Oubliez ChatGPT et les algorithmes qui imitent la pensée humaine. Une entreprise de neurotechnologie, Eon Systems, vient de franchir une étape qui semblait relever de la science-fiction : ils n’ont pas créé une intelligence artificielle, ils ont « téléchargé » une conscience biologique. En cartographiant chaque neurone d’une mouche des fruits et en le plaçant dans un environnement virtuel, ils ont créé le premier être vivant numérique capable de ressentir et d’agir par lui-même. Voici comment cette « mouche-fantôme » est en train de redéfinir ce que signifie être vivant.
Le « Câblage » d’une conscience : 125 000 neurones copiés
Jusqu’à présent, l’IA cherchait à imiter nos facultés mentales par des calculs statistiques. L’approche d’Eon Systems est radicalement différente. Au lieu d’essayer de coder l’intelligence, ils ont simplement copié la nature. En s’appuyant sur le projet FlyWire de l’université de Princeton, les chercheurs ont utilisé la microscopie électronique pour numériser le cerveau entier d’une drosophile (mouche des fruits).
Le résultat est une carte d’une précision chirurgicale : 125 000 neurones et 50 millions de connexions synaptiques reproduits bit par bit. Mais un cerveau sans corps est un cerveau mort. C’est là qu’intervient le projet NeuroMechFly v2, développé à l’EPFL en Suisse : un corps de mouche virtuel, physiquement simulé, dans lequel ce cerveau numérique a été injecté.
Une mouche qui « boit » et « se nettoie » dans la matrice
Dans la vidéo de démonstration partagée par Alex Weissner-Gross, cofondateur d’Eon Systems, le spectacle est fascinant. Ce n’est pas une animation préprogrammée. On y voit l’insecte virtuel étirer ses pattes, se frotter les membres de manière instinctive et utiliser son organe buccal (le labelle) pour boire dans un bol virtuel.
L’expérience prouve que le modèle informatique prédit le comportement de la mouche réelle avec une précision de 95%. Lorsque les neurones gustatifs virtuels détectent du sucre ou de l’eau, l’information remonte à travers le « connectome » (le réseau de neurones) et déclenche l’action de manger. La boucle est bouclée : de la perception à l’action, sans qu’aucune ligne de code ne lui ait appris à le faire.
Du petit insecte à l’émulation humaine
Si la prouesse est impressionnante, elle n’est qu’un début. L’entreprise vise déjà l’étape suivante : le cerveau d’une souris. Le défi est colossal, car une souris possède 500 fois plus de neurones qu’une mouche. Mais pour Weissner-Gross, ce n’est qu’une question de puissance de calcul, plus qu’un problème de nature biologique.
L’objectif ultime ? L’émulation à l’échelle humaine. L’idée de voir un jour un esprit humain virtuel faire ses premiers pas dans un « bac à sable » numérique est aussi excitante qu’effrayante. Comme le résume le cofondateur d’Eon Systems : « Le fantôme n’est plus dans la machine. La machine est en train de devenir le fantôme. »
Sommes-nous nous-mêmes dans une simulation ?
Cette expérience relance inévitablement le paradoxe qui torture les physiciens depuis des décennies : si nous sommes capables de simuler parfaitement une conscience simple dans un environnement virtuel, qui nous garantit que nous ne sommes pas nous-mêmes des versions plus sophistiquées de cette mouche, évoluant dans une simulation créée par une intelligence supérieure ?
Pour l’instant, la drosophile d’Eon Systems se contente de frotter ses pattes dans son monde de pixels, mais elle vient d’ouvrir une porte que l’humanité ne pourra sans doute jamais refermer.


3 month_ago
72



























.jpg)






French (CA)