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Peu connue des électeurs, la « prime majoritaire » est décisive pour aider le candidat arrivé en tête à diriger sa ville.

MYRIAM TIRLER / Hans Lucas via AFP
L’Hôtel de Ville de Paris est très convoité.
Dans la dernière ligne droite, certains candidats en ont fait un argument de campagne. À droite comme à gauche, ils ont battu le rappel car, soulignent-ils, la liste arrivée en tête au soir du second tour des élections municipales se verra offrir un bonus. De fait, il existe dans toutes les communes de France une « prime majoritaire » permettant au maire nouvellement élu d’avoir les coudées franches pour appliquer son programme et diriger sa ville.
À Paris, Lyon et Marseille, ce bonus est de 25 %. Concrètement, le candidat qui arrive en tête se voit offrir d’office un quart des sièges au conseil municipal. Les trois quarts restant sont ensuite répartis proportionnellement aux résultats obtenus par les différentes listes, y compris la liste majoritaire, mais à l’exception de celles qui ont récolté moins de 5 % au premier tour.
Le maire est ainsi assuré de pouvoir gouverner, aidé par un code électoral très favorable aux gagnants. L’objectif est clairement d’éviter les situations de blocage. Car si l’ensemble des sièges étaient répartis à la proportionnelle, les maires seraient constamment obligés de négocier avec leur opposition pour atteindre la barre fatidique des 50 %.
25 % à Paris, Lyon, Marseille et 50 % ailleurs
Cela empêche aussi les listes de discuter une fois élues. Contrairement à ce qui se passe par exemple à l’Assemblée nationale, où les différentes forces politiques peuvent négocier et nouer des alliances au cas par cas. Dans les conseils municipaux, le maire dispose (quasiment) toujours d’une large majorité de sièges. Seule exception : que son score ne dépasse pas les 33 % au second tour. Puisque 25 % des sièges lui sont offerts d’office, il faut qu’il en conquière 25 % d’autres. Or s’il fait moins de 33 %, en raison notamment d’un éclatement des voix dans le cadre d’une quinquangulaire par exemple, il n’atteindra pas la majorité absolue en nombre de sièges. Ce cas de figure ne s’est jamais produit.
Pour cause, hors de Paris, Lyon et Marseille, la « prime majoritaire » atteint 50 %. Quel que soit son score, la liste arrivée première obtient donc la majorité absolue au conseil municipal. Des règles qui évitent tout blocage, mais peuvent donner lieu à des frustrations, voire à des critiques parmi les oppositions dotées de peu de sièges.
Prenons l’exemple d’une ville comme Angers. En 2020, le maire sortant Christophe Béchu a été réélu dès le premier tour avec 57 % des voix. Puisque le conseil municipal compte 59 sièges, il en a obtenu, d’entrée de jeu, la moitié grâce à la « prime majoritaire ». La moitié restante a été dispatchée proportionnellement aux résultats. En tout, le maire s’est donc retrouvé concrètement avec 49 sièges, soit 83 % du total. Les socialistes, qui avaient pourtant fait un score honorable de 17 %, n’en ont obtenu… que 5. À noter que ce mode de calcul, souvent méconnu des électeurs, vaut aussi pour les élections régionales.


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