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Quand Charlie Warzel, journaliste à The Atlantic, a décidé d'enquêter sur la dépendance aux écrans des retraités, les témoignages ont afflué. «Je supplie constamment ma mère de poser son téléphone. Chaque fois que je la vois, elle fait défiler son écran sans réfléchir. Je vous jure que sa capacité d'attention a disparu», confie un homme, visiblement désemparé. Un autre renchérit: «Quand je rends visite à mes parents, deux téléviseurs tournent à plein volume dans différentes pièces de la maison, pendant que chacun scroll sur son iPad ou son téléphone.» Certains vont même jusqu'à imposer à leurs géniteurs baby-boomers une cure d'iPad lorsqu'ils viennent les voir accompagnés de leurs enfants en bas âge.
Ces scènes du quotidien ont beau prêter à sourire, elles sont loin d'être anecdotiques. Les données confirment une hausse marquée du temps en ligne chez les personnes âgées. En 2019, le Pew Research Center rapportait que les plus de 60 ans «passent désormais plus de la moitié de leur temps libre quotidien, soit quatre heures et seize minutes, devant des écrans», essentiellement en regardant des vidéos. En France, 30% des seniors consultent les réseaux sociaux quotidiennement. Revers de la médaille: 40% des aînés connectés admettent se sentir «anxieux ou mal à l'aise» lorsqu'ils sont privés de leurs appareils.
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Faut-il pour autant parler d'addiction? La réponse est plus nuancée. Pour Ipsit Vahia, chef du service de psychiatrie gériatrique à l'hôpital McLean, dans le Massachusetts, et directeur du laboratoire sur la technologie et le vieillissement, les personnes âgées ne forment pas un bloc homogène. «Plus on vieillit, plus on vit des expériences différentes et plus on développe des habitudes et perspectives variées», explique-t-il dans les colonnes de The Atlantic.
La pandémie du Covid-19 a joué un rôle d'accélérateur. Privés de contacts physiques, de nombreux seniors ont adopté les réunions Zoom familiales, les consultations médicales en ligne ou les groupes de discussion numériques. Certaines personnes sont ainsi devenues plus familières avec les technologies. Tout n'est d'ailleurs pas à jeter dans ces nouvelles habitudes: la recherche montre que les jeux de mots en ligne comme le Scrabble, les vidéos pédagogiques ou les échanges virtuels avec des proches constituent des stimuli bénéfiques.
«Chez les adolescents et les jeunes adultes, une utilisation intensive des technologies est souvent associée à une dégradation de la santé mentale et reste considérée comme un facteur prédictif d'isolement, voire de dépression, souligne le médecin. Chez les personnes âgées, en revanche, l'utilisation du numérique semble agir comme un rempart contre l'isolement et la solitude.»
Cette vision optimiste ne fait toutefois pas l'unanimité dans le domaine médical. Au Royaume-Uni, une infirmière en gériatrie observe une pratique compulsive du scroll, dont les effets négatifs deviennent «de plus en plus visibles». Elle pointe notamment l'impact des contenus anti-immigration, ainsi que des vidéos véhiculant des théories du complot ou de la méfiance envers la médecine. «Les contenus médiocres donnent aux gens un sujet de conversation commun alors qu'ils n'ont peut-être pas beaucoup de choses à se dire», tempère Ipsit Vahia, qui voit un écart significatif entre la consommation active et passive des publications en ligne. Dans bien des cas, le téléphone devient surtout un compagnon pour des aînés seuls et parfois isolés.
Alors, si les écrans peuvent empêcher un être cher de sombrer dans la dépression, lui permettre de rester connecté au monde qui l'entoure et lui apporter un peu de bonheur –quitte à flirter avec une forme de dépendance– c'est peut-être une bonne chose. Même s'il passe la journée à regarder CNews ou des vidéos générées par IA sur Facebook? À vous de trancher.





























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