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Figure d'avant-garde et artiste contemporaine la plus célèbre du Japon, Yayoi Kusama est décédée dans un hôpital de Tokyo à l'âge de 97 ans. Passée par la pratique du monochrome et du body art, l'artiste a fini par trouver sa voie en augmentant d'excroissances, de protubérances des objets divers.
Au fil du temps et conséquence de ses multiples collaborations avec la maison Vuitton, elle était devenue une référence mondiale incontournable et populaire de l'art contemporain.
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Des débuts chaotiques
Dès l'enfance, Yayoi Kusama est perturbée par des visions, des hallucinations. Les médecins incitent ses parents à lui donner des crayons comme exutoire à la manifestation de ses troubles. Si sa famille est aisée, elle est aussi toxique avec un père volage et une mère malheureuse qui en veut à sa fille.
Yayoi étudie la peinture classique japonaise et commence à exposer avec succès. Elle choisit pourtant de quitter le Japon et de découvrir les États-Unis et New York, où elle finit par s'installer en 1957. Là-bas elle y fréquente le milieu artistique de l'époque, devenant très proche de Joseph Cornell ou Donald Judd. Elle s'y intègre comme peintre mais compose également des sculptures par accumulation comme pour son exposition One Thousand Boats Show à la galerie Gertrude Stein.
Se découvre alors son goût pour la multiplication et ses obsessions dont la représentation de phallus. Elle crée aussi des happenings, son plus célèbre étant celui du pont de Brooklyn en 1967 qu'elle recouvre de pois, de personnes nues et de chevaux –elle m'a un jour donné la cassette format VHS de cette performance iconique. La nudité qui accompagne souvent ses manifestations conduit régulièrement la police à les interrompre.
Yayoi Kusama et la mode
Yayoi Kusama se construit progressivement un véritable personnage. Elle s'habille de façon fantasque, créant ses propres tenues souvent recouvertes de pois –elle dit se sentir comme un simple pois dans un univers de pois– et n'hésite pas à porter des chapeaux coniques lui donnant une allure de magicienne ou de prêtresse mystérieuse.
Passionnée par l'apparence et la mode, elle a lancé une marque sous son nom, créant un style faisant la synthèse entre une facette psychédélique et des réminiscences japonaises… sans oublier la multiplication des incontournables pois. Les formes aussi jouent sur la fantaisie avec un modèle «ménage à trois» reliant les personnes entre elles. Dans son œuvre figurent de nombreuses citations de vêtements, figées en sculptures du quotidien.
Retour au Japon
En 1976 elle choisit de rentrer au Japon pour se faire soigner: elle décide de se retirer volontairement dans une sorte d'asile psychiatrique d'où elle peut sortir à sa guise. Cela ne l'empêche pas de continuer à construire son œuvre avec un atelier à proximité. Elle devient une personnalité de notoriété publique au Japon et expose son œuvre dans des galeries et des lieux artistiques.
Ma première rencontre avec elle eut lieu à l'espace Sogetsu de Tokyo (une des principales écoles d'ikebana, l'art floral japonais) dirigée alors par le réalisateur Hiroshi Teshigahara. Elle présentait une sorte de commode recouverte de tissu argenté et augmentée de formes phalliques. Lors du passage de Pierre Restany (critique d'art et spécialiste du Nouveau Réalisme) à Tokyo, celui-ci affirme que Yayoi Kusama est la seule artiste contemporaine japonaise de dimension internationale.
Je l'ai rencontrée à cette époque pour lui présenter un chapeau que j'avais conçu pour elle en hommage à sa «folie». Un grand «pois» jaune (la couleur de la folie) avec de petites cornes en paille et une voilette noire recouverte d'araignées en plastique («des araignées au plafond»). C'était à la galerie Fuji que nous avions rendez-vous et elle m'avait demandé si elle devait me rémunérer pour le galurin…
Accumulation
Ses motifs remplissent la toile avec la prolifération de ses emblématiques pois, sans doute le choix majeur de son œuvre. Elle oblitère la toile avec la répétition des pois jusqu'à la recouvrir entièrement. Les phallus et la nourriture sont d'autres obsessions et des motifs récurrents de son œuvre.
Le motif de la citrouille en est un autre, tant en peinture qu'en sculpture. Elle explique ainsi le choix de la courge: «Ce qui m'intéressait le plus était le généreux manque de prétention de la citrouille. Et aussi son solide équilibre spirituel.» Son énorme citrouille sur l'île de Naoshima est sans doute son œuvre la plus connue. Balayée par une tempête dans la mer, elle a été restaurée et fixée solidement à nouveau au bord de l'eau.
L'œuvre de Kusama s'est construite patiemment et méthodiquement mais a pris un tournant majeur en 2006 quand, par le choix de Marc Jacobs, elle a été contactée par la maison Vuitton. Elle a d'abord commencé par oblitérer de pois un sac maison. S'en suivirent de nombreuses autres collaborations autour de vêtements et de chaussures. En 2022 ce sont carrément des effigies gigantesques de l'artiste qui se sont dressées devant quelques flagships stores de la maison Vuitton.
Lors de plusieurs foires d'art contemporain, la Maison Vuitton a installé des espaces pour exposer des modèles d'exception imaginés par l'artiste, en séries très limitées voire uniques. Yayoi Kusama a aussi créé des «capsules» de collection pour Uniqlo, ou des modèles de téléphones pour la société de téléphonie KDD.
Les musées ne sont pas en reste pour rendre hommage à son œuvre: l'année dernière une magistrale exposition à la Fondation Beyeler à Bâle avait réuni des œuvres de ses débuts et créé des installations gigantesques où le spectateur pouvait se perdre dans une forêt de pois ou se démultiplier dans un jeu de miroirs à l'infini.
La consécration populaire est de taille et dans les écoles aujourd'hui il est probable que le référence numéro un dans les initiations à l'art soit Yayoi Kusama et ses iconiques pois. L'intrépide et énigmatique japonaise aurait-elle détrôné Picasso?





























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