On pensait que le rouge des feuilles d’automne sommeillait dans le limbe depuis le printemps, révélé par le départ du vert. C’est vrai pour le jaune, dû à des caroténoïdes déjà présents dans la feuille. Pour le rouge, non : les anthocyanes, les pigments responsables, sont produites activement vers la fin de l’été.
En juillet, ce rouge n’existait pas.
À retenir
- Les anthocyanes créant le rouge automnal sont synthétisées activement en fin d’été, pas masquées comme le jaune.
- Une lumière vive, une baisse du phosphate et l’accumulation de sucres intensifient la production d’anthocyanes.
- Environ 10 % des espèces d’arbres tempérés rougissent, mais jusqu’à 70 % en Nouvelle-Angleterre.
Sommaire
Le jaune attendait, le rouge se fabrique
Les xanthophylles jaunes et le bêta-carotène orange sont là tout l’été. Quand la chlorophylle abonde, sa couleur verte domine et masque les autres pigments. Certaines feuilles virent au brun, soit par mélange de chlorophylle et d’anthocyanes en début de sénescence, soit par polymérisation de quinones à la mort des cellules. Un même arbre peut donc afficher, sur une même branche, plusieurs stades de cette transformation.
La dégradation de la chlorophylle en composés incolores s’explique par la sénescence, alors que la production d’anthocyanes est un processus actif. La feuille doit donc synthétiser une molécule neuve au moment même où elle se prépare à tomber.
Lumière vive, phosphate en baisse, sucres piégés
Les anthocyanes se développent dans la sève des cellules de la feuille. D’après la synthèse de Wikipédia en anglais sur la couleur des feuilles d’automne, leur production s’intensifie avec une lumière vive et une baisse du phosphate.
Le même pigment colore le chou rouge, les blettes et les navets.
Les jours raccourcissent, ce qui signale à l’arbre d’arrêter de produire de la chlorophylle. Une fiche publiée par les services fédéraux américains relie les anthocyanes à la lumière vive et à l’excès de sucres dans les cellules. Les nervures évacuent de moins en moins de ces sucres vers le reste de l’arbre, qui s’accumulent donc dans la feuille. Il arrive que les nervures restent vertes pendant que le reste du tissu rougit, ce qui dessine un motif proche d’une fractale.
Les explications avancées manquent encore de preuves.
Deux hypothèses reviennent. La première veut que le rouge avertisse les pucerons que l’arbre est bien armé chimiquement. La seconde en fait un écran contre les effets d’une lumière trop forte. L’arboretum du Carleton College, aux États-Unis, constate que les éléments probants font encore défaut.
Jours lumineux, nuits froides sans gel : la météo de cette semaine
Les couleurs les plus vives apparaissent quand des jours lumineux et frais alternent avec des nuits froides, mais sans gel. Les prévisions de la semaine cochent une partie de ces cases : 25 °C et du soleil lundi et mardi, puis des nuits autour de 7 °C. Des journées à 25 °C sont plus chaudes que le modèle idéal. D’autres sources décrivent d’ailleurs une succession de journées chaudes et ensoleillées suivies de nuits fraîches comme la combinaison la plus spectaculaire. Aucun seuil chiffré ne fait le rouge à lui seul, c’est l’enchaînement qui compte.
Un automne gris et morne donne un spectacle moins éclatant qu’une saison ensoleillée. Une sécheresse ou un gel précoce peuvent ternir les couleurs ou raccourcir la durée du spectacle.
10 % des espèces, jusqu’à 70 % en Nouvelle-Angleterre
Environ 10 % des espèces d’arbres des régions tempérées produisent du rouge. En Nouvelle-Angleterre, la proportion monte jusqu’à 70 %, soit 7 espèces sur 10. Le chiffre porte sur les espèces, pas sur le nombre d’arbres.
Érables, chênes, cornouillers, cerisiers et liquidambars font partie des champions. Le liquidambar existe en nombreuses variétés qui virent au jaune, à l’orange, au rouge ou au pourpre.
Même parmi les espèces rouges, le résultat varie. Les espèces d’arbres caducs, et même les individus d’une même espèce, présentent de fortes variations de couleur. Les trembles contiennent peu ou pas d’anthocyanes, alors que les érables des Rocheuses en ont assez pour rosir ou rougir. Le prunier à feuilles pourpres, lui, en porte en abondance pendant toute la saison de végétation. Il fait donc exception à la règle du pigment d’automne.
La teinte exacte dépend aussi de la sève. Les anthocyanes sont sensibles au pH : leur couleur va du rouge en milieu acide au bleu quand le pH atteint la neutralité. D’où les pourpres, les roses et leurs mélanges qui accompagnent le rouge franc dans une même forêt.
Source : carleton.edu


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