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Sept des huit premières places du Challenge de l’étudiant-entrepreneur sont allées à l’Université de Bamenda. Le détail frappe, et il a fait du bruit dans la salle. À Bafoussam, ce vendredi 23 octobre 2026, la clôture du Youth Connekt Cameroon pour le pôle Ouest/Nord-Ouest a dévoilé ses lauréats et installé deux nouvelles chambres régionales. Le ministre Mounouna Foutsou a présidé la cérémonie.
Bafoussam referme la caravane, Bamenda rafle la mise
Salle archi comble, aux Services du Gouverneur de l’Ouest. Quand le ministre de la Jeunesse et de l’Éducation civique, Mounouna Foutsou, fait son entrée, il n’y a plus un siège libre. La suite est classique dans la forme : discours, attestations, danses des apprenants du Centre multifonctionnel de promotion des jeunes. Mais le fond mérite qu’on s’y arrête.
Bafoussam est la quatrième et dernière étape de la caravane 2026. Maroua pour le Septentrion, Kribi pour le Centre/Sud/Est, Douala pour le Littoral/Sud-Ouest, puis la capitale de l’Ouest. À chaque halte, le même schéma : bootcamp, challenge, installation des instances. Ici, tout se clôt.
Le bootcamp a duré cinq jours. Trente-six participants, dont 24 pour l’Ouest et 12 pour le Nord-Ouest, avec 19 femmes. L’expert Thierry Vaho résume sa méthode en une phrase : « Nous leur avons appris à vendre leurs projets. » Au programme : agropastoral, économie numérique, artisanat, innovation technologique, marketing digital, ateliers de pitch, réseautage, rencontres avec des success stories, puis évaluation finale.
Seize candidats ont disputé le Challenge de l’étudiant-entrepreneur, huit de l’Ouest et huit du Nord-Ouest. Mathurin Essama Essama, directeur adjoint du Youth Connekt Cameroon, a livré les résultats. Les critères : pertinence des projets, pertinence des solutions, alignement avec la SND30, qualité du business plan et discipline des candidats.
Et le tableau est sans appel pour l’Université de Bamenda :
- 1er : Tatah Oneil
- 2e : Ambe Clovis, dispositif médical destiné à la prise simultanée de tous les paramètres
- 3e : Mbom Sharon, jus naturel à partir de matières premières locales
- 4e : Tendongsum Shu Jianice, cosmétiques à base de matière première locale
- 5e : Ache William, dispositif de détection d’eau dans le sol
- 6e : Mbuh Jude Amah, culture hydroponique en serre contrôlable à distance
- 7e : Tchinda Péno Jean Loïc, de l’Université de Dschang, agence de communication digitale assistée par IA
Six premières places sur sept pour Bamenda, la septième pour Dschang. Aucun candidat de l’Ouest ne figure donc dans le haut du classement universitaire, hors Dschang. Franchement, ça pose question pour la région hôte, même si le ministre a salué « le talent et le génie créateur de la jeunesse de l’Ouest » après sa visite d’entreprises la veille.
Les lauréats du bootcamp
- Innovation technologique : Mbuh Hope, transformation des déchets électroniques.
- Industrie et artisanat : Nfor Brendi (1er), Dountio Saha Ursula (2e).
- Économie numérique : Masso Signe (1er), projet de digitalisation de l’échange des coordonnées, puis Tchatcho Boris (2e).
- Agribusiness : Takou Boulik Aude (1er), Yong Alfred (2e), transformation de l’huile de palme en savon, et Kapocko Angenor (3e).
Au nom de ses pairs, Ursula Dountio a remercié le gouvernement pour une formation qui leur permet de « parfaire » leurs projets d’entreprise.
Pour la suite, rien n’est joué. Les meilleurs projets iront aux finales nationales du Youth Connekt Cameroon Convention, du 9 au 13 novembre. Le ministre parle de 200 candidats régionaux mobilisés pour le bootcamp national à Yaoundé, toutes régions confondues. On ne sait pas encore combien de Bafoussam y seront.
Deux chambres, des ambassadeurs, et beaucoup de discours
Autre morceau de la journée : l’installation. D’un côté, les Chambres régionales des Icônes de l’entrepreneuriat jeune pour l’Ouest et le Nord-Ouest. De l’autre, les ambassadeurs régionaux du programme.
Le président de la Chambre des Icônes, Isidore Tameu, a expliqué leur rôle aux nouveaux membres. « Avec l’installation de ces deux chambres, nous sommes au complet », a-t-il dit. L’ambition : bâtir un réseau national capable d’accompagner les jeunes et faire de l’entrepreneuriat une voie crédible d’insertion socioéconomique.
L’historique, rappelé par le ministre, est court. Idée née en 2023, assemblée générale constitutive le 11 décembre 2025, légalisation le 20 février 2026. Puis les chambres régionales, dans le sillage des challenges zonaux : Maroua en mars, Kribi en mai, Douala en septembre.
Pour l’Ouest, les ambassadeurs sont Roger Tafam, maire de la ville de Bafoussam, Éric Nyat, maire de Bangangté, Tatah Bakary, jeune entrepreneur cité en exemple par le chef de l’État, Horlus Fosso et Djappa André Ariel. Pour le Nord-Ouest, un seul nom : l’honorable Injoh Foo Ngang Prodencia, députée de la Momo.
Roger Tafam a énoncé quatre engagements : faire connaître le Youth Connekt, rapprocher les jeunes porteurs d’entreprises des structures d’accompagnement, écouter les jeunes, rendre compte. Le dernier est le plus attendu. Rendre compte à qui, et comment ? Rien ne l’indique à ce stade.
Ce que le ministre a dit
Le discours de Mounouna Foutsou s’ouvre sur une minute de civisme consacrée au mérite. Puis viennent les remerciements : le gouverneur Awa Fonka Augustine, le système des Nations Unies, le secteur privé, le maire de Bafoussam. Il inscrit le tout sous « la très haute impulsion » du président Paul Biya.
Quelques chiffres cités :
- Initiative lancée le 9 décembre 2019, phase pilote de 2021 à 2023.
- Plan spécial de promotion de l’emploi des jeunes de 50 milliards de FCFA, prescrit le 6 novembre 2025.
- Plan triennal spécial-jeunes : 14 829 projets financés, 44 487 emplois directs, via le FOGAJEUNE.
- Le Cameroun serait le deuxième pays à avoir le mieux réussi la contextualisation du programme, après le Rwanda.
Le chiffre de 44 487 emplois directs est celui du ministre. Aucune source indépendante n’a été présentée sur place pour le vérifier. Sur le PIISAH 2024-2026, l’évaluation de la jeunesse reçoit « une mention honorable, en dépit de quelques points d’attention ». Honorable, mais pas brillant : le ministre ne détaille pas les points d’attention.
Ses consignes aux jeunes tiennent en trois mots : discipline, innovation, responsabilité. Il les invite à aller « plus loin, plus haut et plus vite » et à s’approprier le PRONEC-REAMORCE, avec son « fighting spirit », « le HEMLE camerounais ». Il cite les Lionnes indomptables, récemment victorieuses de la CAN féminine au Maroc, et le slogan du programme : « l’impossible n’est pas camerounais ».
Il renvoie aussi vers deux portails : l’Observatoire national de la jeunesse (onjcameroun.cm) et « Un Jeune, Un Métier, Un Emploi » (emploijeune.cm). Utile, à condition que les jeunes de Bamenda et de Bangangté aient une connexion fiable.
Un passage en anglais clôt l’allocution, avec un proverbe : « one hand cannot tie a bundle ». Le ministre y affirme qu’il n’y a « pas de perdants » dans un challenge. Difficile de ne pas y voir un message pour ceux qui sont repartis sans podium.
Direction Yaoundé, du 9 au 13 novembre. C’est là qu’on saura si les champions de Bafoussam pèsent face aux trois autres pôles, et si les nouveaux ambassadeurs ont vraiment « de quoi rendre compte ».
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Alain-Claude Ndom
Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.


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