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"Vous imaginez votre enfant jouer là ?" Ces terrains grillés par les canicules qui menacent la rentrée des clubs

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À quelques jours de la rentrée des clubs de sport amateurs et en plein début de la Coupe de France, de nombreux terrains à travers l'Hexagone sont en piteux état.

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À Laval, le terrain en gazon naturel du club amateur de l'US LAVAL est complètement grillé à cause des fortes chaleurs de l'été.

À Laval, le terrain en gazon naturel du club amateur de l’US LAVAL est complètement grillé à cause des fortes chaleurs de l’été. (©Transmis par l’US LAVAL)

Par Luna Perez Publié le 24 août 2026 à 20h18

Le match devait se jouer dimanche 23 août sur la pelouse du mythique Parc des Princes, mais c’est finalement au Roazhon Park, à Rennes, que le Paris-Saint-Germain et le Stade Rennais se sont rencontrés pour cette première journée de Ligue 1 (2-2). En cause : la pelouse du stade parisien est impraticable à cause de la sécheresse
Une situation qui ne touche pas que les clubs professionnels. Quelques jours avant la reprise de la saison de football à Rives-du-Couesnon, en Ille-et-Vilaine, la mairie, interrogée par notre rédaction locale La Chronique Républicaine était unanime : « Sans pluie, le début de saison s’annonce compliqué. » Sur des pelouses complètement grillées et impraticables, difficile de s’imaginer comment les joueurs peuvent marquer leurs meilleurs buts. 
Après un été où les canicules se sont enchainées, les sols sont très secs, et pas seulement en Ille-et-Vilaine. Dans le vignoble nantais, c’est le même problème, seul 1 terrain sur 5 est praticable, rapporte notre rédaction L’Hebdo de Sèvres & Maine. Dans le district de football des Deux-Sèvres, le coup d’envoi des championnats départementaux a même dû être décalé au 20 septembre.

« Vous imaginez votre enfant jouer sur un terrain tout sec ? »

Une situation qui inquiète Laurent Mignonneau, membre de l’association française des professionnels des gazons (SFG). Pour lui, pas certain que les parents réinscrivent directement leurs enfants au club local en cette rentrée, « vu l’état des terrains » : “Vous imaginez votre enfant qui va jouer au rugby sur un terrain qui est tout sec, où il n’y a plus d’herbe ? »

À cause de « la forte détérioration au niveau de la couverture végétale », les joueurs risquent « des blessures, des brûlures au niveau de la peau ». Les jeunes qui évoluent en club amateur « ne vont pas pouvoir jouer dans certaines positions […] ils ne vont pas aller tacler ou s’accrocher au niveau du sol », déplore ce membre du bureau de la SFG.

Au rugby, une situation encore plus dangereuse

Des terrains secs et endommagés provoquent un risque de blessures pour les joueurs. C'est notamment le cas en rugby, selon le docteur Denys Barrault, médecin du sport.

« Plus le terrain est dur, plus la chute est difficile », expliquait-il alors, avec des risques de fracture accrus, surtout au rugby, où les joueurs vont se faire « davantage mal ».

"Il faut éviter les plongeons et tenter d'adapter son jeu, car tous les coups vont être difficiles", insistait l'ancien président de la Société française de médecine de l'exercice et du sport.

Que ce soit pour le ballon rond ou l’ovalie, les fractures, de la colonne vertébrale, mais aussi des bras lors de chutes, ou même « de traumatismes crâniens » sont accentués.

« Anticiper », pour éviter les reports de matchs

Alors faut-il reporter la saison pour éviter des blessures sur les terrains, en attendant l’arrivée de la pluie ? La Fédération française de football (FFF) « est pleinement mobilisée sur le sujet », a-t-elle assuré auprès d’actu.fr. D’après elle, « 93 % des clubs ont déjà été confrontés à des reports de matchs en raison d’événements climatiques », et « près de 80 % des matchs de la Coupe de France se jouent en août et septembre au pic de chaleur extrême et de sécheresse des sols ». 

Alors pour cette rentrée 2026-2027, la FFF tente coûte que coûte « d’anticiper la préparation des rencontres pour éviter d’être confrontée à des reports de matchs ». Pour la Coupe de France dont le premier tour a été maintenu le week-end dernier, la FFF en a assoupli les conditions « sur les premiers tours de compétition ». Les clubs peuvent ainsi inverser les terrains ou passer sur terrain synthétique, y compris « au dernier moment », compte tenu de la situation. 

Concernant le championnat national U19, qui a débuté dimanche 23 août, « une très grosse majorité des rencontres se jouent sur terrain synthétique », précise la FFF. Contactée, la Fédération française de rugby n’a pas encore répondu à nos sollicitations. 

Réengazonner coûte trop cher

Quid des clubs qui voudraient reconstruire leurs terrains en gazon naturel ? Et bien « le coup financier » de cette reconstruction n’est pas négligeable, nous explique Laurent Mignonneau, pour qui « les municipalités n’ont pas le budget ». Si l’état de tous les terrains de France n’a pas été répertorié par son association, il estime que « 50 % des terrains sont à reconstruire ». 

La situation est d’autant plus compliquée qu’avec la sécheresse et les fortes chaleurs, les restrictions d’eau touchent de nombreuses communes. « S’il n’y a pas d’eau, la semence ne va pas germer », insiste le membre de l’association. Pour réengazonner un terrain, “il faut faire tout un travail du sol, apporter du substrat, apporter de l’engrais”, et bien sûr un minimum d’eau.

Et même en faisant tout ça, comptez au minimum un mois avant que votre gazon ne se porte mieux. « Il faudrait avoir une obligation que tous ces clubs-là aient un arrosage automatique pour apporter une quantité d’eau juste suffisante”, selon Laurent Mignonneau. Au retour de la pluie, la plante pourra ensuite se multiplier naturellement.

Il faut connaitre les besoins du sol et les besoins de la plante. Une plante, c’est quelque chose de vivant, elle a besoin d’eau pour pouvoir survivre. Il ne faut pas arroser copieusement, il faut juste arroser suffisamment pour pouvoir faire en sorte que la couverture végétale reste vivante. Hors période de canicule, le végétal va se régénérer naturellement.

Reste que refaire un terrain nécessite des compétences particulières. Les communes doivent faire appel à des entreprises spécialisées, ou bien s’assurer « que les techniciens des ateliers municipaux soient formés », ajoute l’association française des professionnels des gazons. 

Le terrain en synthétique, une fausse bonne idée ? 

Face à ce constat, certains clubs font le choix de se replier sur leur terrain synthétique. Pour le 1ᵉʳ tour de la Coupe de France, la ligue de football des Pays de la Loire a ainsi indiqué dans un communiqué avoir proposé que les deux premiers tours soient maintenus, mais en privilégiant de jouer sur des terrains synthétiques, y compris dans « les communes avoisinantes ». Une stratégie que semble adopter la FFF, qui a déclaré « poursuivre le financement de terrains synthétiques via le Fonds d’Aide au Football Amateur ».

Favoriser le repli sur les terrains en gazon synthétique, une solution qui ne convainc pas Laurent Mignonneau. « On a besoin d’espaces engazonnés naturels. Ils permettent d’avoir un terrain de jeu qui soit agréable à jouer”. Il pointe du doigt les « risques de blessures » qui seraient plus importants que sur du naturel. 

L'avenir du synthétique, pour moi, il n’y en a pas. Qu’un enfant joue sur du plastique déjà...Il y a le réchauffement et puis on n’a pas encore tous les éléments pour savoir ce que ça produit au niveau de la santé.

D’après l’Institut national de santé publique du Québec, le gazon synthétique provoque une « augmentation significative des températures au sol et en surface ». Pas pratique alors que les canicules se multiplient. « . La présence d’îlots de chaleur peut aggraver les effets nocifs de la chaleur élevée pendant la période estivale, notamment sur les joueurs », indique l’institut. 

Quant aux dangers toxicologiques des composantes des fibres artificielles, l’établissement se montre plus prudent : « La majorité des études publiées à ce sujet n’ont pu établir de liens significatifs entre ces composés (HAP, zinc, chrome, etc.) et de quelconques problèmes de santé : les doses potentiellement absorbées par l’être humain sont, dans la plupart des cas, en deçà des seuils de toxicité tolérés ». 

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