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On fait la connaissance de Latif dans des toilettes publiques miteuses alors qu’il termine un contrat. Lire : qu’il tue quelqu’un. Sa besogne accomplie, Latif tente de laver sa lame. Or, il n’y a pas d’eau. Le voici donc qui sort une couche et des lingettes nettoyantes de son sac. Latif n’est pas qu’un tueur à gages, il est aussi papa. Justement, sa fille, Fatiha, l’appelle en pleurs : maman est morte. À des images sanglantes et froides, succèdent celles, éthérées et chaleureuses, des funérailles de la défunte à la mosquée locale. Cette dichotomie entre transgression et spiritualité est au cœur de Your Mother Your Mother Your Mother, de Bassam Tariq.
En assassin et père veuf qui peine à concilier son métier et sa foi musulmane, Mahershala Ali est formidable. Le charismatique acteur, lauréat de deux Oscar pour Moonlight (Moonlight. L’histoire d’une vie) et Green Book (Le livre de Green), livre l’une de ses meilleures performances en homme profondément troublé. Aimant mais autoritaire à la maison, stoïque le reste du temps, son Latif exprime à peu près tout par le regard.
Pour autant, la star a de très bons dialogues à se mettre en bouche, surtout lors de ses scènes avec Adia, une révélation dans le rôle de Fatiha, la fille adolescente de Latif. De fait, Fatiha n’hésite pas à répliquer à son père et, surtout, à lui renvoyer ses contradictions au visage. Et il y a Qadir, le cadet, dont la candeur produit un peu le même effet sur Latif.
Quiétude et tension
Ce volet familial, où le protagoniste découvre les aléas de la monoparentalité avec notamment un poupon allergique au lait en poudre, est d’abord présenté en parallèle de la partie consacrée aux activités professionnelles de Latif. Lesquelles activités le voient contraint d’affronter Hwan Yoon (John Cho, dans un brillant contre-emploi), un pasteur adepte des armes à feu qui a dans sa mire le neveu du « patron » de Latif.
Puis, à mesure que le film avance, les deux sous-intrigues se mettent à n’en former qu’une. Ce faisant, Bassam Tariq (Mogul Mowgli) s’approche de plus en plus d’une résolution du conflit intérieur de Latif.
Tour à tour finement observée et expressive, la mise en scène de Tariq alterne, comme en ouverture, des moments de quiétude relative avec des passages où la tension va croissant. L’ensemble s’avère d’une exemplaire fluidité formelle.
On pense par exemple à ce recours au « match cut » (ou « continuité visuelle ») montrant Latif, en surplomb, contempler l’armée de Hwan Yoon en contrebas : un plan auquel le réalisateur (et son monteur Cam McLauchlin) fait suivre celui de Qadir observant à distance une fête d’enfants dans une composition identique.
Là encore, on est dans la dichotomie, la promesse de violence étant placée en opposition avec une image d’innocence.
D’âme et de viscéralité
Tout du long, Tariq explore le thème de la foi. Foi que l’on a ou pas, ou à différents degrés, et avec laquelle on fait, le cas échéant, divers « accommodements », comme Latif, qui n’accepte de tuer que la lie de l’humanité. En définitive, à qui Latif ment-il le plus ? À son dieu, ou à lui-même ?
À cette réflexion principale se greffe une variété de sous-thèmes parents allant du prosélytisme (Hwan Yoon et ses dévots) à la piété de façade (l’employeur de Latif), en passant par la dévotion ouverte et sincère (les voisins mormons).
Toujours dans cette volonté d’arriver à une harmonie en partant d’une situation dichotomique, le cinéaste oppose à ces questionnements spirituels des séquences d’action aussi crues qu’impressionnantes. Ce qui fait en sorte que le résultat est empreint, tout à la fois, d’un émouvant supplément d’âme et d’une puissante « viscéralité ». Le tout, parfaitement concilié.


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