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Initialement liées à l’augmentation du coût de la vie, les manifestations qui ont débuté le 28 décembre en Iran ont viré à la contestation du régime des mollahs. De très nombreuses images circulent sur les réseaux sociaux.
Foules de manifestants à pied, en moto ou en voiture. Photographies de l’ayatollah Khamenei brûlées par des femmes aux cheveux détachées. Slogans anti-régime et appels au retour du chah. Drapeaux iraniens accrochés aux statues et aux façades. Voitures en flammes... Au treizième jour du mouvement de contestation du pouvoir iranien, de nombreuses vidéos défilent sur les réseaux sociaux. Des images qui ne sont pas toujours vérifiées, mais qui constituent l’essentiel des sources sur ces événements. Le Figaro fait le point sur les informations que l’on peut tirer des vidéos, lorsqu’elles peuvent être authentifiées.
Selon la cartographie établie par le site Geoconfirmed, les rassemblements ont touché la majeure partie du pays, avec des cortèges dans au moins une cinquantaine de villes. Impossible en l’état de chiffrer avec précision le nombre de manifestants. Mais ces éléments semblent indiquer qu’il s’agit des cortèges les plus importants dans le pays depuis les manifestations consécutives, en 2022, à la mort de Mahsa Amini. Cette jeune femme était morte en détention après avoir été arrêtée pour un voile prétendument mal ajusté.
«Le Corps des gardiens de la révolution islamique sera anéanti»
Parties le 28 décembre de Téhéran, ces manifestations étaient initialement liées à l’augmentation du coût de la vie. En prenant de l’ampleur, elles semblent aujourd’hui avoir pris un tour plus séditieux, avec de nombreux slogans appelant à la fin du régime des mollahs, en place dans le pays depuis la révolution islamique de 1979. Les autorités ont coupé internet et pris des mesures de censure numériques, selon plusieurs ONG présentes sur place, notamment l’organisation de surveillance de la cybersécurité Netblocks. Une réaction qui traduit l’inquiétude du régime face à ces manifestants, alors que l’ayatollah Khamenei a pris la parole ce vendredi pour dénoncer des «émeutiers» soucieux de «plaire au président américain».
Un nombre incalculable d’images a notamment été diffusé hier jeudi. Une vidéo notamment, filmée depuis les toits montrait une foule importante, composée de plusieurs milliers de personnes, convergeant dans une grande avenue. Les images ont été prises jeudi dans une des grandes artères du sud-ouest de Téhéran, selon les vérifications de l’AFP. D’autres images montrent également des personnes rassemblées et des incendies, avec notamment une voiture en flammes, devant la place Kaj, dans le quartier de Saadat Abad, à l’ouest de Téhéran.
Le même jour, des chaînes de télévision persanes basées en dehors de l’Iran et d’autres médias ont diffusé d’autres images de grosses manifestations dans d’autres villes comme Tabriz, dans le nord, ou encore la ville sainte de Mashhad, à l’Est. Une vidéo, authentifiée par le vérificateur de la BBC Shayan Sardarizadeh, montrait par exemple une foule rassemblée sur la place Bagh Ferdows, dans la ville de Babol, au nord du pays. «Vive le Shah !» ; «Mort au dictateur !» scandaient les manifestants. Des images prises le même jour et authentifiées par la même source, montrent aussi un manifestant brandir le drapeau iranien d’avant 1979, le soleil et le lion, sur la place Razi, dans la ville de Khorramabad.
Mais toutes les images ne datent pas de jeudi. Une vidéo authentifiée par Geoconfirmed, diffusée par Ghoncheh Habibiazad, journaliste pour la BBC en Iran et datée du 4 janvier, montrait des manifestants rassemblés dans un lieu de Téhéran nommé «chasrou». Le «lieu précis où a débuté la vague actuelle de protestations», selon la journaliste. On y voit des policiers jeter des grenades lacrymogènes sur un groupe de manifestants qui prend la fuite.
Au moins 45 morts, selon une ONG
Les ONG rapportent l’usage de gaz lacrymogène dans plusieurs localités pour réprimer les manifestations, ainsi que des tirs à balles réelles. À Abadan (ouest), selon Iran Human Rights (IHR), une femme s’est fait tirer dessus, directement dans l’œil, lors d’une manifestation mercredi soir. Selon l’agence de presse iranienne Fars, un policier iranien a été poignardé en «participant aux efforts destinés à contrôler des troubles» près de Téhéran et est mort quelques heures après. D’après Amnesty International, «les forces de sécurité iraniennes ont blessé et tué» des manifestants mais aussi de simples témoins de ces événements.
«Cette année, le Corps des gardiens de la révolution islamique sera anéanti, mort à tout le système !», chantent d’autres manifestants dans une rue de l’est de la capitale iranienne, dans une vidéo datée du 5 janvier par Geoconfirmed. Des images très relayées, filmées mercredi dernier, montrent aussi des manifestants mettre à bas une statue dans la petite ville de Qaemiyeh, dans le sud du pays, non loin des rives du Golfe persique. Il s’agit d’une statue de l’ancien officier des gardiens de la révolution islamique, Qassem Soleimani, qui avait été tué en 2020 par une frappe de drone ordonnée par Donald Trump et érigé en martyre par le régime islamique.
Certaines vidéos, difficiles à authentifier pour le moment, montrent des corps sur la chaussée, présentés comme des manifestants abattus par le régime. Une chose est sûre, la répression du régime est féroce. Au moins 45 manifestants, dont huit mineurs, auraient été tués au total, d’après un bilan publié jeudi par l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège.
«La répression s’intensifie et s’étend de jour en jour», lâche le directeur de l’ONG, Mahmood Amiry-Moghaddam, ajoutant que «des centaines» de personnes ont également été blessées et plus de 2000 arrêtées. Les médias iraniens et les autorités ont de leur côté fait état d’au moins 21 personnes tuées depuis le début des manifestations, dont des membres de forces de l’ordre, d’après un décompte de l’AFP.


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