt pleinement opérationnels. Autant de nouvelles sources de données qui permettront, dans les années à venir, de confirmer ou d’infirmer ce retournement de situation cosmique qui, en cet automne studieux, agite déjà les discussions entre physiciens du monde entier.

En définitive, ce travail mené à Cornell ne prétend pas clore le débat, mais plutôt le relancer sur des bases renouvelées. Entre une expansion éternelle longtemps tenue pour acquise et un Big Crunch désormais sérieusement envisagé, l’Univers garde encore une bonne partie de ses mystères sous le coude. Reste une question qui ne manquera pas d’alimenter les discussions des passionnés d’astronomie pendant longtemps : et si notre cosmos n’était, finalement, qu’un cycle parmi d’autres, voué à renaître de ses propres cendres ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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