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Les États-Unis finiront par reconnaître l’importance de protéger leurs liens économiques étroits avec le Canada, est convaincu Jean Charest. Même s’il admet que cela pourrait encore prendre du temps.
Alors que Donald Trump persiste dans sa guerre commerciale tous azimuts et que se rapproche la date limite prévue pour le réexamen de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), du 1er juillet, l’ancien premier ministre québécois a cherché à se faire rassurant, jeudi soir, à l’occasion d’une causerie organisée à Montréal par le Conseil du patronat du Québec (CPQ) à l’intention de ses membres.
Les gens d’affaires américains, et même la Maison-Blanche, a-t-il dit, « comprennent très bien que nos économies sont étroitement intégrées [et que] de détricoter tout cela aurait des conséquences dramatiques. […] Ils le comprennent, mais ils ne vont pas le dire à voix haute. On commence des négociations. »
Associé à la firme d’avocats Therrien Couture Jolicœur et membre, entre autres, du Conseil du premier ministre sur les relations canado-américaines mis en place, l’an dernier, par Justin Trudeau, en plus d’autres forums d’affaires, l’ancien chef conservateur à Ottawa et libéral à Québec en veut notamment pour preuve le choix de l’administration Trump d’exempter le Canada et le Mexique de ses soi-disant « tarifs réciproques », il y a un an. Elle a décidé de les épargner de nouveau, le mois dernier, alors qu’une décision de la Cour suprême américaine l’a forcé à recourir à un autre moyen pour maintenir ses tarifs.
Dans ce contexte, a dit Jean Charest, « notre mission fondamentale est de protéger notre accès privilégié au marché américain aux meilleures conditions possible ».
Cela voudra sans doute dire être prêt à faire face à des demandes américaines à propos du système de gestion de l’offre dans le lait, la volaille et les œufs au Canada, en matière de contenu américain minimum dans l’industrie de l’auto ou encore des règles s’appliquant aux géants américains du Web.
Mais quand Donald Trump dit qu’il veut que les voitures soient entièrement construites aux États-Unis, tout le monde sait bien « qu’il parle d’une économie, d’un monde qui n’existent plus ».
Les Canadiens devront se souvenir aussi des nombreux atouts dont ils disposent, entre autres, dans les secteurs de l’énergie, des minéraux critiques, de l’aluminium, de l’industrie agroalimentaire, de l’aérospatial, de la finance et de l’intelligence artificielle.
Pas d’entente avant 2027 ?
« Préparez-vous à beaucoup de bruit [et] beaucoup d’effets de toge, a averti Jean Charest en parlant du camp américain. Il faudra rester zen et concentré sur nos intérêts fondamentaux. »
Il faudra peut-être, aussi, être patient, car le moment de la conclusion d’une éventuelle entente « pourrait bien aller au-delà de 2026 ».
En attendant, « continuez de parler aux gens avec qui vous faites affaire aux États-Unis », a-t-il dit à son auditoire. Ne vous laissez pas tromper par leur apparente résignation. C’est la peur de s’attirer le courroux de leur président qui les rend si discrets. « C’est frustrant parce qu’on a le sentiment que les gens ne nous écoutent pas et que ça ne donne rien. Mais ce n’est pas vrai. […] À un moment donné, l’embâcle va se briser. »
Une défaite du camp républicain aux élections de mi-mandat au Congrès américain pourrait aider à libérer des langues. En même temps, qui sait comment Donald Trump réagira en pareille situation, a admis Jean Charest.
En parallèle, le Canada devrait poursuivre ses efforts de diversification de commerce et les entreprises québécoises tâcher de tirer profit des nombreux accords de libre-échange conclus au fil des années, notamment avec les immenses marchés européens et de l’Asie-Pacifique. Dans 20 ans, on remerciera peut-être Donald Trump d’avoir aidé le Canada à gagner un peu plus d’autonomie économique, a-t-il affirmé comme il l’avait fait à la fin de l’été dernier.


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