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La tristesse transparaît dans chaque mot. Elle se glisse dans les regards angoissés des familles. S'attarde dans les interminables silences qui ponctuent les longues plaidoiries. Dans la main tremblante d'un parent serrant son texte préparé pour l'occasion.
"Rien ne restaurera ce qui a été détruit. Vous avez profité d'une confiance absolue. Vous avez introduit le doute quelque part où il ne devait jamais entrer : dans une crèche."
Ces mots sont ceux du père d'un enfant victime d'abus sexuels présumés à la crèche de l'ULB. Debout et digne, malgré la colère et l'épreuve. Lors de cette deuxième journée d'audience, plusieurs parents se sont succédé à la barre de la 54e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles.
Une mère évoque "le moment où l'impensable devient réel". Cet instant de vertige où le sol se dérobe, où elle apprend que la chair de sa chair a été victime de pédocriminalité. Alors quelque chose s'effondre définitivement. "Cela détruit la confiance et la paix intérieure. Cela crée l'angoisse à chaque fois que je dépose mon enfant quelque part", clame-t-elle, les larmes aux yeux.
Dans le prétoire, les mots résonnent avec gravité. Immobile sur le banc des prévenus, Claire écoute le portrait que l'on fait d'elle. Atone. Elle risque dix ans de prison.
Crèche de l'ULB : "Malgré son statut de puéricultrice, elle a nourri la pédophilie de son partenaire pendant toutes ces années"Un "oiseau pour le chat" ?
Ce mercredi, les débats se sont concentrés sur la personnalité et le profil de cette ancienne puéricultrice d'une vingtaine d'années seulement. Elle est suspectée d'avoir introduit son compagnon de l'époque, Abdel, au sein de l'établissement pour agresser sexuellement des enfants âgés de 12 à 36 mois.
Tous deux sont poursuivis pour le viol d'un nourrisson, l'atteinte à l'intégrité sexuelle de trois enfants, ainsi que la production, la détention et la diffusion d'images et de vidéos à caractère pédopornographique. Des préventions qu'ils contestent à l'exception de la détention et de l'envoi de contenus d'abus sexuels sur mineurs.
Claire présente une grande naïveté doublée d'un quotient intellectuel inférieur à la moyenne. Ce constat ressort des analyses psychologiques et psychiatriques dressées par plusieurs experts. Mais, à cette description d'une femme mentalement fragile, Me Rizzo, avocat d'une famille, oppose une autre lecture : "Je ne crois pas que madame soit un oiseau pour le chat." Il souligne ainsi ses penchants "manipulateurs", sa "duplicité" et sa "capacité de discernement".
L'index sur l'épais dossier judiciaire, il torpille la thèse de la défense : "Il me paraît clair qu'elle a porté atteinte à l'intégrité sexuelle des enfants. Elle a été conduite à le faire par les fantasmes horribles de son ex-compagnon."
Quant à l'emprise dont Claire aurait été victime, Me Rizzo la taxe de chimère, de "fable" que "rien ne démontre". En un mot : du "vent".
Il ressort des pièces de l'enquête que le couple consommait des images d'abus sur mineurs pendant leurs ébats. Que leurs jeux sexuels aussi tournaient autour de ce fantasme : déguisements, hochets, messages explicites. Une preuve parmi d'autres, selon Me Rizzo, de la participation active de l'ancienne puéricultrice à ces faits pédocriminels.
"Jamais plus les parents des victimes ne dormiront tranquille. Jamais ils ne seront sereins quand leur enfant dormira chez un ami ou partira en voyage scolaire. Voilà la réalité de ce dossier", tonne-t-il.
Une "proie facile"
De temps en temps, Claire laisse échapper un regard discret vers ses conseils. Durant les près de deux heures de plaidoiries, ses avocates vont peindre un tableau tout autre de leur cliente. Pour ce faire, elles tirent d'abord les fils du passé.
D'un côté, il y a cette jeune Bruxelloise, remplie de fragilités et de limites. "Ces mêmes fragilités et limites qui l'amènent aujourd'hui sur le banc des prévenus et de l'infamie", lance Me Olivia Venet. De l'autre, Abdel, employé dans un fast-food, qui passe son temps à accoster de très jeunes filles. Claire représente une "proie facile" pour ce pédophile notoire.
Lorsqu'ils se mettent en couple, elle vient seulement d'avoir seize ans. Lui en a trente-deux. La défense décrit une mécanique de prédation où son petit ami la force à avoir des rapports sexuels. L'adolescente ne semble pourtant pas demandeuse. "Elle subit la violence d'Abdel. Avant de travailler à la crèche, Claire a déjà été victime d'abus, sans être capable de les dénoncer ou d'en parler", contextualise-t-elle.
Crèche de l'ULB : des préventions de viol, d'atteinte à l'intégrité sexuelle et de pédopornographie retenues contre deux suspectsDe faux aveux ?
Restent les aveux concernant les attouchements et le viol, formulés dès sa première audition début 2025. Avant de les rétracter systématiquement lors des trois interrogatoires suivants.
"Le problème des faux aveux reste qu'il n'y a rien de plus crédible", martèle Me Venet. Selon la défense, le ministère public base ses réquisitions essentiellement sur ces "fausses" déclarations, obtenues sans avocat et au terme d'une longue audition réalisée à la suite de perquisitions matinales. Une situation susceptible de générer un stress intense et une panique chez la jeune fille aux faibles capacités cognitives. Un profil statistiquement surreprésenté dans les cas de faux aveux.
"Les preuves ne sont pas suffisantes pour dire qu'il y a eu abus", ajoute Me Venet. Aucune photographie d'abus sexuels commis par la puéricultrice au sein de la crèche n'a été retrouvée dans les téléphones. Les cinq images de parties intimes de bébés prises à la crèche "ne correspondent pas aux préventions d'atteinte à l'intégrité sexuelle".
La défense demande l'acquittement des préventions de viol et d'atteinte à l'intégrité sexuelle.
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