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On la surnommait « The Destroyer », la Destructrice. Desiree Scott est désormais la Bâtisseuse pour une nouvelle équipe de la Super Ligue du Nord (SLN), chez elle, à Winnipeg.
Avec son associé Rob Gale, ancien entraîneur du Valour FC de Winnipeg et des Thorns de Portland de la NWSL, Scott a annoncé mardi que l’endroit qui lui tient tant à cœur accueillera la septième équipe de la SLN. Une déclaration d’amour de la meilleure joueuse issue de Winnipeg à sa ville, pour que cette étiquette revienne un jour à une autre athlète qui aura porté les couleurs de l’équipe qu’elle a créée.
Pour y avoir joué, je connais la valeur de cette ligue, et je sais où elle s’en va et ce qu’on veut y construire, soutient Desiree Scott en entrevue avec Radio-Canada. Ça crée de nombreuses possibilités pour le Manitoba. Dès que j’ai fini ma carrière, je me suis demandé comment offrir ces possibilités aux femmes et aux filles de cette province que j’aime tant.
L’identité de l’équipe sera dévoilée plus tard. Et ce ne sera certainement pas les Destructrices de Winnipeg, car Desi est trop humble, souligne Rob Gale. Ils vont donner la voix au public et à la communauté.
L’ancienne internationale canadienne aux 188 sélections souhaitait que Winnipeg fasse partie de la SLN dès la première saison. Il y a deux ans, elle réfléchissait à sa première retraite – après sa dernière campagne à Kansas City, en NWSL – quand elle s’est mise à échanger des messages avec Gale, lui-même nouvellement au boulot à Portland. Le moment était mal choisi.

Desiree Scott a joué 188 matchs avec l'équipe canadienne.
Photo : Khammy Phanthavong
Elle a plutôt abouti à Ottawa, où elle a finalement inscrit son premier but au niveau professionnel de la manière la plus Desiree Scott qui soit : lors d’une phase arrêtée, en luttant avec une adversaire sur la ligne des buts pour pousser un ballon obstiné au fond du filet. Un rare tir avec une valeur de 0,99 but attendu, selon un modèle statistique. Une évidence.
C’était aussi une évidence pour Scott qu’à défaut d’être parmi les six premiers marchés de la SLN, Winnipeg devait accueillir sa première équipe d’expansion.
Je finissais ma saison à Ottawa, et l'on me demandait ce que j’allais faire ensuite, se souvient-elle. Je laissais de petits indices çà et là, je mentionnais que je voulais qu’il y ait une équipe professionnelle dans ma ville. J’étais transparente. Diana [Matheson] le savait, la ligue le savait. Tout le monde avait une idée des prochaines étapes pour moi.
Ça s’est réellement accéléré au début de cette première année de retraite. Je croyais que j’allais passer de petits mardis à siroter des pina coladas. Mais dès que je suis rentrée chez moi, je me suis mise au travail avec Rob Gale.
Je suis une fière Winnipégoise. J’adore ma ville autant que mon sport. J’ai eu une magnifique carrière, j’ai joué pendant de nombreuses années et j’ai rêvé de jouer au niveau professionnel chez moi.
Une autre fière Winnipégoise, la présidente de la SLN Christina Litz, a précisé à Radio-Canada que la ligue tenait à établir un huitième club d’ici 2028.
Nous savons que c’est important pour nos partisans, nos joueuses et notre ligue, indique-t-elle. C’est important pour le bassin de talent de ce pays. Nous savons qu’une équipe professionnelle féminine peut inspirer les joueuses de la prochaine génération. Et comme nous le disons depuis le début, nous voulons que notre ligue soit un catalyseur pour le talent canadien, partout au pays.
À Ottawa, Desiree Scott a pu jouer 24 matchs et 1828 minutes avant de prendre sa vraie retraite. Elle a surtout pu observer les balbutiements d’une nouvelle ligue pour la deuxième fois, comme elle a participé à la première saison de la NWSL.
Elle se souvient de conversations avec Thomas Gilbert, associé de Diana Matheson pour la création de la ligue, puis pour la gestion du CF Rapide. L’image de marque, l’implication communautaire et la billetterie sont quelques-uns des aspects qu’elle cite parmi ses apprentissages.
Stephanie Labbé, directrice sportive du Rise de Vancouver et accessoirement une ancienne coéquipière de Scott avec l’équipe canadienne, lui a également offert une période de jumelage pour voir comment se passe une journée dans un autre club de la SLN.
Heureusement, Rob a de l’expérience pour bâtir des clubs, convient cependant Scott, d’autant plus que son associé est bien placé pour tirer des leçons des dernières années de soccer à Winnipeg.
Le Valour FC faisait partie des clubs fondateurs de la Première Ligue canadienne. Gale en était l’entraîneur dès la saison inaugurale, en 2019, jusqu’à son congédiement en septembre 2021.
En novembre 2025, à quelques jours d’intervalle, le Valour FC a cessé ses activités, puis Gale a quitté son poste d’entraîneur des Thorns. Le Winnipégois d’adoption n’a jamais mâché ses mots, et il ne s’est pas gêné pour dénoncer ce qu’il percevait comme de la mauvaise gestion de la part des dirigeants du Valour FC, l’organisation en propriété collective qui détient les Blue Bombers de Winnipeg.
Dans ses états financiers de 2025, l’entité nommée Winnipeg Football Club a déclaré des frais de 4,2 millions de dollars engagés pour toute la durée de l’aventure Valour FC, avec des pertes de 708 000 $ pour la seule saison 2025.

Rob Gale a notamment été l'entraîneur-chef des Thorns de Portland.
Photo : Reuters / Imagn Images
Desi et moi sommes d’accord depuis le premier jour : nous allons le faire avec les bonnes personnes pour les bonnes raisons, avec le bon stade, le bon projet, le tout fait dans les règles de l’art, affirme Gale. Le sport féminin est parmi les propriétés sportives qui connaissent la plus grande croissance, partout dans le monde. Nous sommes au milieu du pays, c’est un emplacement idéal d'un point de vue géographique et économique.
Et nous sommes une ville de sport, enchaîne-t-il. Je le crois et je l’ai toujours cru. Nous sommes une ville de soccer. Mais il faut entretenir des liens avec la communauté, poursuivre notre croissance, investir, développer des athlètes. C’est ce que cette ligue fait. Avec l’annonce d’APEX de la semaine dernière, les autres propriétaires, les investissements, c’est complètement différent de toute autre ligue canadienne de soccer qui existe ou qui a déjà existé.
Pour l’instant, l’équipe de Winnipeg est la seule dans sa région du Canada. Aucune rivalité naturelle ne se distingue, même si Desiree Scott convient que Toronto est la réponse facile à cette question dans toute circonstance. Calgary se situe à environ 1300 km, et les équipes ontariennes à grosso modo 2000 km. Il faudra voyager un peu.
Les deux cofondateurs croient néanmoins qu’ils n’auront pas de difficulté à attirer des employés et, surtout, des joueuses. Gale a lui-même été conquis par l’endroit au début des années 2000 lors d’une première visite, et il a troqué sa ville de Horley, près de l’aéroport londonien de Gatwick, pour une nouvelle maison à Winnipeg avec sa femme Erin, en 2003.
L’Anglais sait précisément quel argument de vente il présentera à leur équivalent d’une Sabrina D’Angelo ou d’une Mimi Alidou.
Elles seront adorées dans cette ville. C’est une occasion exceptionnelle, car notre marché n’est pas encombré. On ne se perdra pas entre sept ou huit autres équipes. Elles seront des héroïnes dans notre ville.
Et elles le seront bien en ville, puisque Scott affirme que son groupe a trouvé un emplacement central qui donnera à la nouvelle équipe cette ambiance authentique et professionnelle qu’elle recherche.
C’est en attendant de réaliser nos plans à long terme, pour un vrai stade qui sera dédié à notre équipe féminine, ajoute Scott.
La Bâtisseuse n’a pas fini de faire honneur à son nouveau surnom.
(Avec la collaboration de Shireen Ahmed, CBC)


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