«Castor & Pollux»: pourquoi une cigarette sur scène?
Dr Nigel Howarth, ancien président de la European Society of Thoracic Imaging, Carouge; Pr Marie-Pierre Revel, Université Paris Cité
Quelle surprise de voir Castor et Télaïre partager une cigarette sur scène, lors de la représentation du Grand Théâtre au BFM, samedi soir. Musique superbe, ballet magnifique, chanteurs fabuleux: mais quel choc de voir les acteurs fumer sur scène…
Des scènes de tabagie inutile contribuent à la banalisation de la cigarette, qui est en cause dans 85% des cancers du poumon, notre première cause de décès par cancer. Comment le public peut-il avoir perception du risque, lorsque fumer est présenté comme un acte normal et anodin, voire artistique? C’est se rendre complice de l’industrie du tabac, qui doit être ravie de ce marketing indirect.
Lire aussi: «Castor & Pollux» au Grand Théâtre de Genève: Rameau face à ses tourments cosmiquesPour rappel, selon l’OFSP, quelque 9200 décès ont été attribués à la consommation de tabac en Suisse, en 2022. Si leur nombre tend à diminuer chez les hommes, il est en augmentation constante chez les femmes en Europe, en lien avec l’augmentation de leur consommation tabagique. Dans ce contexte, ce choix scénographique est plus que discutable, et choque profondément les médecins que nous sommes, engagés dans la lutte contre le cancer du poumon.
Peut-être serait-il temps de renoncer à un grand mécène actif dans l’industrie du tabac?
Une affiche électorale de l'UDC avec comme slogan «Non à une Suisse à 10 millions d'habitants», sur laquelle le peuple votera le 14 juin. Prilly, 2023. — © LAURENT GILLIERON / KEYSTONE
Votations fédérales en 2026: mais pourquoi le 8 mars et le 14 juin?
Daniela Bovel, Orbe (VD), pour le Collectif de la grève féministe suisse
En 2026, deux dates retenues pour les votations fédérales en Suisse interpellent particulièrement: le 8 mars et le 14 juin. Ces deux journées ne sont pas anodines. Elles sont au contraire profondément symboliques pour les droits des femmes en Suisse et dans le monde.
Le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, est consacré depuis plus d’un siècle à la lutte pour l’égalité et à la dénonciation des discriminations persistantes entre femmes et hommes. Le 14 juin, quant à lui, est devenu en Suisse une date majeure des mobilisations féministes. Depuis 2019, cette journée est marquée par la grève féministe, qui revendique notamment l’égalité salariale, la reconnaissance du travail domestique et la fin des violences envers les femmes. Elle commémore également l’acceptation, le 14 juin 1981, de l’article constitutionnel sur l’égalité entre femmes et hommes.
Dans ce contexte, le choix de ces deux dates pour organiser des votations fédérales soulève une question légitime: pourquoi avoir retenu précisément ces journées hautement symboliques pour les luttes féministes? La Suisse peut-elle réellement considérer que l’égalité est aujourd’hui pleinement réalisée? Avons-nous une politique de quotas permettant une représentation équilibrée des femmes dans les postes de pouvoir (comme, par exemple, en Norvège)? La Suisse s’est-elle dotée d’une législation fondée sur le principe «Seul un Oui est un Oui» (comme déjà 14 pays) destinée à protéger l’autodétermination sexuelle et à dépasser la logique minimale du «Non, c’est Non»?
Le jour où l’égalité sera pleinement réalisée, ces journées n’auront peut-être plus besoin d’être des journées de revendication. Mais tant que ces luttes demeurent nécessaires, il serait légitime de préserver la portée symbolique de ces dates, plutôt que de les voir concurrencées par d’autres événements politiques majeurs.
Vue de Crans-Montana, 1962. — © © Charles Dubost, Médiathèque Valais - Martigny
Crans-Montana avant 1945
François Martin, Chamby (VD)
Dansl’excellent article sur Crans-Montana paru samedi 14 mars, il est écrit: «Durant l’entre-deux-guerres, les remonte-pentes se développent.»
Ce développement devait être modeste, si j’en crois un souvenir d’enfant.
Début 1944, après un séjour hivernal à Arosa, ma mère m’a accompagné à Montana pour un séjour de santé. Et je me rappelle le dialogue suivant:
– Crans et Montana, c’est bien l’été. Mais qu’est-ce qu’on peut y faire l’hiver?
– Vous savez, il y a un ski lift!
– Oui, un vieux truc qui est toujours en panne!
– Non, ils en ont fait un autre!
Ces deux ski lifts desservaient le Mont Lachaux. L’un montait en zigzag, comme une route – d’où probablement ses problèmes techniques.
L’autre attaquait la pente de face, et je pense qu’il fallait sacrément s’accrocher à son arbalète!
Contre les va-t-en-guerre suisses, pour une Suisse pays d’accueil
Eric Morisod, Monthey (VS)
La lecture de l’interview du colonel d’état-major Stefan Holenstein (LT du 25.02.2026) m’a particulièrement irrité. Alors que les finances fédérales sont toujours plus sollicitées pour le financement de l’AVS, de l’AI, des caisses maladie, de soutiens humanitaires, etc. et qu’elles y répondent modestement, puisqu’il faut des réserves solides et une BNS indéboulonnable, l’Association des sociétés militaires suisses (ASM) «tire la sonnette d’alarme» et voudrait 60 milliards pour doter la Suisse d’un armement moderne adapté aux menaces actuelles.
Après le flop monumental des F-35, continuer de ponctionner l’argent de la société civile (déjà pénalisée par l’inflation) est illusoire. Quant à dire que le F-35 «reste le meilleur système disponible sur le marché», on peut en douter quand on imagine les ingénieurs américains les aménager à leur guise et, tant qu’à faire, les téléguider, voire les prendre carrément en mains depuis les laboratoires U.S.
Le discours du colonel Holenstein (et des 200 000 membres de son association) me fait penser aux sous-officiers et officiers instructeurs de métier de nos écoles de recrues qui voyaient des menaces partout (ennemis rouges à l’Est!) et se profilaient comme des «va-t-en-guerre» enthousiastes. Si les pays européens engagent 2%, voire 5% de leur PIB pour leurs armées, la Suisse doit-elle fatalement les imiter? Ne doit-elle pas plutôt rester un pays d’accueil et accueillir encore plus d’institutions internationales, humanitaires, sportives, culturelles et scientifiques qui feraient d’elle une cité inviolable?
Des prêtres ukrainiens bénissent des paniers de Pâques avec les œufs et le gâteau traditionnels. Musée d’ethnologie de Pyrohovo, près de Kiev, 12 avril 2026. — © SERGEY DOLZHENKO / keystone-sda.ch
La dimension spirituelle de la guerre et de la paix en Ukraine
Pierre Aubert, ancien aumônier d’hôpital, pasteur à la retraite, Genève
La population et les médias occidentaux ne sous-estiment-ils pas les dimensions idéologique, spirituelle, voir ecclésiale de la résistance ukrainienne à l’envahisseur russe?
Il est significatif que Vladimir Medinski, le conseiller de Vladimir Poutine dans les pourparlers de paix à Genève, ait remis sur la table de négociation des sujets politiques sensibles comme la langue russe et l’Eglise orthodoxe russe. «Un choix qui a agacé de nombreux participants» (LT, 19.02.2026). Les pilotes américains des négociations, Steve Witkoff et le gendre de Donald Trump, perçoivent-ils les enjeux politique et idéologique de ce conflit et ceux-ci peuvent-ils contribuer à une paix juste et durable dans la région?
Du côté russe, le patriarche Cyrille de Moscou, ancien membre du KGB et proche du président Poutine, a béni l’invasion russe en présentant cette guerre comme une guerre sainte, défensive, alors que c’est clairement une guerre offensive, que l’Eglise orthodoxe ne peut bénir selon ses convictions propres. Cette Eglise orthodoxe russe porte aussi une responsabilité lourde dans ce conflit: 300 prêtres orthodoxes russes avaient d’ailleurs quitté cette Eglise en 2023 selon Antoine Arjakovsky, historien français d’origine russe et ukrainienne (interviewé sur LCI en août 2023).
Lire aussi: A Genève, la brusque rupture des négociations entre l’Ukraine et la Russie prend tout le monde de courtDu côté ukrainien, il y a deux Eglises orthodoxes: l’Eglise orthodoxe autocéphale (indépendante de Moscou), 25 millions de fidèles et l’Eglise orthodoxe russe qui en regroupe 5 millions et est un fruit de la colonisation russe (XVIIe siècle). Ces deux Eglises ne sont pas en communion; le schisme historique à l’intérieur de l’Eglise orthodoxe est d’ailleurs une des causes du conflit, toujours d’après A. Arjakovky de confession orthodoxe. Il existe aussi une Eglise gréco-catholique rattachée à Rome et qui peut servir de pont entre ces deux Eglises, ainsi que des Eglises protestantes minoritaires.
A l’exemple de ce qui s’est passé en Afrique du sud à la fin de l’apartheid, Antoine Arjakovsky a mis sur pied avec d’autres des commissions «vérité, justice et réconciliation» pour œuvrer à un processus de dialogue œcuménique entre ces Eglises en vue de la paix dans cette région.
La lutte des Ukrainiens pour la démocratie se joue non seulement sur le terrain militaire, mais aussi sur le terrain spirituel et intellectuel. Comme Suisses et Européens, soutenons-nous ce combat pour la démocratie, au nom d’un humanisme ou de nos convictions chrétiennes, et pour le respect du droit international? Le droit, par exemple, de choisir librement le gouvernement de son pays. L’Ukraine est une sorte de laboratoire de la démocratie. En avons-nous conscience?
L’impérialisme russe révisionniste revoit et déforme l’histoire récente et ancienne de la région. Poutine mène une guerre (cyberattaques, drones, etc.) contre l’Europe, ses valeurs, sa démocratie, les droits de l’homme. L’avons-nous compris?
Pour citer Antoine Arjakovsky, deux visions s’affrontent: la théologie politique impérialiste de la Russie et le désir ukrainien d’un Etat démocratique.


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