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«Wicker» : oser l’homme d’osier

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Au Moyen Âge, dans un village isolé, le patriarcat est si puissant que les jeunes mariées se font mettre au cou un collier à verrou par leurs époux. Si la gent féminine du cru, menée par la femme du tailleur, s’en accommode, il est une dissidente qui refuse de se plier aux diktats locaux : la pêcheuse, que tous ostracisent en prétextant qu’elle sent le poisson. Esseulée mais décidée à aimer comme elle l’entend, la pêcheuse commande au maître vannier un « mari d’osier ». Aussi pur qu’anticonformiste, l’amour de l’improbable couple sème l’émoi parmi la bigote populace. En exclusivité, Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson parlent de leur film Wicker (Wicker. L’homme d’osier), qui met en vedette Olivia Colman et Alexander Skarsgård.

Le film est librement adapté d’une nouvelle d’Ursula Wills-Jones qui eut l’heur d’enchanter les cinéastes partenaires en création (Save Yourselves !) et à la ville.

« Nous avons trouvé dans la nouvelle une riche matière, ainsi que plusieurs éléments qui nous donnaient envie d’aller plus loin », se souvient Eleanor Wilson.

« Ce spectacle visuel, ou enfin le potentiel visuel qu’offrait ce mari fait d’osier, même si nous ne l’imaginions au départ que de façon assez floue dans nos têtes, a suscité chez nous un grand enthousiasme. Nous avons tout de suite été d’avis que ça méritait amplement de se retrouver au grand écran », renchérit Alex Huston Fischer.

Un univers qui bascule

La nouvelle contenait en outre une myriade de détails « magnifiquement évocateurs », pour reprendre la formule d’Eleonor Wilson.

De préciser cette dernière : « Il y a un moment superbe où, lors d’un des mariages au village, la femme de l’aubergiste s’approche du mari d’osier avec l’intention de l’inviter à danser. C’est alors qu’il dit à la pêcheuse : “Tu es ma raison de vivre et de respirer”, et ces quelques mots font complètement basculer l’univers de la femme de l’aubergiste. Il ne s’agit que d’une poignée de phrases dans la nouvelle, mais ce sont précisément de tels éléments qui nous ont accrochés et sur lesquels nous nous sommes appuyés pour le film. »

Comme dans la nouvelle, les personnages n’ont pas de nom, et sont plutôt désignés selon leur métier, pour les hommes, et leur statut « d’épouse de » ou de « fille de », pour les femmes. La pêcheuse est l’exception, et même une fois unie à son « mari d’osier », que tous appellent ainsi, elle conserve son identité.

« Dans la nouvelle, les villageois agissent un peu comme une entité, une foule homogène opposée à la pêcheuse et à son mari d’osier. Dans la nouvelle également, certains personnages se résument à une simple réplique. À partir de ces fragments, nous avons extrapolé de manière à créer une galerie de personnages tridimensionnels », explique Alex Huston Fischer.

Ce faisant, le duo souhaitait complexifier le conflit principal en le subdivisant.

« L’idée était de disséquer un par un les personnages afin de comprendre ce qui, dans leurs propres relations matrimoniales, les hérissait et les tourmentait par rapport au bonheur décomplexé de la pêcheuse et du mari d’osier », résume Eleonor Wilson.

On visite donc tout un chacun, surtout les autres femmes, dans leur quotidien où des irritants tus sont dévoilés. Dévoilés, et désormais exacerbés par l’enrageante harmonie qui règne entre la pêcheuse, qui continue de pêcher et de vendre ses prises, et son mari d’osier, qui reste à la maison pour mieux rénover celle-ci.

L’esprit du projet

Entre comédie, drame et fantaisie, le film maintient un équilibre surprenant. Si l’on en croit Eleonor Wilson, la distribution y est pour beaucoup.

« Pour ce qui est du ton, tout repose sur le choix des interprètes. Et tous ont saisi l’esprit du projet. Nous n’avons pas eu à faire grand-chose en matière de direction d’acteurs : Olivia a compris la pêcheuse jusque dans ses os, et Alexander est arrivé tout aussi prêt. En amont, nous lui avions fait lire quelques poèmes… »

Et de fait, lorsque le mari d’osier s’exprime, les phrases les plus prosaïques sonnent comme de doux poèmes.

« Cette compréhension des personnages et du ton était là dans le reste de la distribution, poursuit Eleonor Wilson. Par exemple, nous avons eu une longue conversation avec Elizabeth Debicki quant au vécu de son personnage, la femme du tailleur : d’où elle vient, quelles sont ses aspirations frustrées… »

Par l’entremise de ce personnage, qui fait figure d’antagoniste face à la protagoniste qu’est la pêcheuse, le film explore la question de la misogynie intériorisée. Ou quand des femmes, dans le déni de l’oppression masculine sous laquelle elles ploient, s’en prennent à d’autres femmes dont elles jalousent, plus ou moins consciemment, l’émancipation.

Une alchimie

On l’aura compris, derrière le traitement comique et coloré de cette fable, des thèmes graves se profilent.

« Qu’il s’agisse de comédie ou de drame, nous voulons toujours que tout émane d’une réalité profonde, note à cet égard Eleonor Wilson. Nous trouvons que les choses sont plus drôles lorsqu’elles sont jouées en fonction de la réalité d’une situation. Si on cherche à tout prix à placer une blague, à faire rire, ce n’est pas drôle, et pour nous, ça n’a pas sa place dans le film. Que ce soit des séquences très loufoques ou quasi burlesques entrecoupées de passages dramatiques, rien ne fonctionnerait si nous n’avions pas au préalable établi la sincérité du propos. »

Là encore, l’engagement sans borne de la distribution s’avéra crucial. De conclure Alex Huston Fischer : « Comme nous, les interprètes se sont investis à fond dans le drame, le mélodrame, la romance, l’humour et la fantaisie. Il y a eu une vraie alchimie. »

Pour un film reposant en bonne partie sur un personnage en osier, voilà qui est approprié.

Le film Wicker prendra l’affiche le 23 octobre.

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