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« Violeurs en Normandie » : des affiches qui sèment le trouble à Cherbourg

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La semaine du 25 mai 2026, des affiches accusant quatre hommes de viol ont été placardées dans le centre-ville de Cherbourg (Manche). Explications et réactions.

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L'un des endroits où une affiche était encore visible le mardi 26 mai 2026, rue Emmenaul-Liais, dans le centre-ville de Cherbourg.

L’un des endroits où une affiche était encore visible le mardi 26 mai 2026, rue Emmanuel-Liais, dans le centre-ville de Cherbourg (Manche). ©Ludivine LANIEPCE

Par Ludivine Laniepce Publié le 2 juin 2026 à 6h24

La dernière semaine de mai 2026, plusieurs affiches artisanales ont été placardées en divers endroits du centre-ville de Cherbourg (Manche), voire au-delà. De simples feuilles au format A4 positionnées à l’aide d’un large ruban adhésif marron, ici du côté du conservatoire de musique, là sur l’arrêt de bus à l’angle des rues Christine et Emmanuel-Liais.

Le message, surprenant, est sans équivoque. En guise de titre et de sous-titre, il était indiqué : « Violeurs en Normandie » et « Ces personnes ont agressé et violé des femmes, dont des mineures ». En dessous figurent les photos du visage de quatre jeunes cherbourgeois présentés comme ayant entre 19 et 22 ans, ainsi que leur nom et prénom.

« Si vous êtes une victime, contactez le 0 800 05 95 95 ou le 39 19. Si vous avez des informations concernant ces individus ou si vous êtes victimes, contactez la police ou parlez-en à vos proches », conclut le ou les auteurs de l’affiche en citant les numéros des lignes d’écoute nationales du Collectif féministe contre le viol et de Solidarité Femmes pour les femmes victimes de violences.

Au moins une plainte déposée

« Quand je l’ai vue, j’ai été assez mitigée, explique Sandra*, la trentaine, l’une des personnes à avoir vu cette affiche dans la rue avant qu’elle ne disparaisse. Au départ, je pensais qu’il s’agissait d’un avis de disparition donc je me suis approchée. Quand j’ai compris ce que c’était… Je ne sais pas trop quoi en penser. D’un côté, je me dis qu’il y a peut-être derrière tout ça des filles qui souffrent et quelqu’un qui essaye de les aider, de faire avancer leur dossier ou quelque chose comme ça. Moi aussi j’aurais bien quelques idées de nom à afficher, pour moi ou mes copines ! Moi aussi ça me rend triste d’entendre parler de toutes ces plaintes classées sans suite faute de preuves. Mais de l’autre, je me dis aussi que c’est une dénonciation gratuite. Ce n’est pas comme ça qu’il faut s’y prendre, c’est quand même assez dangereux. »

Joint par La Presse de la Manche, l’un des quatre hommes visés indique, sous couvert d’anonymat, avoir déposé plainte auprès du commissariat de Cherbourg le mardi 26 mai, aussitôt après avoir pris connaissance de l’existence de cette affiche sur lequel il apparaît aux côtés de l’une de ses connaissances.

Je ne m’y attendais pas. Franchement, je ne sais pas pourquoi ça m’arrive. Ce n’est pas évident car n’importe qui peut avoir vu ça.

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Depuis lors, ce vingtenaire assure qu’il n’a pas reçu de menaces. « On est venu m’en parler en ville, on m’a demandé si c’était vrai ou faux, on m’a dit de faire attention car certaines personnes pourraient ne pas chercher à comprendre. Aujourd’hui, j’attends que ça se tasse. J’espère surtout savoir qui a fait ça et pourquoi, pas plus. »

L’un des deux autres hommes à apparaître sur cette affiche a quant à lui été condamné il y a peu à de la prison ferme pour des faits de vol et de violence commis en réunion dans la région plusieurs mois auparavant.

Une pratique illégale

Quels que soient les motifs qui ont conduit le ou les auteurs de ces affiches à agir de la sorte, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une pratique illégale. En effet, quand quelqu’un nuit à la réputation d’une personne en affirmant des informations douteuses à son égard, y compris par le biais d’affiches, il s’agit d’une diffamation. Cette infraction est retenue qu’elle soit commise en public ou en privé, la diffamation publique étant un délit plus sévèrement puni par la loi puisqu’une amende de 12000 euros peut être encourue. Une fois identifiée, une personne accusée d’avoir commis une diffamation peut, dans certains cas et sous certaines conditions, échapper à une condamnation en démontrant par exemple sa bonne foi ou la véracité des faits allégués.

Les personnes qui décident toutefois d’« afficher » publiquement leur agresseur sexuel présumé voient parfois la justice se retourner contre elles. Ainsi, en 2023, une jeune femme avait été condamnée pour diffamation par le tribunal de Coutances après avoir, avec une amie, accusé deux hommes de viol sur le réseau social Instagram. Elle avait expliqué à la barre qu’elle était mineure au moment des faits, qu’elle ne souhaitait alors pas en parler avec ses parents et qu’elle craignait par ailleurs que sa plainte n’aboutisse pas. Elle avait finalement déposé plainte pour viol quelques semaines avant sa condamnation pour diffamation.

À l’échelle nationale, le collectif Collectives a mis en place une stratégie différente pour mettre les victimes d’un potentiel même agresseur en contact. Utile pour libérer la parole des femmes, mais aussi pour aider au regroupement des plaintes. Ainsi, depuis 2021, Collectives publie, sur son compte Instagram, la description volontairement succincte d’une personne accusée de harcèlement sexuel, d’agression ou de viol par une victime dans le but de récolter d’autres témoignages.

Une manière de relayer sans diffamer. Ces derniers mois, plusieurs de ces appels à témoignages concernaient la Manche, parmi des milliers dans toute la France : « Un homme travaillant ou ayant travaillé dans une entreprise de construction navale, la vingtaine », « Un pharmacien et musicien », « Un entraîneur de rugby loisirs retraité » ou encore « Un homme fréquentant les free parties, la vingtaine ».

« Maladroit mais… »

Sollicitée sur le cas de ces affiches, Véronique Perrais Philippe, présidente de l’association cherbourgeoise Sortir du silence, conseillère conjugale et familiale diplômée en égalité des chances et en victimologie, mais aussi consultante sur les questions liées aux violences conjugales et sexuelles, estime l’acte « maladroit » :

« Cela m’interroge car je n’ai jamais entendu parler de quelque chose du genre. Je suis très partagée car c’est toujours dangereux, on ne sait jamais ce que cela peut susciter comme réactions, représailles ou violences. Je ne recommande pas de faire cela mais je dois dire que je le comprends aussi, car la justice ne protège pas les victimes. On observe chez les victimes, et peut-être parfois davantage dans leur entourage, de la colère face à ceux qui poursuivent leur vie comme si de rien n’était tandis que leurs vies sont bouleversées. Le fait de voir des hommes occuper une place enviable dans la société quand la sienne est en miettes, c’est insupportable. »

Et puis c’est vrai, c’est tellement difficile de prouver que ces agressions ont eu lieu… Ces affiches sonnent comme un acte désespéré, une manière de dire à tous que dans le privé, certains se comportent mal. Je crois qu’aujourd’hui, certains militants ne savent plus comment faire. Et rappelons que seulement 1 % des auteurs sont condamnés. Ça n’est plus supportable.

*Prénom d’emprunt.

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