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La Dre Julia Chabot, gériatre au Centre hospitalier de St. Mary, était chanteuse classique dans son ancienne vie. Même si elle ne chante plus professionnellement depuis qu’elle est devenue médecin, elle a gardé en tête tout le bien-être que lui procurait la musique. Et elle s’applique à utiliser le pouvoir de celle-ci dans les soins qu’elle prodigue à ses patients. Son dernier projet prend la forme de petits concerts de la pianiste et compositrice Alexandra Stréliski qui seront présentés en réalité virtuelle aux personnes qui sont hospitalisées.
Le résultat est stupéfiant, comme on a pu le constater lors d’une démonstration. Grâce à la magie du casque de réalité virtuelle, nous devenons instantanément spectateur privilégié d’un splendide concert donné par la musicienne de renommée internationale dans une ancienne petite église de Saint-Adrien, en Estrie.
Persuadée des bienfaits de la musique, la Dre Chabot a effectué une maîtrise au Laboratoire international de recherche sur le Cerveau, la Musique et le Son (BRAMS) avec la professeure Isabelle Peretz, dans le but de mesurer objectivement les effets de la musique sur les patients. « Les personnes qui avaient assisté à un concert en direct démontraient plus de plaisir, de bien-être que ceux à qui on avait fait écouter un simple documentaire, relate-t-elle. Non seulement on le voyait quand on analysait leur langage non verbal, mais les gens le rapportaient quand on mesurait leur niveau de bien-être et d’anxiété. »
Forte de ces résultats, la Dre Chabot a alors organisé des concerts de musique interprétés par des bénévoles pour les patients de l’Unité de gériatrie de son hôpital montréalais. Mais la pandémie de 2020 a interrompu, puis rendu plus difficile cette initiative.
Elle s’est alors tournée vers la diffusion de musique sur des tablettes électroniques. « Ça fonctionnait, mais ce n’était pas aussi captivant qu’un vrai concert », souligne-t-elle.
« Quand des musiciens venaient donner un concert, les gens disaient qu’ils avaient l’impression d’être sortis de l’hôpital. Alors je me suis dit qu’on ne pouvait peut-être pas aller au concert avec eux, mais qu’on pourrait peut-être le reproduire en réalité virtuelle. »
Dans un premier temps, elle a fait une étude pilote en bonne et due forme dans laquelle les patients de l’Unité de gériatrie étaient soit exposés à de petits concerts présentés en réalité virtuelle qu’on avait réalisés en collaboration avec la Société des arts et de la musique en santé, soit ils écoutaient simplement de la musique avec un bandeau d’écouteurs.
Cette étude visait à vérifier que les patients allaient tolérer l’expérience de réalité virtuelle. Allait-il éprouver un cyber malaise, allaient-ils craindre de mettre le casque ? Tout s’est très bien passé, qui plus est, les patients ont rapporté avoir significativement moins de douleur après deux interventions.
Compte tenu de ces résultats fort intéressants, elle s’est alors mise à rêver de créer des expériences de réalité virtuelle encore plus professionnelles. Elle a alors approché Alexandra Stréliski qui « fait une musique que les gens aiment, qui rejoint plusieurs générations, et dont le style néoclassique est incroyablement rassembleur ».
Les effets tangibles de la musique
La pianiste a tout de suite embrassé l’idée qui répondait justement à son désir « de faire des projets à vocation plus humanitaire ».
« Je suis souvent interpellée par les messages que les gens m’écrivent et qui sont souvent très intenses. Certains me disaient : “ta musique m’a sauvé la vie”, “j’ai accouché avec ta musique”. Un soldat qui vivait du stress post-traumatique m’a écrit que ma musique l’aidait beaucoup. Après les spectacles, des gens venaient me voir en larmes. Face à tous ces témoignages, ne sachant pas forcément comment y répondre, j’ai senti le besoin d’offrir une relation d’aide » confie Alexandra Stréliski.
« J’étais vraiment dans cette réflexion-là quand j’ai rencontré Julia. J’ai trouvé que son initiative était incroyable, de rallier la science avec l’art, de quantifier ces effets-là [de la musique], afin qu’ils soient pris au sérieux, qu’on ne voit pas juste l’art comme un divertissement. Je suis très heureuse de pouvoir collaborer avec quelqu’un de la communauté scientifique pour démontrer que c’est vrai que la musique a des effets tangibles, et de pousser ça le plus loin possible. »
Le recours à la réalité virtuelle n’a pas rebuté l’artiste, même si au départ elle avait certains préjugés défavorables. « On se dit d’emblée : “Ça va me couper du monde.” Mais les gens qui utilisent bien ce type de technologie sont souvent des artistes qui ont un souci de l’expérience qui est vécue par la personne », note-t-elle.
L’équipe qui a produit les deux capsules de 15 minutes, dont l’une se compose de quatre pièces de Stréliski en solo au piano et la seconde de trois pièces où elle est accompagnée d’un trio de cordes, était composée de grands professionnels, dont le réalisateur Guillaume Lonergan qui travaille sur la série Empathie, et son directeur photo, Vincent Gonneville, qui a su capter des images magnifiques de la salle tout en boiseries où a été enregistré le concert en présence d’un public.
« Comme un médicament » ?
Les spécialistes de Réalité virtuelle eboo ont utilisé un équipement à la fine pointe de la technologie qui permet une immersion plus réaliste que jamais, avec un son ambisonique qui irradie tout autour de l’auditeur. Le casque traque la position de la tête et ajuste le son en fonction de celle-ci.
La Dre Chabot prévoit d’offrir cette expérience à des personnes qui viennent de subir une chirurgie et qui ont des douleurs. « On veut voir si on peut utiliser la musique comme un médicament d’une certaine façon. Est-ce que leur faire écouter de la musique fera en sorte qu’on aura besoin de donner moins d’opioïdes, par exemple ? » avance-t-elle.
La gériatre se dit comblée du soutien qu’elle a reçu de la Fondation de l’Hôpital St. Mary et de la Fondation Grace Dart pour financer son projet. Maintenant, elle espère répéter l’expérience avec d’autres artistes afin de créer un catalogue qui contiendrait divers styles de musique afin de pouvoir répondre aux goûts de tous les patients. « On pourrait ainsi individualiser nos interventions. Ce qui serait bénéfique, car la recherche a montré que lorsque les gens écoutent de la musique qui est significative pour eux, de la musique qu’ils aiment, les effets sur leur santé sont encore plus grands », dit-elle.
« Mais ce sont des projets qui coûtent cher à produire », souligne Mme Stréliski. Pour enrichir le catalogue il faudra du nouveau financement…


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