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11 000 astéroïdes découverts en 6 semaines : le télescope Rubin déborde déjà les astronomes

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11 097. C’est le nombre exact d’astéroïdes inconnus que l’observatoire Vera C. Rubin a soumis d’un seul bloc au Centre des planètes mineures de l’Union astronomique internationale, à partir de six semaines de données préliminaires seulement. La confirmation par le Minor Planet Center (MPC) en fait le plus grand lot de découvertes d’astéroïdes soumis en une seule fois au cours de l’année écoulée. Pour mettre ce chiffre en perspective : il faut à peu près autant de temps pour pousser un gros projet de rénovation chez soi que pour voir Rubin révolutionner notre carte du Système solaire.

À retenir

  • Un télescope de test découvre en 6 semaines ce que prenait des années à trouver
  • Des mondes glacés aux confins du système solaire, dont deux orbites frôlent les limites théoriques
  • Lorsqu’il sera en plein régime, Rubin révolutionnera notre inventaire du cosmos en quelques années

Sommaire

  1. Un télescope qui n’a pas encore commencé sa vraie mission
  2. 33 géocroiseurs, et une question de défense planétaire
  3. Aux confins du Système solaire, des mondes glacés inattendus
  4. Ce n’est que le début, et c’est là que ça devient vertigineux

Un télescope qui n’a pas encore commencé sa vraie mission

Ce qui rend ce résultat vertigineux, c’est son contexte. Avant même le lancement officiel de sa grande mission, l’observatoire Vera C. Rubin a produit ces découvertes à partir de données préliminaires, bien avant le début du programme Legacy Survey of Space and Time (LSST) destiné à étudier l’énergie noire. ces 11 000 astéroïdes sont le fruit d’un simple rodage technique. Ce chiffre a été obtenu en seulement six semaines alors même que les phases de test et de réglage n’étaient pas terminées.

Équipé de la plus grande caméra numérique astronomique du monde, le télescope Simonyi peut générer 20 téraoctets de données brutes par nuit. C’est l’équivalent de plusieurs millions de photos haute définition chaque soir, analysées en quasi temps réel. Rubin peut parcourir le ciel austral avec une sensibilité environ six fois supérieure à celle de la plupart des recherches actuelles d’astéroïdes, ce qui lui permet de détecter des objets plus petits et plus lointains qu’auparavant. La prouesse ne tient pas uniquement au matériel : selon Ari Heinze, chercheur à l’Université de Washington, « le rythme d’observation unique de Rubin a nécessité une toute nouvelle architecture logicielle pour la découverte d’astéroïdes », développée avec l’étudiant Jacob Kurlander.

La soumission au MPC comprend environ un million d’observations réalisées sur un mois et demi, couvrant plus de 11 000 nouveaux astéroïdes et plus de 80 000 astéroïdes déjà connus, dont certains avaient été observés précédemment mais perdus ensuite parce que leurs orbites étaient trop incertaines pour prédire leur localisation future. Des objets « fantômes », retrouvés des années après leur première détection grâce à la puissance de recalcul des équipes du MPC.

33 géocroiseurs, et une question de défense planétaire

Le communiqué précise également que 33 objets géocroiseurs, jusqu’alors inconnus, ont été détectés. Ces NEO (Near Earth Objects) sont des astéroïdes dont l’orbite s’approche suffisamment du Soleil pour croiser potentiellement la trajectoire de la Terre. Aucun des NEO connus ne représente pour le moment une menace pour la Terre, mais les plus grands mesurent environ 500 mètres de diamètre. On surveille ceux de plus de 140 mètres, car leur impact pourrait causer des dégâts importants.

Le problème, c’est que notre inventaire reste dangereusement lacunaire. Les scientifiques estiment que seulement 40 % des NEO de taille intermédiaire, ceux de plus de 140 mètres, ont été identifiés à ce jour. Des objets de cette taille sont capables de provoquer des dégâts régionaux en cas d’impact. Rubin change cette équation : une fois pleinement opérationnel, l’observatoire devrait permettre de découvrir près de 90 000 nouveaux NEO, avec pour objectif de faire passer le taux de détection des objets de plus de 140 mètres à environ 70 %. Un bond considérable pour la défense planétaire.

Mario Juric, responsable scientifique du Système solaire au sein de l’observatoire, ne mâche pas ses mots. Selon lui, « cette première grande soumission n’est que la partie émergée de l’iceberg et montre que l’observatoire est prêt. Ce qui prenait des années ou des décennies à découvrir, Rubin le mettra au jour en quelques mois. »

Aux confins du Système solaire, des mondes glacés inattendus

Le Vera C. Rubin Observatory a également permis la découverte d’environ 380 objets transneptuniens, des petits corps célestes glacés orbitant au-delà de Neptune. Ces objets ont été débusqués en moins de deux mois et ils s’ajoutent aux 5 000 découverts au cours des trois dernières décennies. Un rythme qui, transposé à l’échelle humaine, revient à reproduire trente ans de travail collectif en quelques semaines d’optimisation logicielle.

Parmi ces objets lointains, deux ont particulièrement retenu l’attention. Les TNO provisoirement nommés 2025 LS2 et 2025 MX348 se trouvent sur des orbites extrêmement grandes et allongées : à leur point le plus éloigné, ces deux objets atteignent une distance environ 1 000 fois supérieure à celle séparant la Terre du Soleil, les plaçant parmi les 30 astéroïdes les plus lointains jamais observés. Une orbite si excentrique qu’elle frôle les limites théoriques du nuage d’Oort.

Ces trajectoires extrêmes intéressent les chercheurs pour une raison précise : l’analyse des orbites des TNO, en particulier celles très allongées, pourrait éventuellement permettre de déterminer si une hypothétique « planète 9 » se cache dans les confins du Système solaire. Rubin ne cherche pas seulement des cailloux, il traque peut-être une planète entière.

Ce n’est que le début, et c’est là que ça devient vertigineux

Lorsque la mission LSST débutera officiellement, le télescope scannera le ciel austral toutes les quelques nuits durant environ dix ans, avec pour objectif de recenser plus de 5 millions d’objets dans notre Système solaire, soit dix fois plus que tout ce qui a pu être découvert jusqu’à aujourd’hui. Pour l’heure, environ 1,45 à 1,5 million d’astéroïdes étaient identifiés avant que l’observatoire ne commence ses relevés en 2025, un chiffre qui ne représente qu’une fraction de ce qui existe réellement.

À terme, la mission prévoit d’ajouter jusqu’à quatre millions de nouveaux astéroïdes au catalogue mondial, ce qui représente un triplement du nombre de roches spatiales connues à ce jour. Et selon les projections, lorsque le relevé LSST démarrera pleinement, on prévoit que Rubin découvrira autant d’astéroïdes que ce premier lot tous les deux ou trois nuits, dans ses premières années d’exploitation. Les 11 000 objets du premier lot ne seraient alors plus qu’une anecdote statistique dans l’histoire d’une révision totale de notre voisinage cosmique. Ce que Rubin est en train de montrer, c’est que le Système solaire était bien plus peuplé que ce que nos instruments précédents laissaient voir, et que l’ignorance dans laquelle nous vivions depuis des décennies était avant tout une question de sensibilité optique, pas d’absence d’objets à trouver.

Sources : tameteo.com | jeux-p2e.fr

Yohan D

Rédigé par Yohan D

Vulgarisateur scientifique depuis plus de dix ans, je m’intéresse à la géographie, aux technologies et à l’environnement. J’espère attirer votre attention sur des sujets captivants !

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