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La désormais ex-figure des médias de Vincent Bolloré adresse sa tribune directement au ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, contestant les accusations qui la visent.

XAVIER GALIANA / AFP
Xenia Fedorova, photographiée au Grand Palais à Paris, le 12 avril 2025.
Expulsée de France par arrêté ministériel, Xenia Fedorova a pris la parole dans les colonnes du Journal du Dimanche (JDD), dans une tribune publiée ce dimanche 23 août. Dans ce texte intitulé « Monsieur Barrot, où est l’ingérence ? », la chroniqueuse russe répond au ministre des Affaires étrangères, qui l’a qualifiée de « propagandiste russe » et de « professionnelle de la subversion » en justifiant la décision d’expulsion.
Xenia Fedorova, qui se trouve désormais à l’étranger selon son avocate, conteste les accusations portées contre elle et soutient que le gouvernement français n’a pas de preuves à son encontre. Elle affirme encore que ses prises de position dans les médias relèvent du débat public et non d’une opération du Kremlin ou d’une quelconque forme d’ingérence.
« Même s’il - Monsieur Barrot - peut trouver un prétexte pour m’expulser en urgence absolue, il devra tôt ou tard se confronter aux faits et aux preuves qu’il ne peut pas produire », écrit la chroniqueuse dans sa tribune. « Transformer une journaliste en “agent” d’une puissance étrangère, à coups d’accusations non démontrées et en faisant de sa nationalité un élément à charge, peut permettre de justifier son éviction et de faire taire une voix », déplore-t-elle ensuite, continuant donc de clamer qu’elle ne fait qu’exercer le métier de journaliste.
Une importante exposition dans Le JDD
Il s’agit déjà du quatrième texte publié par Xenia Fedorova dans Le JDD depuis que le gouvernement français a décidé de son expulsion. Dans une chronique publiée début août, peu après que ses avoirs ont été gelés pour six mois par le gouvernement, la chroniqueuse avait fustigé les méthodes des autorités françaises, qui selon elle « peuvent s’apparenter à une logique autoritaire ».
Au-delà du Journal du Dimanche, Xenia Fedorova bénéficiait ces dernières années d’une importante exposition dans les médias du groupe Bolloré, avec des interventions régulières sur CNews et Europe 1. Depuis qu’elle est visée par une expulsion, la chroniqueuse a pu compter sur le soutien des dirigeants des groupes Canal+ et Lagardère, qui ont dénoncé le risque d’« une atteinte particulièrement grave à la liberté d’expression et au pluralisme des opinions ».
La bataille judiciaire n’est pas terminée
Le 29 juillet, le ministère de l’Intérieur a pris un arrêté d’expulsion contre la quadragénaire, ancienne patronne de la chaîne de propagande russe RT, estimant que son comportement portait atteinte aux « intérêts fondamentaux de l’État » et constituait une « menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public ». Deux jours plus tard, ses avoirs ont été gelés par Bercy, afin de prévenir la commission de « nouveaux actes d’ingérence ».
Selon son avocate, la chroniqueuse se trouvait « déjà à l’étranger, en vacances, lorsqu’elle a été informée des mesures prises à son encontre ». Xenia Fedorova « n’envisage de revenir en France que lorsque l’arrêté d’expulsion aura été suspendu ou annulé », a poursuivi la juriste.
La chroniqueuse russe a en effet déposé deux recours pour contester les mesures prises à son encontre : le premier en référé-liberté, qui permet de demander au juge de faire cesser en urgence une atteinte grave à une liberté fondamentale, et un recours en référé-suspension, qui vise à suspendre provisoirement une décision administrative dans l’attente que le tribunal se prononce sur sa légalité.
Les deux recours ont été rejetés, mais la bataille judiciaire n’est pas terminée pour autant : le tribunal reste saisi au fond, dans une manœuvre visant à contester la légalité des mesures prises. Ce dernier sera examiné ultérieurement.
Déjà interdite de territoire en Allemagne
Xenia Fedorova a déjà été interdite de territoire en Allemagne depuis 2024, où elle a vécu. Elle a en effet été accusée d’« activités d’ingérence » au sein de l’agence de presse russe Ruptly, pour laquelle elle travaillait à Berlin.
La chroniqueuse avait rejoint Paris dès 2017 pour diriger l’antenne française de la chaîne d’État russe Russia Today. Le média créé en 2005 à Moscou avait finalement été interdit dans l’UE en mars 2022, au moment de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en raison de son travail de désinformation. Alors que la présidentielle de 2027 approche, la place grandissante de Fedorova dans les médias du milliardaire conservateur Vincent Bolloré a fait naître des craintes de manipulation du débat public.


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