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Avaler trente-six gélules remplies de matières fécales en une seule journée pour espérer ne plus réagir à la moindre trace de cacahuète? L'idée a de quoi rebuter. Pourtant, c'est précisément ce qu'ont fait quinze jeunes adultes dans le cadre d'un essai clinique. Les premiers résultats, dévoilés par le média New Scientist, pourraient ouvrir une nouvelle voie dans le traitement des allergies alimentaires.
Les personnes allergiques aux arachides vivent avec une inquiétude quotidienne: des traces de cacahuètes peuvent leur provoquer de l'urticaire, un gonflement des lèvres ou même, dans les cas les plus graves, un choc anaphylactique. Pour le moment, la stratégie adoptée se résume à éviter tout contact avec les cacahuètes et à garder un EpiPen sur soi, ce stylo auto-injecteur d'adrénaline à dégainer en cas de réaction grave.
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La nouvelle étude publiée dans la revue Science Translational Medicine repose sur une hypothèse qui s'est démocratisée: les allergies alimentaires seraient liées à la composition du microbiote intestinal. En d'autres termes, les bactéries qui peuplent notre intestin pourraient influencer la manière dont notre organisme tolère certains aliments.
Les chercheurs tentent donc de trouver des manières de modifier la flore intestinale des personnes allergiques. Pour cet essai clinique, les participants sélectionnés étaient âgés en moyenne de 21 ans. Ils avaient tous déjà développé de fortes réactions allergiques aux arachides. Pendant une journée, ils ont ingéré trente-six gélules contenant des matières fécales provenant d'un donneur sain. L'objectif était que les bactéries du donneur colonisent leur microbiote intestinal. La transplantation de microbiote fécal n'a rien d'une curiosité médicale. Elle est déjà utilisée dans le traitement de certaines infections de l'intestin.
Quatre mois après l'essai, six des cobayes étaient capables de déguster de plus grandes quantités de cacahuètes, sans réaction allergique. La plupart toléraient l'équivalent d'une graine d'arachide. L'un d'eux a même digéré toutes les doses testées, y compris quatre cacahuètes. Certains des participants ont abandonné l'étude ou n'ont simplement pas développé de tolérance au fruit à coque. Probablement parce que les bactéries du donneur ne sont pas parvenues à coloniser leurs intestins.
Trop tôt pour crier Eurêka?
Les effets secondaires signalés –diarrhées ou douleurs abdominales–sont restés légers. «Ces résultats témoignent d'une nette amélioration», souligne Rima Rachid, directrice du service d'immunothérapie allergénique à l'hôpital des enfants de Boston et coauteure de l'étude.
Faut-il croire à une révolution? Il est trop tôt pour se réjouir, estime John Ziegler, professeur de médecine à l'université de Nouvelle-Galles du Sud, en Australie. Cet essai portait sur un petit échantillon de personnes. De surcroît, les volontaires savaient qu'ils recevaient le traitement, ce qui a conditionné les résultats perçus.
Les participants doivent continuer à éviter les cacahuètes et conservent toujours leur stylo d'adrénaline. Un nouvel essai clinique est actuellement mené sur un groupe d'adolescents. Certains ont reçu des gélules de matières fécales et d'autres un placebo. Les résultats permettront de mieux évaluer l'efficacité du traitement.
Cette recherche a tout de même apporté un indice positif. Des selles des participants ayant répondu au traitement ont été transplantées dans l'intestin de souris. Ce qui a entraîné une multiplication par mille des bactéries appelées Bacteroidales. Il a déjà été prouvé que ces organismes protègent contre les allergies alimentaires. Les scientifiques y voient un signe encourageant pour les prochaines recherches autour de la transplantation de microbiote fécal.





























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