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Willylancien, Xania Monet… Ces faux artistes, générés par IA sont des vraies stars de la musique

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Culture 30/08/2026 11:27 Actualisé le 30/08/2026 13:30

À l’ère de l’intelligence artificielle, de nouvelles stars de la musique émergent… alors qu’elles ne sont pas humaines.

EN BREF Les artistes générés par intelligence artificielle, comme Xania Monet et Willylancien, cumulent des millions d’écoutes sur les plateformes musicales.
Deezer et Spotify mettent en place des dispositifs pour distinguer les vrais artistes des faux.
L’industrie musicale s’adapte, négociant avec les outils IA pour protéger droits d’auteur et revenus.

Alors que de nombreux artistes appellent au boycott de l’IA, d’autres l’utilisent pour créer leurs propres morceaux. Une voix parfaite, un physique fabriqué de toutes pièces : le phénomène des faux artistes s’étend de plus en plus comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article.

Elle, c’est Xania Monet… Et elle, Sienna Rose, une star internationale, aussi générée par intelligence artificielle. La presse la présente comme la rivale de la chanteuse britannique Olivia Dean, en raison de sa signature vocale.

Pour convaincre ses auditeurs qu’elle est une vraie artiste, son créateur lui a même fait ses propres réseaux sociaux. Sur les plateformes de streaming, elle cumule, des millions d’écoutes, une dizaine d’albums en un an… la chanteuse a un vrai public. Mais après un long suspense, Deezer a finalement confirmé que Sienna Rose, n’existait pas réellement.

Cette question de l’identité des artistes générés par IA, c’est justement le combat de Taylor Swift. Alors pour se protéger d’éventuelles usurpations, le 24 avril 2026, la star américaine a choisi de déposer sa voix comme une marque à l’United States Patent and Trademark Office, l’administration fédérale américaine destinée à délivrer les brevets d’invention et d’enregistrer les marques déposées.

Willylancien, « Pilé » version gospel… des hits générés par IA

En France, au rayon artiste généré par IA, on a Willylancien, qui lui n’a pas d’avatar, mais se présente avec un visage masqué. 1,7 million d’auditeurs mensuels rien que sur Spotify, plus de 200 000 abonnés sur TikTok et des millions de streams sur son catalogue, Willylancien a un véritable public grâce notamment grâce au mystère qui entoure son nom. Le 20 avril dernier, son single « Magique » a même été diffusé sur les antennes de Skyrock, au Maroc et en Algérie. Cet artiste n’est pas un cas isolé. Au moins 90 000 titres générés par IA sont téléchargés chaque jour sur Deezer selon les chiffres rapportés par la plateforme en juillet 2026. Ce qui représente 50 % des morceaux mis en ligne.

Certaines musiques sont entièrement créées grâce à l’intelligence artificielle tandis que d’autres reprennent des tubes existants. Un exemple récent : le tube « Pilé », de Mauvais Djo, sorti en août 2025, cumule plus de 115 millions de streams rien que sur Spotify. La version gospel générée par IA, publiée sous le nom de Kano Choir le 16 mai 2026 a déjà été écoutée plus de 60 millions de fois sur Spotify. Si ce morceau est devenu un hit planétaire cet été, c’est aussi parce que de nombreux auditeurs pensaient écouter un vrai groupe de gospel.

L’IA, un danger pour les artistes ?

Pour le moment, les titres IA sont autorisés sur les plateformes musicales. Dans leurs prises de parole, les responsables défendent même ces outils, qu’ils présentent comme de « nouveaux moyens de création artistiques ». Car derrière ces machines se cache forcément, à un moment ou à un autre, un être humain. Pour rassurer les artistes qui s’inquiètent d’un potentiel danger, les plateformes musicales ont mis en place des dispositifs pour davantage de transparence. Sur Spotify par exemple, le profil de chaque artiste affiche un badge « vérifié », faisant la distinction entre les vrais et faux artistes. Une fonctionnalité un peu différente chez Deezer qui affiche ce message : « Cet album contient des morceaux qui peuvent avoir été créés par intelligences artificielles »

L’application utilise de plus une technologie capable de détecter les morceaux entièrement générés artificiellement. C’est ce qu’explique au HuffPost Aurélien Hérault, directeur de l’innovation chez Deezer : « La spécificité des modèles générés par IA laisse des traces dans le signal audio, et nous sommes capables de les détecter. C’est ce qu’on appelle les “artefacts”, ce qui nous permet de garantir qu’il s’agit d’une musique 100 % générée par IA. »

Pour un auditeur, faire la différence est beaucoup plus compliqué. Aurélien Hérault nous a d’ailleurs précisé qu’il est presque impossible de distinguer une voix artificielle d’un véritable chanteur. Il assure que des mesures ont donc été prises par la plateforme pour éviter de favoriser ce type de contenu dans les suggestions musicales. « On a pris la décision très rapidement d’exclure des recommandations algorithmique et éditoriale parce qu’on est submergé de contenu par IA et pour conserver une qualité d’écoute et une expérience utilisateur, j’ai envie de dire optimale. »

L’enjeu financier derrière les artistes IA

Si le phénomène est si répandu c’est parce qu’il se joue aussi, une bataille économique. Les plateformes expliquent que la majorité des morceaux générés par IA sont publiés dans un objectif de fraude au streaming, pour récupérer des revenus. Et c’est justement ce qui inquiète une partie de l’industrie musicale. Car pendant que certains artistes passent des années à essayer de décrocher un contrat en maison de disques, leurs doubles numériques peuvent désormais produire des morceaux en quelques secondes et parfois rencontrer un véritable succès.

Les maisons de disques comme Warner, Universal ou encore Sony Music, doivent elles aussi s’adapter à cette nouveauté pour protéger leur catalogue et les droits d’auteur. Elles négocient donc des accords avec les outils de génération musicale par IA, comme SUNO, l’application la plus connue. Le but étant de laisser aux artistes le choix d’accepter ou non que leur voix soit utilisée, en échange de rémunération. Reste à voir si à l’avenir le phénomène va continuer de prendre de l’ampleur, au point de remplir des salles de concert. En France, Willylancien semble être le premier à vouloir franchir ce cap. C’est en tout cas ce qu’il a annoncé sur ses réseaux sociaux, et en chanson.

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