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WÒCH, c’est d’abord une histoire d’exil, de violence et de rage, mais aussi une histoire d’amour.
L’amour de la créatrice innue Natasha Kanapé Fontaine et celui de l’artiste haïtien Samuel Suffren pour leur peuple, pour leur territoire, dont ils sont éloignés, mais qui leur manquent cruellement.
La pièce a vu le jour à l’initiative des productions Menuentakuan, lesquelles ont proposé aux deux auteurs, qui se connaissaient déjà, de travailler ensemble.
Au point de départ, il y a une lettre que Samuel Suffren a écrite à son amie Natasha un soir de septembre 2024, à Port-au-Prince, après avoir dû quitter son appartement à cause de la violence des gangs armés. Sa vie s’effritait, ses amis partaient, sa communauté disparaissait. Mais je n’arrive pas à vivre loin de cette ville, malgré la peur qui arrache mes tripes, lui écrit-il alors.
De Montréal, Natasha lui répond, et se noue alors une correspondance qui devient peu à peu cette pièce, spectacle de dialogue et cocréation, où ils mettent en parallèle leurs expériences, et d’où ressort le thème de la colonisation et toutes ses conséquences.
Samuel Suffren a finalement dû quitter Haïti. J'ai dû quitter mon appartement, j'ai dû quitter Port-au-Prince, qui est une ville que j'aime d'amour, raconte-t-il en entrevue avec Espaces autochtones, en compagnie de sa coautrice.
Cette violence de l'exil et de la solitude, cette violence des grandes villes est une expérience personnelle, mais je pense que ça résonne avec beaucoup de gens qui sont en exil, explique-t-il.
Je suis un artiste haïtien. C'est Haïti qui me fait exister. Je ne veux pas être étranger à mon pays.
Un exil qu’éprouve également l’écrivaine innue Natasha Kanapé Fontaine, qui vit loin de sa communauté, Pessamit, sur la Côte-Nord. Un éloignement choisi, parce que vivre dans la grande ville offre bien plus de possibilités professionnelles, mais qui lui pèse chaque jour.
Chaque fois que j’y retourne, ma famille me dit : ''Bienvenue chez vous'', remarque l'auteure. Des mots qu’elle a besoin d’entendre pour affirmer ses racines et qu’elle veut offrir maintenant aux spectateurs.
Je sais que les gens chez moi ont soif d'entendre ça. Alors, je leur dis, même en ville : ''Bienvenue chez vous''.
Chez eux, parce qu’on trouve sur scène des Haïtiens et des Autochtones, qu’on voit rarement sur les planches, à moins que ce ne soit dans des rôles secondaires, déplore Natasha Kanapé Fontaine, qui raconte avoir passé en audition des dizaines de comédiens.

L'actrice d'origine haïtienne Penande Estime fait partie de la distribution de «WÒCH, l’éclatement du vertige».
Photo : Kevin Calixte
Il y a peu d'espace pour ces interprètes-là sur scène, observe-t-elle, ajoutant : Habituellement, il va y avoir un rôle pour une personne noire dans une pièce majoritairement blanche. Dans ce cas-ci, ils se sont dit : ''C'est un lieu où je vais me sentir bien, entre Autochtones et Haïtiens''.
Le public aussi sera bienvenu chez lui puisque, d'une certaine façon, il se retrouvera sur scène, croit-elle.
Elle a tenté d’y mettre ce que la petite Natasha aurait voulu voir : Des femmes qui parlent fort, qui rient fort, qui vivent leurs émotions sans se juger elles-mêmes ni être jugées par les autres. Des personnages qu’on ne voit pas assez souvent, note-t-elle, même dans nos pièces autochtones.
Le souhait est semblable pour le petit Samuel, qui aurait aimé, quand il était enfant, trouver des visages comme le sien sur le grand écran, lorsqu'il allait au cinéma.
La prétention, aujourd’hui, c’est de changer le narratif, de vouloir mettre d'autres visages sur la scène, de vouloir se voir, observe l'artiste. Puis de dire au monde que nous sommes là.
Nous existons malgré tout. Haïti existe malgré tout, malgré l'horreur du colonialisme.
Et ce, même si on a voulu faire payer à Haïti l’audace d’avoir désiré être indépendante, l'ancienne puissance coloniale lui ayant imposé une dette colossale qui a plombé la jeune république.
On est là pour dire qu’on existe et qu’on va continuer d'exister; on va continuer de résister, insiste Samuel Suffren.
Quelques passages sont en kreyòl et en innu-aimun, mais la pièce est majoritairement en français. Un choix pleinement assumé, même s’il s’agit de la langue des colonisateurs.
C'est important que les Blancs comprennent ce qu'on dit, pour ne pas effacer l'histoire, pour ne pas effacer la mémoire, souligne Samuel Suffren.
Cependant, le nom de la pièce, Wòch, est en créole.
Wòch veut dire roche. Le peuple, quand il revendique, c'est avec des pierres, des roches, explique le metteur en scène. Néanmoins, la pierre symbolise aussi la construction et les gravures autochtones. C’est un objet de mémoire, un objet de revendication et un objet de résistance, conclut-il.
La rage comme forme de résistance
La rage est bien présente en filigrane. Une rage face à la colonisation, à l’oppression et à leurs conséquences.
La mise en scène est une mise en scène vivante de rage, précise Samuel Suffren.
Je suis de la deuxième génération de survivants des pensionnats et cette rage-là [...] nous habite tous les jours, ajoute Natasha Kanapé Fontaine.
Elle a la même forme que nos corps, tellement elle nous remplit. Des fois, elle sort de nos corps et elle marche elle-même dans nos villages.
Malgré tout, dit-elle, la vie continue. Et, si les gens pleurent, ils rient aussi beaucoup, malgré les atrocités auxquelles ils ont survécu.

Les acteurs Xavier Watso, Staloff Tropfort, Penande Estime et Catherine Boivin dans une scène de «WÒCH».
Photo : Kevin Calixte
Ces personnes-là, elles ne sont même pas dans le déni de vivre, elles sont juste dans la vie. [Et si parfois elles ne parlent pas], elles sont là dans le rire, souligne l'écrivaine.
Même dans le rire, tu peux entendre la rage, parce que le rire transforme tout, transcende tout, puis il va toujours aller guérir une partie qui a mal.
Cette rage est fondamentalement transformatrice, croit-elle.
Qu'est-ce qui transforme l'humanité? se demande-t-elle. Souvent, ça part d'un feu, qui est la rage. Et pourquoi est-ce qu'on est en rage? C'est parce qu'on aime.
La pièce Wòch, l’éclatement du vertige est présentée au Théâtre aux Écuries jusqu'au 21 février 2026.
Texte et mise en scène : Natasha Kanapé Fontaine et Samuel Suffren. Distribution : Xavier Watso, Staloff Tropfort, Penande Estime et Catherine Boivin.


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