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BUFFALO - Il s’attendait à la question de l’animal, à savoir lequel il serait s’il avait le choix. Il était prêt, il avait même répété sa réponse dans sa chambre d’hôtel avant de rencontrer les dirigeants du Canadien.
La question de l’animal est venue. Ce n’est pas ça qui a retenu son attention.
Non, c’est la question des souliers, laisse tomber Xavier Villeneuve en s’attablant à nos côtés.
Plaît-il?
Devant notre incrédulité, le jeune homme de 18 ans précise.
Quelle sorte de souliers serais-tu si tu n’étais pas un soulier de course? Ils m’ont pris par surprise un peu. J’ai dit des Crocs, parce que tu peux les mettre en mode sport et tu peux courir vite. Je me suis trouvé bien drôle. Tout le monde riait, raconte Villeneuve.
Le CH a aussi proposé un défi à plusieurs espoirs reçus en entrevue. On donnait une rondelle au joueur en lui demandant de l’envoyer au fond d’une poubelle. Pas de restrictions, l’athlète pouvait se placer à la distance qui lui convenait. Dans ce scénario fictif, une seule précision, s’il ratait son tir, le CH ne le repêcherait pas.
Villeneuve s’est placé à l’autre bout de la pièce. Il l’a eu.
Encore une fois cette année, à l’occasion de la semaine d’évaluation des espoirs de la Ligue nationale en vue du repêchage, le Canadien a fait parler de lui. Les recruteurs et le psychologue ont ressorti leurs vieux succès indémodables. Ils ont innové aussi.
Eux aussi ont évolué, renchérit le défenseur de l’Armada de Blainville-Boisbriand, sourire aux lèvres. Enfin, l’ancien défenseur de l’Armada.
On précise, car Villeneuve, après trois saisons complètes dans la LHJMQ, mettra le cap sur l’Université de Boston (BU) la saison prochaine, là où l’une de ses idoles, Lane Hutson, a dominé de la tête et des épaules (pas littéralement, mais vous comprenez) ses pairs pendant deux ans.

Xavier Villeneuve
Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes
S’il prend Hutson en exemple, c’est que les deux sont taillés dans le même moule, ou à peu près.
Je suis quand même plus grand, souligne le Lavallois.
À 1,80 m (5 pi 11 po), il l’est en effet. Il n’est pas beaucoup plus lourd au même âge par contre, soit 74 kg (163 lb).
Défenseur pas trop costaud donc, extrêmement habile avec la rondelle, qui a amassé 143 points en 152 matchs dans le circuit Cecchini. Un véritable danseur à la ligne bleue.
Des virages serrés comme ça, c’est impressionnant, lance un dépisteur.
En raison de son flair et de ses prouesses offensives, la centrale de recrutement de la LNH a placé Villeneuve au 18e rang des patineurs nord-américains. Le jeune homme a tout d’un quart-arrière brillant. Or, il y a tout un volet au hockey où un joueur n’a pas possession de l’objet. Et c’est là que les doutes surgissent.
Faire ses preuves
Villeneuve a entendu les mêmes critiques que tous les autres petits défenseurs passés par là avant lui. Talent indéniable, certes, mais qu’en est-il lorsque vient le temps de défendre. Deux recruteurs consultés la semaine dernière à Buffalo ont mis en doute son engagement dans cet aspect du jeu. C’est ce qui en décourage quelques-uns.
Le principal intéressé ne nie pas qu’il y ait encore du travail.
Je dois être plus constant dans ma zone. Contre les gars plus gros, il faut que tu travailles, il faut que je fasse des heures supplémentaires. Je dois trouver des façons de contrer des gars de 6 pi 4 po qui ont des habiletés. Pas le choix de compétitionner plus fort qu’eux, c’est de la physique, fait-il valoir.
Pour un troisième été d’affilée, Villeneuve s’entraîne en compagnie de Maxim Noreau, ancien joueur professionnel qui a connu une longue carrière en Suisse. Noreau supervise aujourd’hui les hockeyeurs de l’Armada et travaille de concert avec l’agence Quartexx, la firme où œuvre Philippe Lecavalier, agent du petit arrière.
C’est un de mes clients préférés, un de mes premiers de l’élite, laisse tomber Noreau au bout du fil.
Il adore le kid, comme il l’appelle, et ne s’attribue aucun mérite pour son excellence offensive, il était déjà comme ça.
L’idée, maintenant, c’est de lui permettre de développer un style de jeu un peu plus professionnel, précise son mentor.
La meilleure façon d’être toujours en attaque et en possession, c’est de jouer le moins possible dans ta zone. Moi, ça m’a pris trop de temps à le comprendre.
Noreau lui prépare des séries d’exercices à exécuter lorsque l’espace s’amenuise sur la glace. Exemple : le visage collé sur la vitre avec un joueur imposant sur le dos.
Il faut qu’il "roule" sur lui, qu’il tourne ses hanches rapidement pour amorcer sa sortie de zone. Il n’est pas toujours obligé de manger une mise en échec. C’est plus facile à faire dans le junior majeur. Tu patines mieux que les autres, ton sens du hockey est meilleur que les autres. Là, le gars pense comme toi, mais il est plus gros. Tu fais quoi? demande Noreau.
Bonne question. Et que feront les équipes le 26 juin prochain lors du repêchage à Buffalo? Longtemps perçu comme un choix de premier tour, c’est aujourd’hui bien moins probable, a-t-on entendu.
Une vilaine blessure
Malgré une récolte enviable de plus d’un point par match (38 en 37) cette saison, Villeneuve s’est dit insatisfait de son année. Il aurait voulu en montrer davantage, nous a-t-il confié, particulièrement en séries éliminatoires, où son jeu n’a pas été à la hauteur de ses attentes.
Le Québécois a été ralenti par une blessure à une hanche qu’on a tardé à découvrir. Le malaise était là, mais on ne parvenait pas à mettre le doigt sur le bobo, carrément.
Ce n’était pas une grosse déchirure ni rien, mais ça prenait de la physio, je devais renforcer tous les muscles autour pour compenser cette blessure-là. Ça a pris du temps avant qu’on le comprenne, a souligné Villeneuve.
Conséquemment, il affirme avoir joué de 10 à 12 matchs en étant blessé.
Je ne blâmerai pas tout là-dessus, mais ça a fait partie de ma saison plus décevante, c’est sûr. Je suis revenu, c’était quand même bien pour un gars blessé depuis deux mois. J’ai montré de belles choses, mais mes attentes étaient tellement élevées, je voulais revenir où j’étais avant ma blessure et je n’étais pas satisfait. On a échoué comme équipe, on avait vraiment du talent, je l’ai sur le cœur encore, lance Villeneuve.
Le défenseur poursuivra son apprentissage contre des joueurs plus âgés à l’Université de Boston en septembre. On imagine que ça signifie qu’il a réussi à mettre la rondelle dans la poubelle bostonienne lors de son entrevue d’embauche.


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